Voici la suite et fin de ce chapitre. La présentation est plus aérée que d´habitude. Si vous n´aimez pas, dites-le, merci. Bonne lecture!
Il se redressa en époussetant veste et pantalon. Un regard circulaire
l’inquiéta légèrement. Depuis le centre d’une clairière nichée en
sous-bois, il aurait dû contempler un singulier bâtiment or, là, rien !
Se serait-il trompé d’endroit ? Cette forêt pouvait s’apparenter à
n’importe laquelle d’un climat tempéré. Il huma l’air n’y décelant
que les odeurs d’humus traditionnelles. Était-il réellement dans la
mythique Brocéliande ? Ici, Merlin – le plus grand des enchanteurs
connus – aurait vécu avec la fée Viviane. Réduit, au fil du temps, ce bois avait été rebaptisé Paimpont. Si la splendeur de jadis s’était envolée, il subsistait néanmoins des coins magnifiques.
Malheureusement pour Harry, rien ne venait créditer ses soupçons.
Point de dalles de schiste ni de pied de houx n’indiquaient la tombe du fameux sorcier. Sans doute reposait-elle plus loin.
Un peu déconcerté, il réfléchit aux paroles transmises par Olivares. Puisque Sir Reginald détestait les intrus, sa maison devait être protégée des curieux, moldus ou sorciers. Il n’y avait qu’une solution. Harry brandit sa baguette et lança :
« Inanimatus apparitus ! »
Tel le miroir d’un lac troublé par un jet de pierre, le paysage devant lui ondoya bizarrement laissant peu à peu transparaître les contours d’une construction solide.
Quand l’image se stabilisa, Harry se rassura, il était au bon endroit.
Comment décrire la « folie » qu’il contemplait. Étagée sur plusieurs
niveaux, la bâtisse jurait atrocement avec le cadre sylvestre où elle
s’imposait dans son allure massive et… sinistre. Murailles épaisses,
clochetons noircis, multiples fenêtres grillagées composaient un
vrai décors de film fantastique.
« Les fantômes ne renieraient pas d’habiter là. » songea Harry fort perturbé.
Il avança bravement jusqu’au porche rustique qui abritait une
lourde porte de chêne. Un heurtoir en forme de chauve-souris
n’attendait que de fonctionner, il l’utilisa à trois reprises. Les coups
résonnèrent sourdement derrière l’huis clos. Malgré ses efforts,
Harry ne perçut aucun autre bruit. Il était tellement attentif qu’il ne remarqua pas l’ouverture de l’œilleton dissimulé en hauteur.
Une pupille aux reflets rougeâtres s’y incrusta. Sans s’en douter, le visiteur subit un examen approfondi de sa personne.
Quelques instants plus tard, un cliquetis se produisit, le panneau pivota sur des gonds bien huilé. Harry retint un sursaut de surprise face à l’hideuse créature qui s’inclina sur son passage :
« Bienvenue au manoir Coldrock, Mr Potter. Mon maître vous attend, veuillez me suivre. »
Ébranlé par cet accueil peu banal, Harry emboîta le pas à ce
singulier domestique. Il eut beau fouiller ses connaissances, il ne
trouva pas à quelle race appartenait son guide. Il tenait à la fois de l’elfe et de la harpie. Un curieux mélange au résultat très laid.
La peau ridée hérissée de poils gris beige disparaissait presque entièrement sous une robe-sac d’où émergeait une tête chauve, en ampoule. Une excroissance tordue était plantée au centre d’un faciès grimaçant fendu d’un vague sourire aux dents carnassières.
La porte refermée dans son dos provoqua un indicible malaise avec l’impression de pénétrer dans… une tombe.
Il traversa un large vestibule glacial, garni de peintures tellement ternies qu’on en distinguait à peine le sujet traité. Bordé de tentures sombres et usées, les rares chandeliers n’y diffusaient qu’une pauvre clarté. Harry s’en réjouit, ce qu’il observait le démoralisait déjà assez.
À petits pas empressés, la créature le conduisit près d’une double porte qu’il poussa en s’effaçant afin de lui céder le passage. Nerveux, plus qu’il ne l’aurait souhaité, le visiteur avança dans une vaste pièce uniquement éclairée de bougies. Nul feu ne brûlait dans la cheminée. Au milieu d’un tapis, qui fut jadis de bonne facture, se dressait une longue silhouette drapée de noir. Immobile, ses mains tenant un bâton d’argent ouvragé, l’homme aux cheveux gris noués derrière la nuque tourna son visage blafard vers son hôte qu’il salua d’une voix rauque :
« Bonjour Mr Potter. Avez-vous fait bon voyage?
- Euh… oui, merci, Sir Reginald. »
De sa main décharnée aux ongles noirâtres démesurés, le propriétaire désigna le sofa :
« Approchez, je ne vous mordrai pas.
- Nom d’un cerbère, pensa Harry. Olivares ou Dumbledore aurait pu m’avertir. Me voici coincé avec un… vampire ! »
Un nœud au creux de l’estomac, il obtempéra, se posant genoux serrés sur le rebord extrême du siège. Un sourire indéfinissable joua sur les lèvres incolores de Sir Reginald :
« Preux et couard ! Aventurier, certes ! Voilà tout ce que m’envoie mon défunt ami Albus. Il m’a prévenu, il y a peu, de la visite d’un hôte de marque. Ainsi c’est vous… l’élu ? Celui qui a terrassé Le Seigneur des Ténèbres ? J’espérais… mieux. »
Piqué dans son orgueil, Harry contre-attaqua :
« Désolé de vous décevoir ! J’ai, effectivement, détruit Voldemort. Je me suis en outre procuré la bague de Krimlord et la ceinture d’Imocalpa. Ce ne sont pas des babioles, on m’avait assuré que vous en connaissiez la juste valeur. »
Une lueur d’intérêt brilla dans les yeux rouges :
« C’est donc vrai ? Vous les avez récupérées ? MONTREZ-LES- MOI ! »
Le changement de ton fit tressaillir Harry. Puisqu’il n’avait pas le choix… Il s’exécuta avec une lenteur consommée. Il ôta sa veste et dégrafa la ceinture qu’il plaça sur la petite table basse en face de lui. Le lourd anneau la rejoignit.
