Suites aux pages 463,466,469,471,473,475,478,480,483, 485, 488, 489, 491, 493, 498, 501, 505, 518, 523.
N´étant pas là cet après-midi, je vous propse cette suite maintenant. Bonne lecture.
Chapitre 11 : Le nouvel Ordre du Phénix.
Les jours suivants se vécurent dans l’étourdissement de leurs mutuels aveux. Jamais Harry n’avait affiché un visage aussi rayonnant. Dès que Hermione apparaissait, il lui semblait que l’espace s’illuminait, tout le reste devenait flou, elle seule brillait. Avec Poudlard qui tournait gentiment, tout était donc au mieux dans le meilleur des mondes. Pourtant, ce matin-là…
L’estrade des professeurs échangeait les potins habituels. Miss Baddream semblait avoir reporté son attention sur un Neville apparemment embarrassé par tant de sollicitude. Les autres discouraient de leurs cours ou sur le dos des élèves. Parmi le tumulte coutumier du lâcher de hiboux, Harry réceptionna son courrier. Comme tous les jours, il commença par déplier la Gazette du Sorcier et se réjouit : aucune nouvelle inquiétante. Un sourcil de contrariété se releva avec deux des lettres de son paquet. Elles lui semblaient par trop familières. Si l’une émanait du ministère, l’autre…
« Hermy, je crois que des ennuis se dessinent, dit-il en décachetant l’officielle.
- Le Ministre ? Que…
- Il m’annonce qu’un courrier spécial m’attend au bureau. Je n’aime pas ça.
- Et l’autre, c’est quoi ?
- Elle n’est pas signée, elle vient probablement du mauvais plaisant, comme l’autre fois.
- Ouvre-la !
- Je veux d’abord voir ce que me veut Scrimgeour. Tu m’accompagnes ? »
Évidemment, Hermione ne raterait pas ça. Aussi discrètement qu’ils le purent afin de n’éveiller aucun soupçon sur l’urgence qui les tenaillait, ils s’éclipsèrent.
« Ah, vous voilà ! les accueillit Dumbledore. Ça vient d’arriver par la cheminée. »
Harry se précipita. D’un coup d’ongle, il décacheta le pli et lu avidement.
« D’après ta tête, ce ne sont pas de bonnes nouvelles. Ils ont changé d’avis ? Ils t’accusent encore ?
- C’est pire, soupira Harry. Le Ministre dit : Cher Monsieur Potter, nous avons dû nous résoudre à interdire la parution de certains articles dans la presse afin d’éviter un vent de panique. La marque des ténèbres est, malheureusement, encore apparue hier soir. Elle signait la mort de notre regretté Kingsley Shacklebolt qui, vous le savez, occupait la place de secrétaire auprès du Premier Ministre moldu. Il ne peut plus s’agir d’une coïncidence : les membres de l’Ordre créé par Albus Dumbledore sont tous visés. Shacklebolt a été retrouvé chez lui. Sa dépouille portait des traces de lutte prouvant sa résistance. Le, ou les criminels, n’ont pas eu partie facile avec lui. Néanmoins, il a perdu son combat. Force est de constater qu’un ou des individus recherchent vos amis. Nous ne saurions trop vous recommander la prudence. Votre dévoué Rufus Scrimgeour. »
Le silence régna, chacun cogitait à sa manière. Hermione secoua sa chevelure brune :
« Le message de l’autre, vite, Harry. »
Le directeur obtempéra et blêmit à la vue des caractères collés sur le parchemin :
« Shacklebolt y est passé ! Bientôt sera ton tour, Potter ! Mais avant je m’occuperai de tes amis et surtout de ta « petite » amie, ahahah ! »
Harry tressaillit violemment et apostropha le portrait de son mentor :
« Ça ne peut plus durer ! Nous devons arrêter ce fou. Que proposez-vous ?
- Euh… Harry, mon cher enfant… Je crois qu’il serait temps de recréer l’Ordre. Convoque les « survivants ». Ensemble, vous parviendrez sûrement à débusquer ce malade mental.
- Ils vont se méfier, avec raison du reste.
- À toi de trouver le moyen infaillible de gagner leur confiance. »
L’allusion était trop claire, Harry devrait s’efforcer de former un Patronus.
« Je n’y parviendrai pas, murmura-t-il, dépité.
- C’est toi qui m’as appris comment faire. Je t’ai enseigné l’occlumancie, je peux t’y aider.
