voilà: bonne lecture!
Chapitre 16 : Un nouveau départ
Le Magicobus déposa son unique passager très matinal près du square Grimmaurd. Harry Potter, l’esprit torturé, pénétra dans la maison héritée de son parrain. Depuis sa dernière visite, où il convoqua les membres de l’ordre du Phénix, rien n’avait bougé. Il monta sa valise dans la première chambre plus ou moins correcte qu’il trouva, s’affala sur le lit, le moral au-dessous de zéro.
« J’espère que cette réclusion volontaire suffira à libérer Lou-Anne. » soupira-t-il en lui-même.
Il regretta de ne pas avoir emporté Hedwige. Il aurait eu un semblant de compagnie avec sa vieille amie. Ne sachant trop à quoi s’occuper, refusant le sommeil qui l’investissait après cette nuit blanche, il déballa ses effets personnels qu’il rangea dans une commode pas trop poussiéreuse. Ensuite, il embrasa difficilement le bois humide de la cheminée, puis descendit dans la cuisine. Il devait s’organiser et tenta de réfléchir à sa situation.
« Des provisions, dit-il à haute voix. Il m’en faudra pour… longtemps. »
Il visita les placards où, à part quelques bouteilles utilisés lors de la réunion de l’ordre, il ne débusqua rien de comestible.
Désemparé, il tourna en rond dans les lieux déserts lorsqu’un craquement le fit sursauter :
« Kreattur veut suivre son maître, affirma l’elfe matérialisé dans une profonde révérence, le nez au sol.
- Merci, s’étrangla Harry, ému. Je suis très heureux que tu sois venu mais Poudlard est beaucoup mieux pour toi.
- Là où va le maître, va Kreattur. Ordonnez, il répondra. »
Voilà une aide précieuse à laquelle il ne s’attendait pas. Harry avait besoin de tant de choses qu’il lui fallut un moment pour délivrer ses instructions auxquelles se plia immédiatement son domestique.
Rassuré sur l’intendance, Harry n’en demeura pas moins très inquiet sur le sort de la fillette qui lui avait ravi une partie de son cœur. Il devait savoir ce qui se passait au collège ! Ni une ni deux, alors que Kreattur disparaissait à la recherche de sa commande, il se précipita dans le couloir où il apostropha le tableau de Phinéas Nigellus Black :
« Monsieur, pourriez-vous me mettre en relation avec le professeur Dumbledore, s’il vous plaît ? »
Le portrait de l’ancêtre de Sirius prit son temps avant de se manifester. Harry dut s’y reprendre à trois reprises pour obtenir un mouvement :
« Il ne me plaît pas ! grogna Phinéas. Vous n’êtes plus le directeur, aussi je n’ai aucun compte à vous rendre.
- Je vous en supplie, c’est très important, insista Harry. Je dois lui parler. »
L’autre émit un sourire mauvais puis parut agacé. Sous les yeux du jeune homme se livra une courte lutte. Bousculé par les mains noueuses, Black fut contraint de se lever et d’abandonner la place.
« Désolé de vous déranger, Phinéas, nous n’avons pas le choix, grommela Dumbledore en s’asseyant au milieu du cadre. Ah ! Mon garçon ! Je suis bien content de te rencontrer. Pourquoi es-tu parti sans rien me dire ?
- Il le fallait ! Lou-Anne Weasley, est-elle …?
- Elle vient d’être retrouvée errant dans le parc. On l’a emmenée à l’infirmerie ; Mrs Malefoy s’en occupe. Elle est en état de choc, gelée et a une cheville foulée, sinon elle est intacte.
- Loué soit Merlin ! souffla Harry extrêmement soulagé. Il a tenu parole. J’avais craint…
- Avec ce genre d’énergumène, c’est bien le moins, soupira Dumbledore.
- Ron est reparti ?
- Dès qu’il a été rassuré sur le sort de la fillette, oui. Nous avons eu une note du ministère, tu ne devineras jamais qui te succède au poste de directeur.
- Hermione ?
- Neville Londubat.
- QUOI ? Elle est pourtant…
- Plus apte, c’est également mon opinion. Le ministre en a, malheureusement, décidé autrement. Cette nomination est très rapide, je suppose qu’ils ont paré au plus pressé. Miss Granger n’est pas à Poudlard depuis longtemps ; Slughorn est peut-être trop âgé. En plus les Aurors sont arrivés. Ils ont fouillé ta chambre de fond en comble.
- Grand bien leur fasse, il n’y avait rien à trouver.
- Détrompe-toi ! Ils ont examiné une baguette étrangère.
- Quoi ?
- Elle a, hélas, révélé un Avada Kedavra suivi d’un « Morsmordre ».
- Je n’ai jamais…
- Un coup monté, bien sûr. N’empêche qu’à présent, ils te considèrent coupable, et fulminent de ne pas t’avoir mis la main dessus plus tôt. Te voici l’ennemi public numéro un avec avis de recherche et récompense à la clé.
- Je vais aller leur dire que c’est idiot, et…
- Tu seras immédiatement jeté à Azkaban. J’avoue que je n’aime pas trop ce qui se prépare actuellement. Je ne sais comment te traduire mes sentiments mais je souhaite que tu reprennes ton poste au plus vite.
- JAMAIS ! hurla Harry. Si je mets un pied à Poudlard, il reprendra Lou-Anne et la tuera ! Il l’a mis noir sur blanc.
- C’est exact, il lui a fait écrire ces mots. D’une manière ou d’une autre, il conservera une emprise sur elle. Il connaît ton point faible, à toi de le combattre.