Il ne fut pas sans remarquer le blanchiment des phalanges de son hôte qui resserra sa courte canne d’agent. Sir Reginald luttait contre une furieuse envie de toucher cet étalage. De curieux, ses traits reflétèrent de la… cupidité ? De l’admiration ? Qu’importe, Harry eut soudain envie de déguerpir à toutes jambes. On l’avait envoyé dans la gueule du loup ! Ce monstre ne désirait qu’une chose : s’emparer des reliques. N’allait-il pas lui sauter dessus ?
« N’ayez crainte ! Je ne vous les volerai pas. Vous en avez bavé pour les acquérir, elles vous sont dues. J’avoue qu’elles m’attirent, depuis le temps que l’on en parle. Je serai honoré de valoriser leur capacité réelle. Les avez-vous testées ?
- Euh… La bague m’a permis de courir plus vite que jamais. La ceinture a décuplé mes forces et aidé à transplaner sur une grande distance. À part ça, je ne sais pas à quoi servent ces objets.
- Moi, je peux te l’apprendre, si tu m’accordes ta confiance. »
Harry déglutit. Faire confiance à un vampire ? Sa mémoire retrouvée débobina toutes les informations en relation avec ces êtres hors normes. Le bilan n’était pas fameux. Si l’on tolérait les vampires, leur statut était loin de créer l’unanimité. En désespoir de cause, il balbutia timidement :
« Je… Je ferai ce que vous souhaitez. Je m’en remets entièrement à vous.
- Sage décision. Je suis peut-être le seul à même de t’enseigner les pouvoirs cachés de ces objets. Dumbledore ne se trompe jamais sur ses ouailles. Sois à la hauteur de ses espérances. Lève-toi. Laisse ces attributs, je dois vérifier tes capacités à nu. »
Avec un petit soupir, Harry obéit. Son hôte s’écarta et se raidit :
« En garde ! » jeta-t-il, féroce.
Harry, les traits empreints d’une froide détermination, redressa l’échine. Baguette pointée derrière l’épaule gauche, il adopta l’attitude classique des duellistes.
Dès qu’il vit s’agiter le bras armé de son adversaire, il lança :
« Proteg… »
Trop tard !
Ahuri par la vitesse fulgurante employée sans émettre un son, Harry se retrouva sans baguette.
« Les sortilèges informulés ne sont pas ton fort, ricana le vampire. Essayons autre chose. »
D’un geste, il lui expédia son bois de houx que Harry, rageur, saisit à la volée.
Plus concentré, cette fois, il observa étroitement Sir Reginald. Ce fut infime, juste un léger frémissement des cils incolores avant l’attaque que, d’un réflexe, Harry devança en criant un puissant :
« Projectam Corpus ! »
Les yeux plissés d’un plaisir évident, Coldrock para en plaçant sa paume ouverte entre eux.
« Pas mal ! commenta-t-il de sa voix railleuse. Voyons comment tu réagis à… ça ! »
Vlan ! Harry s’affala brutalement sur son postérieur, il n’avait même pas eu le temps de voir le coup partir que ses jambes s’étaient dérobées. Le rire glacial de Sir Reginald le piqua, son sang ne fit qu’un tour. Il se redressa d’un bond, voulut attaquer, et finit désarmé.
« Perdre t’énerve ? Voilà un défaut à combattre. Garder son sang-froid est primordial dans un affrontement. Plus tu t’excites, plus tu t’affaiblis car tu deviens prévisible. En garde ! »
Implacable, la leçon se poursuivit. Harry en encaissa des rudes, ripostant comme il le pouvait aux rares occasions que le vampire lui laissait.
Pendant que celui-ci s’amusait énormément à ses dépens, Harry sentait ses forces décroître. Son corps n’était que douleurs ; son esprit plein de fureur. Alors qu’il atterrissait à nouveau lourdement dans les meubles derrière lui, son opposant consentit une pause :
« J’espère que tu ne m’en veux pas trop de t’avoir rossé. Il était nécessaire que tu prennes conscience de tes lacunes. Reposons-nous un instant puis tu utiliseras tes objets contre moi. »
Sir Reginald, magnanime, avança une main secourable qui aida Harry à se relever.
Hôte parfait, le vampire agita une clochette en argent alors que Harry, épuisé, s’enfonçait dans le canapé de velours râpé.
L’affreux domestique réapparut porteur d’un plateau lourdement chargé. Avec bonheur, Harry s’enfila deux tasses de thé corsé additionné d’une rasade d’eau-de-vie.
« L’abus d’alcool nuit à tout ; aux réflexes, surtout ! dénigra Sir Reginald qui but son thé nature.
- J’en ai été sevré des jours durant, grinça Harry. Je sais m’en passer à présent.
- Tant mieux ! Montrer ses travers à l’adversaire lui donne un avantage indéniable, ne l’oublie pas.
- Mes trous sont comblés, merci. »