eh bien la voici cette suite. La prochaine tardera, c´est sûr. Bonne lecture quand même.
L’air glacial le fouettait. Volontairement, Harry avait gagné une altitude assez élevée afin d’éviter d’être repéré tant par des moldus en maraude que par ses ex-collègues Aurors. Son allure était bonne malgré son chargement conséquent réparti entre sac à dos et nacelles. Il avait mis cap au nord-est, survolant une voie rapide où la circulation automobile était dense en direction de la côte. Dommage qu’il n’ait jamais pensé à passer son permis de conduire. La voiture aurait certes été bien plus confortable que ce manche de bois tenu par des mains gantées de cuir, un système GPS aurait aussi été le bienvenu. Néanmoins, le vendeur de balai auprès duquel il s’était équipé ne l’avait pas roulé, le boîtier installé correspondait presque à l’électronique moldue. Harry suivait donc les indications du petit écran lumineux qui le guidait vers Félixstowe.
Cette bourgade perdue à flanc de falaise abritait de solides maisons en pierre du pays. Conçues pour résister aux bourrasques parfois déchaînées du littoral, elles formaient un minuscule hameau isolé sur une campagne pelée. Ici ou là, de modestes habitations s’éparpillaient comme soufflées par les vents. C’était l’une d’elles que visait Harry Potter.
Les renseignements de Dumbledore lui fournissaient le moyen infaillible de ne pas rater sa cible. Il lui avait détaillé la masure : elle serait la seule à porter un chaudron fleuri devant la porte.
Le jeune homme se posa en douceur derrière l’unique endroit favorable du coin : un grand hangar à moitié en ruines. La nuit était tombée, l’obscurité facilitait un atterrissage discret. Après avoir examiné les abords, il s’intéressa au bâtiment où il dissimula son équipement sous quelques planches pourries.
Mains dans les poches de son chaud blouson, il se repéra facilement et chemina sur un sentier tortueux qui le mena droit chez Angus Fisher.
Un chaudron peint au goudron noir était bien à l’endroit indiqué, ses fleurs aux tons vifs, en plein d’hiver, devaient fatalement attirer l’attention, mais l’occupant ne semblait pas s’en soucier. Résolu, Harry avisa les rideaux en tissu écossais qui opacifiaient les fenêtres dont la clarté diffuse prouvait une présence. Il s’approcha et tambourina le panneau de pin vernis.
Tendant l’oreille, il perçu une léger remue-ménage ainsi qu’un grognement bourru. Des pas se traînèrent, une voix grommela :
« Qui c’est ? Que me voulez-vous à cette heure ?
- Je suis envoyé par Albus Dumbledore. Le mot de passe est nigaud, grasdouble, bizarre, pinçon ! » murmura Harry.
Comme Sésame, on ne pouvait rêver mieux, une clé impatiente farfouilla la grosse serrure, un double tour plus tard, la porte s’ouvrait.
« Entrez vite, souffla le propriétaire. Si je m’attendais ! Comment va mon vieil ami ?
- Aussi bien qu’on peut l’être quand on en est réduit à bavarder par l’intermédiaire de son portrait.
- Oh, c’est vrai, pouffa l’individu. Sur le coup j’ai oublié que notre pauvre Albus nous avait quitté physiquement. Ainsi donc il vous envoie, monsieur… ?
- Harry Potter.
- Har.. Harry Potter ? LE Harry Potter ? Quelle joie ! Ne restez pas là, entrez, entrez ! »
Gentiment, l’homme usé auquel Harry parlait le poussa au milieu de la pièce où un bon feu ronflait. Il l’installa dans une chauffeuse, lui servant immédiatement un verre de vin.
« Excusez-moi, j’étais en train de préparer mon repas. Nous partagerons tout à l’heure. Racontez-moi. »
Sans tergiverser, l’ex-directeur de Poudlard déversa sa tirade dans les oreilles étrangement allongées de son hôte. Une ascendance manifeste de Gobelin se reflétait dans l’apparence de cet individu court sur pattes revêtu d’une robe violette et d’un bonnet à pompons.
« Que je vous aide à… Oh ! là, là ! Ce n’est pas rien ! Je ne suis qu’un psychomage à la retraite, moi. Il est vrai que je connais… des choses. Voyez-vous, certains objets décuplent les pouvoirs des êtres qui les portent. Les trouver… est une autre histoire.
- Je suis prêt à tout endurer, certifia Harry.