- J’en suis incapable, vous le savez !
- Voilà pourquoi je crois urgent de passer à l’option que nous avions envisagée auparavant.
- C’est-à-dire ?
- Tu dois récupérer tes pouvoirs, Harry ; en gagner davantage, si possible. Ce n’est pas en restant muré au square Grimmaurd que tu y parviendras. Prépare-toi à un grand voyage.
- Pour où ?
- Loin ! Le principal problème sera la communication. Prends de quoi écrire, je vais te donner des noms de personnes chez qui nous pourrons nous faire le point. Elles t’aideront, également. Je suis, heureusement, assez célèbre et il existe beaucoup d’endroits possédant mon portrait. Au besoin, je déménagerai l’occupant d’un cadre comme je viens de le faire pour Phinéas. Il est primordial de garder le contact.
- Comment vais-je me déplacer, je ne sais pas transplaner. La vieille moto de Sirius… ?
- Cela m’étonnerait que sa magie fonctionne encore après tout ce temps passé dans le hangar. Tu as su voler, tu recommenceras. Achète-toi un nouveau balai bien robuste. Pas la peine qu’il soit le plus rapide, surtout très solide avec nacelles incorporées et instruments de contrôle de route, pliable aussi, ce serait pratique. Il existe pleins de gadgets utiles notamment un dispositif repousse-moldu.
- Je dois donc commencer par visiter le chemin de traverse.
- Parfaitement, en étant très prudent : les Aurors sont à tes trousses, ne l’oublie pas. Outre ton balai, prévois des provisions de bouche…
- Kreattur s’en procure actuellement.
- C’est bien que ton elfe te soit dévoué. Il s’avérera un allié précieux dans nos liaisons, au besoin. Il te faut des conserves, des choses faciles à emporter et simples à préparer. Munis-toi également de vêtements chauds car la saison n’est pas encore estivale, surtout là où tu iras en second lieu. Change des gallions contre beaucoup d’argent moldu, tu y auras recours tôt ou tard. »
Afin de ne rien oublier, Harry nota les recommandations au fur et à mesure que Dumbledore les lui délivra. Si la finalité de la quête était claire, la route à emprunter l’était nettement moins.
Quand tout fut inscrit, son mentor avoua sa fatigue et rejoignit son cadre personnel laissant l’ancêtre de Sirius Black récupérer son siège. Il semblait furieux et n’émit pas un son en s’installant.
Harry s’empressa de recopier la liste de ses futurs achats. Ensuite, il gribouilla un mot pour Kreattur, roula sa robe de sorcier et se teignit les cheveux. Quoi de plus banal qu’un homme aux cheveux noirs ? Un peu de suie donna un résultat acceptable ; il sortit dans le monde moldu.
Du square Grimmaurd au chaudron bâveur, une belle trotte l’attendait. Il préféra s’y rendre à pied.
« J’ai besoin d’entraînement si je veux survivre au plan de Dumbledore, songea-t-il en se mettant gaillardement en route. La marche, elle, ne me tuera pas. »
Il n’avait plus pratiqué cet exercice depuis des lustres. Circuler parmi les moldus lui procurait une curieuse impression. Certes, ses précédentes virées londoniennes aidaient. Néanmoins, fréquenter autant de non-sorciers le mettait mal à l’aise.
Il fut très heureux d’enfin franchir le seuil de la taverne menant à son monde et d’enfiler sa robe.
Toute la matinée se passa entre la banque et diverses boutiques où il acquit foule d’objets indispensables selon sa liste. Personne ne s’intéressa de près à lui, il ne s’en plaignit pas. Encombré d’un tas de paquets, il se vit mal retraverser Londres ainsi chargé. Contraint, il héla le Magicobus qui le ramena chez lui.
Kreattur avait fait diligence. Les placards regorgeaient de nourriture et, remplaçant avantageusement les remugles d’humidité poussiéreuse, une bonne odeur de poulet rôti embaumait les lieux.
Le maître de l’elfe fit honneur à sa cuisine, il dévora son plat avec un plaisir prouvant le retour patent de son moral.
Devinant qu’un retard serait mal perçu par son mentor, il lutta contre l’irrésistible envie d’une sieste après ce plantureux repas. Dès sa tarte à la mélasse avalée, il s’activa dans les préparatifs de voyage.
Répertorier, trier son fourbi lui prit un temps fou. L’après-midi était bien entamé lorsque, enfin, il se sentit paré.
D’après l’inventaire de Dumbledore, son premier point de chute ne serait pas trop éloigné. Il repéra soigneusement son itinéraire grâce à une carte routière. S’il volait gentiment, en moins d’une heure il serait rendu.
Il vérifia une nième fois l’attirail, soupira, rédigea une courte missive destinée à Hermione ; il la confia à Kreattur.
« Je devrai probablement t’appeler, dit-il à l’elfe.
- Kreattur répondra à son maître. »
Convaincu, il s’empara du « Voyager 200 » équipé de tous les attributs récents indispensables aux longs courriers, et quitta sa retraite le plus discrètement possible.
Le déclin du jour favorisa sa sortie. Il se dirigea vers le square où, à l’abris des arbres, il enfourcha son balai.
« Espérons que je n’ai pas perdu la main, je serais fin si l’on me surprenait dans cette position ! » songea-t-il, vaguement inquiet.
Il pensa successivement à sa fiancée et à une jeune demoiselle rousse. Son cœur s’allégea si bien que la manœuvre fonctionna : il décolla.