- Merci, dit-il chaleureusement. Tu as tes cours à donner, on se retrouve à la tapisserie de Barnabas, juste après le dernier, d’accord ? »
La jeune femme approuva et s’en fut. Demeuré seul – façon de parler avec tous les portraits qui l’épiaient – Harry se plongea dans ses paperasses barbantes. Distrait, il ne cessait de compulser sa montre avec l’espoir de voir le temps filer plus vite. Après avoir expédié les notes en attente, il relut son journal intime. Oui, Hermione lui avait appris à fermer son esprit ainsi qu’à posséder celui de son opposant. Il serait bien incapable d’une telle prouesse aujourd’hui. C’était rageant de tout reprendre à zéro.
À l’heure dite, il se présenta au 7ème étage. Hermione l’y rejoignit peu après.
« Essayons d’obtenir le même genre de salle que celle de l’A.D, tu te souviens ?
- Pas… vraiment. Fais-le, toi. »
La jeune femme se concentra lors de ses va-et-vient devant le mur concerné ; cela fonctionna. Joyeux, ils poussèrent la porte et…
« Ce n’est pas…. rougit Hermione. Ce n’est pas ce que j’ai souhaité !
- Il faut croire que si, rit Harry. »
Hilare, il pénétra dans une alcôve très intime tendue de voiles roses au milieu de laquelle trônait un grand lit très accueillant.
« Ne va surtout pas imaginer, que…
- Quelle sorte de cours escomptes-tu me donner ici ? pouffa-t-il.
- Cesse, tu n’es pas drôle. Nous pouvons sortir et recommencer.
- Non, je blaguais. Pourquoi pas cette pièce ? Elle en vaut une autre. »
Pour cacher son trouble, Hermione prit un ton doctoral :
« Produire un Patronus demande de focaliser les pensées sur un souvenir heureux, très heureux. Vas-y, la formule est…
- Je sais, je viens de la relire. »
Il réfléchit un peu. Qu’est-ce qui était susceptible de déclencher… S’éclairant, il cria :
« Spero Patronum ! »
Seul un mince filet blanchâtre s’échappa de sa baguette.
Un souvenir de bonheur… Il avait repensé au baiser de ses épousailles… en vain. Le voyant contrit, Hermione dit gentiment :
« Change ; il y a sans doute plus fort. »
Qu’il était bête, il l’avait devant lui la raison de son bonheur ! Il se concentra sur le doux visage de sa compagne :
« Spero Patronum ! »
Une pâle volute se forma, s’évaporant immédiatement.
« Je croyais pourtant le tenir, grinça-t-il découragé. »
Puis, lumineuse, l’idée jaillit :
« SPERO PATRONUM ! » hurla-t-il confiant.
Émerveillé, le couple vit devant lui un magnifique cerf irradier de blancheur. De près de deux mètres au garrot, déployant des bois puissants, l’apparition argentée tourna ses iris scintillants vers eux.
« Splendide, s’écria Hermione. Tu vois, tu y arrives. À quoi as-tu pensé ?
- Euh… à nous. » répondit-il très vite.
Le sourire radieux de Hermione rendit son piteux mensonge encore plus cruel. Comment lui avouer que…
« Parle-lui ! l’engagea-t-elle.
- Qu’est-ce que je lui dis ?
- Donne-lui ton message personnel, celui que tu destines aux membres de l’Ordre. »
Il n’avait rien préparé à l’avance, tant il était persuadé d’échouer.
« Euh… Puisque tu es issu de moi, tu dois connaître les membres de l’Ordre du Phénix. Retrace-les, propose-leur d’aller à… »
Paniqué, il se tourna vers Hermione qui sourit :
« Londres, à l’ancien quartier général. »
En accord avec sa compagne, Harry compléta son message, fixant date, heure et mot de passe de la rencontre. Le cerf argenté inclina ses ramures vers son maître puis s’évapora.
« Ça va marcher ?
- J’en suis sûre !
- Pourquoi choisir Londres, on aurait pu regrouper tout le monde ici !
- Si quelqu’un nous cherche, ce serait une cible… facile à atteindre.
- On n’entre pas à Poudlard facilement.
- Certes, non ! Je pense pourtant que ce lieu était trop évident, autant brouiller les pistes. Que faisons-nous… maintenant ? »
Harry prit conscience du confort douillet de la pièce où ils étaient, le ton mutin de sa compagne le perturba. Il balbutia :
« Sortons ! Un exploit dans la journée me suffit. »
La jeune femme pouffa mais accepta.