- Endurer… sembla réfléchir tout haut le bonhomme, le mot est faible. Enfin… Vous le comprendrez assez tôt si vous êtes déterminé à poursuivre dans cette voie ardue.
- Je le suis. Que dois-je faire ?
- Manger ! Mon repas est prêt et n’attend que nous. Passons à table, voulez-vous. La bonne chair favorisera nos discussions. »
L’hybride Gobelin tourna les talons vers la cuisine laissant Harry désorienté. Ce type un peu fou lui serait-il réellement secourable ? Qu’importe, cet instant de détente après la course en balai n’était pas à négliger.
Le jeune homme goûta l’hospitalité de son hôte. Son ragoût de lapin aux herbes, agrémenté d’un vieux cru de Bourgogne, lui cala agréablement l’estomac. Il savoura le tout sous le babil enjoué de Fisher qui meubla la conversation en relatant une portion de sa vie personnelle.
« Mon amitié avec ce cher Dumbledore est lointaine : la deuxième guerre mondiale. Grindelwald… Saviez-vous que ce mage était à l’origine de toutes les atrocités qui ravagèrent cette époque ?
Je l’ai un peu aidé à localiser ce monstre mais c’est la magie de mon cher ami qui a réussi ce tour de force. Sans Dumbledore notre univers serait aussi différent que l’actuel privé de votre courageuse intervention dans l’élimination de… Voldemort. Vos actions sont très similaires finalement, puisque vous nous avez débarrassé de deux êtres malfaisants. Si je puis à nouveau contribuer à l’éviction d’un mage maléfique, j’en suis heureux.
- Allez-vous me réapprendre ce que j’ai oublié ?
- Tout est en vous, jeune homme ! J’en suis persuadé. Je crois deviner les intentions d’Albus en vous envoyant vers moi. Il désire que vous effectuiez une espèce de parcours initiatique au bout duquel, si vous en sortez vivant, vos pouvoirs seront revenus.
- Un jeu de piste ? C’est possible, en effet. J’ai été obligé de m’équiper d’un tas de choses dont je ne comprenais pas l’utilité pour venir ici.
- Vous a-t-il donné d’autres adresses que la mienne ?
- Juste des noms de personnes. »
Harry sortit la courte liste de sa poche et la soumit à l’hybride qui chaussa des petites lunettes carrées avant d’entamer sa lecture.
« Hum ! dit-il pensif. C’est bien ce que je pensais… la bague… la ceinture…
- Quels sont ces objets ? Il ne parle d’aucune…
- Il le sous-entend en citant nos autres amis, Mundaï Ying - dit le sage - ainsi que Ramon Olivares. Si eux savent où sont cachées ces reliques, moi je connais leur adresse. Mon rôle est donc de vous indiquer le chemin pour les joindre. Comment êtes-vous parvenu jusqu’ici ?
- En balai, un Voyager 200, dernier modèle.
- Hors de question de voler jusqu’au Népal ! Vous seriez mort de froid et de fatigue avant d’arriver. Trafiquer un portoloin pour une telle distance est illusoire. Avez-vous de l’argent moldu ?
- J’en ai changé, oui.
- J’espère que vous n’avez pas oublié les pratiques du monde dans lequel vous avez passé votre enfance.
- Malgré dix années à l’hôpital, je me rappelle le principal.
- Voilà qui est bien. » dit Angus Fisher en brandissant sa baguette.
D’un coup, il expédia la vaisselle sale à la cuisine et commanda à des livres de se poser sur la table débarrassée.
Plusieurs atlas s’ouvrirent devant les yeux de Harry qui, comme son hôte, se pencha dessus.
« Voilà, pointa Fisher d’un doigt noueux en plein centre du Népal. Vous devez vous rendre chez Mundaï. C’est un vieil ermite vivant dans la montagne. La ville moldue la plus proche est Katmandou. À partir de là, vous suivrez le nord-est sur 150 kilomètres. Une sorte de drapeau rouge signalera l’entrée de la caverne où réside le sage, il y a aussi des chances pour que de la fumée sorte de son antre. Voulez-vous prendre des notes ? »
Se méfiant de trous éventuels, Harry accepta. Fisher lui fournit de quoi écrire, ce qu’il fit aussitôt.
« Et si je le trouve, qu’est-ce que je lui demande ?
