Il dormait profondément malgré l’inconfort des lieux. Tassé contre la base de la pyramide, il s’éveilla soudain en sursaut. Son subconscient avait dû l’avertir d’un danger quelconque, aussi se leva-t-il tous sens en alerte. Immédiatement, il sortit sa baguette, prêt à riposter à la moindre attaque. Un crissement de gravillons le galvanisa, il brandit son bois vers la silhouette qui s’avançait vers lui. Il se détendit aussitôt et souleva sa cape d’invisibilité.
« Oh ! Le maître se cachait. Kreattur est son humble serviteur.
- Toi ? Ici ?
- C’est Miss Granger qui m’envoie vers vous. Kreattur a eu un peu de mal à vous dénicher. Cet endroit est très… étrange.
- En effet. Je suis heureux de te voir. Quelles nouvelles m’apportes-tu ?
- La demoiselle fait dire que l’on espère votre prochain retour. Les élèves des trois premières années se préparent à la rébellion.
- Une mutinerie ? À Poudlard ? Les choses vont-elles si mal là-bas ?
- Nous, les elfes, vivons sagement loin des remous internes. Bien sûr nous percevons des échos, des rumeurs… Il semble que votre remplaçant ne soit pas apprécié par tous.
- Neville ? Qu’est-ce qu’il fait de travers ?
- Apparemment, tout ! Selon les bruits qui circulent, il imposerait des cours hors normes, des sanctions disciplinaires à tort et à travers… Bref, il n’est pas aimé.
- Il chamboule les programmes pour se faire remarquer, c’est typique d’un novice. Je ne vois pas l’utilité d’une révolte qui coûterait plus qu’elle ne rapporterait.
- La jeune maîtresse soutient le mouvement. Votre petite Weasley en est à la source.
- Lou-Anne y est mêlée ? C’est absurde, c’est une gamine.
- Elle donne des cours à ses condisciples afin de fomenter la révolte. »
Ahuri, Harry encaissa ces révélations. Qu’avaient donc en tête les deux filles qui lui tenaient à cœur ?
« Je ne suis pas certain que l’idée soit bonne. Dis à Hermione que j’ai un truc à terminer ici puis… Je reviendrai très discrètement si… je réussis. »
L’elfe s’inclina révérencieusement et disparut à sa manière habituelle.
Seul, Harry s’ébouriffa les cheveux. Une mutinerie à Poudlard ? Pourvu qu’il rentre à temps pour éviter ça.
Il rassembla son matériel, s’alimenta rapidement et observa d’un œil morne l’édifice qui le dominait.
« Allons ! » soupira-t-il en se mettant en mouvement.
Avec la montre bien calée dans son poing, il était certain de ne pas se perdre. Elle lui indiquait le Nord, il le suivit.
Une ouverture se découpa dans la face qu’il abordait ; il s’y engagea.
Le boyau exploré semblait aussi désert que le dehors, Harry se rassura. Tant qu’il ne croisait pas d’obstacle peu lui importait la distance à parcourir. Éclairé par le « lumos » de sa baguette, il se demandait d’où viendrait le piège. Ce serait étonnant qu’il n’ait qu’à se servir tel un banal voleur. Aussi, malgré le calme apparent des lieux, il progressait avec méfiance. Bien lui en prit ! Brusquement son pied droit s’enfonça de plusieurs centimètres :
« Zut, une dalle piégée ! songea-t-il. Qu’est-ce qu’elle déclenche ? »
Aux aguets, il écouta. Il lui sembla percevoir comme un sourd grincement, loin, très loin.
« C’était trop beau pour durer. Les ennuis ne vont pas tarder. »
Sur quoi allait-il tomber cette fois ? L’angoisse au cœur, il se força à poursuivre en tentant d’éviter d’autres chausse-trapes. Il longeait un couloir rectiligne où seule la faible lueur de sa baguette rayonnait. Il avança encore puis sursauta. Devant lui, à présent, quelque chose sortait du mur. Une silhouette translucide s’interposa. Il s’agissait manifestement d’un ancien prêtre vu son costume bardé de plumes et son nez busqué :
« Arrière, humain ! dit-il. Tu n’as rien à faire en ces lieux sacrés.
- Je… J’ai besoin… On m’a dit qu’ici je trouverais la ceinture d’Imocalpa.
- Elle est ici, en effet, mais doit y demeurer.
- Je ne ferai que l’emprunter. Elle doit m’aider à retrouver des pouvoirs perdus.
- Plus grande est la puissance de celui qui la porte. Elle n’est pas pour toi, va-t’en ! Tu n’y trouveras que la mort.
- Je dois continuer. Tel est mon destin.
- Je t’aurai prévenu. Fais à ta guise ! »
Hop ! Le spectre s’évapora.
Plus affecté qu’il n’osait se l’avouer, Harry marcha résolument dans ce corridor obscur.
Les nerfs à vif, il redoutait chaque croisement. La montre devenait de plus en plus chaude ; il touchait au but. Il entrevit une ouverture et devina qu’elle débouchait sur la salle au trésor. Inspirant un grand coup, baguette brandie, il y pénétra.
Un cri d’horreur s’étrangla dans sa gorge contractée alors que ses poils se hérissaient de terreur.