- Racontez-lui votre histoire en détail. Puisque peu de gens le fréquentent, il aime les longs discours qu’il n’entend pas souvent. La référence à Dumbledore le mettra d’humeur aimable, il vous indiquera la voie de la bague de Krimlord.
- Elle sert à quoi, cette bague ?
- Les réflexes de celui qui la porte deviennent plus rapides ; ses sens sont aiguisés. Un bel atout lors d’un duel. C’est pour cela qu’elle était très convoitée. Je crois que personne n’a réussi à l’approcher.
- Vous voulez dire qu’elle n’est peut-être pas disponible ?
- Elle est presque légendaire. Si elle est abordable, Mundaï le dira. »
Harry sursauta. Cela n’avait pas de sens. Effectuer un voyage de plus de sept mille kilomètres juste pour apprendre s’il pouvait ou non se procurer l’objet ?
« Ne craignez rien ! rit Fisher. Dumbledore ne vous enverrait pas là-bas pour… rien.
- Je l’espère, soupira Harry. Admettons que je m’en sorte, je dois voir Olivares ensuite, c’est ça ?
- Oui ! Il vous faut la bague avant d’atteindre la ceinture. Le sage complétera ces informations, si…
- Je survis ! Merci, j’ai compris le message. »
L’hybride eut l’air un instant navré par cette froide mais exacte conclusion. Il changea d’optique et démontra sa parfaite hospitalité en invitant Harry à passer la nuit sous son toit, ce qu’il accueillit avec reconnaissance, il était vanné. Le lendemain, il regagnerait Londres où il se procurerait les billets d’avion, visas et passeports, indispensables à son périple.
Pendant cette virée de l’ex-directeur, son successeur était entré en fonction.
Neville, assis dans le fauteuil près des tableaux, ne fit pas grand-chose de sa première matinée à la tête du collège.
« Je ne comprends pas pourquoi ils m’ont choisi, expira-t-il. Comparé à Hermione, je n’ai jamais possédé les capacités d’organisation nécessaires, moi !
- Il faut croire que si, pouffa Dumbledore histoire de remonter le moral de Londubat. Allons, mon enfant ! Si tu examinais ce courrier en attente ? »
Haussant les épaules, le frais promu s’attela à cette tâche barbante durant une heure au bout de laquelle il repoussa les documents étalés devant lui.
« C’est pelant, avoua Dumbledore hilare, mais capital pour une bonne gestion.
- Je ne suis pas administrateur, je suis professeur. Mes plantes me manquent déjà.
- Rien ne s’oppose à ce que tu poursuives ton enseignement, et…
- Que ne le disiez-vous pas plus tôt, s’enflamma Neville, j’y cours. »
Il se leva précipitamment, vola à la porte où il pila net.
« Non, murmura-t-il en faisant demi-tour. Ma place est ici, maintenant. »
Il se rassit sous le regard étonné du vieillard :
« Tu es sûr ? Tu as dit que…
- J’ai un devoir à accomplir, je l’assumerai. Je vais, comme l’a fait Harry, convoquer les professeurs, je poursuivrai mes leçons plus tard. »
Avec ardeur, il rédigea des notes de service qu’il expédia avant de se rendre à la bibliothèque.
Hermione achevait de donner son cours lorsque l’avion en papier rouge atterrit sur son bureau. Elle le déplia puis lut en soupirant :
« Il s’y croit vraiment ! »
Elle rangea la missive puis distribua les devoirs aux élèves de première année assis sagement sous sa tutelle. Avisant la place vide près d’Adrien Weasley, elle se mordit la lèvre inférieure et s’approcha du garçon :
« Je compte sur vous pour copier ce qu’il faut à votre cousine. Elle nous rejoindra bientôt, néanmoins elle ne doit pas prendre de retard.
- Avec John, on s’en occupe, assura le rouquin. On pourra aller la voir ?
- Mrs Malefoy désire qu’elle se repose au moins deux jours complets. Après-demain, si son état le permet, vous irez. »
Satisfaite de l’intérêt des garçons au sujet de la malade, elle attendit la sonnerie pour libérer tout le monde. Elle disposait d’une heure de fourche, juste le temps de répondre à l’invitation de Neville. Elle jugeait cette mesure hors propos, surtout en ce qui la concernait. Ne connaissait-elle pas le fonctionnement de la direction mieux que lui ? Assez ennuyée d’être appelée de la sorte, elle aborda la gargouille qui pivota aussitôt sur son passage.