« Bonjour, visiteur ! susurra la créature. C’est gentil de venir me divertir. Il y a si longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de jouer avec un humain. »
Avec un corps de lion surmonté d’une tête d’homme aux longs cheveux ondulés, la queue terminée par un crochet de scorpion, la Manticore souriait cruellement.
« Tu viens me voler mes reliques ? Tu n’y arriveras pas. »
Nom d’un gnome, Harry se trouvait face à l’hybride le plus méchant qui fût connu. Seuls les dragons et les détraqueurs rivalisaient avec lui sur l’échelle de la dangerosité. Il déglutit douloureusement en révisant tout ce qu’il se rappelait sur ces monstres sanguinaires. Affronter ce… cette chose, lui sembla au-dessus de ses forces. Il ferait mieux de déguerpir tant qu’il en avait encore l’opportunité.
« La queue est redoutable par son dard empoisonné. Les griffes coupent mieux que des rasoirs ! La peau repousse la majorité des sortilèges. Stupéfix ne servira à rien. L’invisibilité m’aidera-t-elle ? »
En un tour de main, il se dissimula sous la cape.
« Tu te crois malin, humain ? Certes, je ne te vois plus mais… mon flair est très développé. Je sens ta peur perler par tous tes pores ! »
Se calmer ! Harry s’évertua à discipliner ses émois. Tant qu’il ne bougerait pas et arrêterait de transpirer, peut-être aurait-il une chance d’échapper à ce farouche prédateur. En douce, il se déplaça dans la vaste salle qui abritait le plus fabuleux des trésors. Celui de l’Himalaya n’avait rien à envier à celui-ci. Que de richesses exposées ! Vases précieux, statues d’or massif, joyaux de toutes les eaux, un voleur ordinaire se serait damné pour y puiser. Lui ne désirait qu’une infime pièce de ce tribut. Où était-elle dans cette montagne de merveilles ? Impossible de la localiser depuis sa position. Sans quitter la créature du regard, il se déporta davantage aux limites de cette richesse étalée. Avec un « accio », il s’emparerait de la ceinture. L’ennui c’est qu’il signalerait aussitôt sa présence et l’autre ne le raterait pas.
Serait-il possible de combiner… un sort d’action avec un de protection ?
Réfléchissant furieusement, Harry se décida. Le sourire de Lou-Anne l’inondant, il cria :
« ACCIO CEINTURE D’IMOCALPA ! SPERO PATRONUM ! »
Une fine lanière dorée, lestée d’une boucle ouvragée surgit du tas de joyaux en même temps que le cerf de Harry déployait ses ramures contre la manticore. Celle-ci bondit vers sa proie, immédiatement freinée par les bois protecteurs dont les coups redoublés la firent reculer. Harry récupéra son larcin qu’il referma sur sa taille. Toujours maintenue en respect, la créature sifflait et crachait sa rage, sa longue queue fouettant méchamment le vide. Profitant de ce répit, Harry s’élança vers la sortie. Un coup de dard lui effleura l’épaule.
« C’est foutu ! » songea-t-il en titubant sous la douleur épouvantable qui rongea aussitôt son bras.
Il rebroussa néanmoins chemin. Le Patronus s’évaporerait tôt ou tard, il devait s’éloigner et, si possible, bloquer la manticore avant qu’elle ne le dévore.
Dans un effort suprême, il se retourna et lança :
« Cracbadabum » sur les pierres au-dessus du couloir. Fracassée, la roche céda, scellant le passage.
Haletant, Harry se traîna vers la sortie. Voir le soleil… une dernière fois. Bien que la blessure fût légère, le poison était mortel, il le savait.
Il n’avait pas succombé immédiatement car la dose reçue était infime. Hélas, elle était suffisante pour le tuer. Il sentait déjà le froid glacial de la mort l’envahir. Il tomba à genoux mais poursuivit sa route. Enfin, la porte extérieure fut devant lui, il y rampa.
La poitrine oppressée, il souffla quelques secondes, yeux clos. Un bruissement souleva ses paupières :
« Les griffons ! songea-t-il effrayé. »
Une ombre le survolait, il pensa à ses parents et sa femme qu’il reverrait bientôt ainsi qu’aux deux personnes féminines qu’il allait quitter. Résigné, il attendit un coup de bec fatal. Au lieu de quoi ses oreilles s’ouvrirent sur un chant magnifique, un chant déjà perçu au Tibet alors qu’il désespérait… le chant du Phénix !
« Fu… Fumseck ? » articula-t-il difficilement.
L’oiseau de feu vint se poser sur l’épaule meurtrie et y pleura en abondance.
Une plénitude immense investit le jeune homme. Telle une certaine fois, les larmes du Phénix le guérirent instantanément.
Harry demeura assis contre l’entrée, le temps de récupérer des forces.
« Fumseck, on peut dire que c’est le ciel qui t’envoie. Merci infiniment. », murmura-t-il yeux clos.
Son devoir accompli, l’oiseau accepta une brève caresse puis reprit son envol.
À nouveau seul, le jeune homme but une longue rasade d’eau avant de songer à un plan de retraite. Il se sentait merveilleusement bien comme si rien ne s’était passé. La mort l’avait frôlé, il lui avait encore échappé. Sa mission était achevée, il pouvait rentrer. Une dernière étape à son périple s’imposait. Le tout était de savoir… comment s’y rendre ?