Le 12 Square Grimmaurd ! Pas question d’y recevoir qui que ce soit avant d’avoir assaini la maison. Depuis le temps qu’elle était inoccupée, toutes sortes de vermines avaient dû s’y développer. Harry offrit un « bonus » de salaire à Dobby s’il s’attelait à cette tâche. Kreattur, son domestique personnel, vaquait aussi aux cuisines et, quoique très vieux, il fut délégué auprès de l’elfe libre.
Le vendredi soir, lorsque la réunion des professeurs s’acheva, Harry et Hermione s’évadèrent de l’enceinte du château. Un transplanage plus tard, ils étaient face au quartier peu reluisant qui abritait un endroit visible aux seuls initiés. Dès la maison intercalée entre les numéros 11 et 13, ils s’approchèrent de la vieille porte délabrée à la poignée en forme de serpent. Une série de déclics plus tard, ils entraient dans un lugubre hall éclairé de faibles lampes à gaz. Triste, Harry soupira :
« Malgré les efforts déployés, jamais cette maison n’aura l’air gai. »
Ils parcoururent le long hall en jetant un œil aux pièces y s’ouvrant. Les elfes avaient bien travaillé, le rez-de-chaussée était propre. De bons feux ronflaient dans les cheminées, leur chaleur rendait l’atmosphère moins sinistre. La cuisine, pimpante, regorgeait de boissons et de variétés de sandwiches. Il ne manquait plus que les invités. Harry et Hermione tuèrent le temps en révisant une stratégie.
« On laissera le débat ouvert, nous verrons où cela nous mènera, conclut la jeune femme. »
Bientôt la cloche de l’entrée annonça les arrivants. Le couple se redressa et se porta au devant d’eux.
« Mot de passe ? demanda Harry derrière le panneau.
- Poil de licorne, répondit une voix étouffée. »
Harry déverrouilla le système anti-intrusion, la porte s’ouvrit sur trois sorciers.
« Bonsoir, les salua Harry. Je suis heureux de vous revoir après si longtemps.
- Harry chéri, l’embrassa une petite vieille parcheminée. Tu te souviens de moi ? Comme nous nous amusions lors des anniversaires de Dudley ! »
Au vu des pantoufles écossaises qu’elle arborait comme jadis, Harry reconnu sa « baby-sitter » Arabella Figg. Où était-il le temps où il admirait les photos de tous les chats de cette Cracmol ?
Suivirent les accolades de Hestia Jones - dont la chevelure n’avait pas pris un fil blanc -, et la poignée de main de Dedalus Diggle qui, immuablement portait un haut-de-forme.
Ils s’installèrent dans la cuisine où Hermione s’empressa de les combler de gâteries. La cloche résonna à nouveau, Harry courut ouvrir après l’échange de mot de passe. Sturgis Podmore, toujours aussi baraqué avec sa mâchoire carrée passa le premier. Les autres visiteurs étaient… la famille Weasley. Harry se raidit, un mélange de sentiments contradictoires l’agitait. Il était à la fois heureux et terriblement peiné. Il se mordit la langue pour se vider d’émotion. Arthur, glacial, le salua d’un signe de tête. Molly avait l’air d’avoir pleuré. Elle passa devant lui en murmurant un petit :
« Bonsoir, Harry. Ron s’excuse, il est retenu. »
Les jumeaux ne lui jetèrent pas un œil, Bill et Charlie glissèrent sous son nez sans l’aumône d’un regard. Dépité plus qu’il ne l’aurait souhaité, Harry dirigea le groupe vers la cuisine.
L’humeur des Weasley se réfrigéra davantage à la vue de Hermione. Indifférente, celle-ci les convia à s’installer et s’enquit de leurs désirs :
« Thé ? Un alcool peut-être ? »
Très « maîtresse de maison » elle s’acquitta de sa tâche en répondant aux requêtes.
Lorsque toutes les demandes furent satisfaites, le directeur de Poudlard attaqua :
« Je vous remercie d’avoir répondu à cette convocation. Je ne vois pas Ding.
- Il est à nouveau à Azkaban pour trafic de faux gallions, il y est pour un moment, répondit Diggle. »
Harry inspira un grand coup puis lâcha :
« L’heure est grave : Shacklebolt est mort ! »
La surprise saisit l’assemblée :
« C’est impossible, dit Diggle, je l’ai croisé avant-hier !
- La Gazette n’a rien dit, vous vous trompez, s’insurgea Podmore.
- Voici une lettre du Ministre de la Magie. Faites-la circuler, vous comprendrez mieux. »
Aussitôt le parchemin vola de main en main. Ceux qui le déchiffrèrent tombèrent de haut.
« Kingsley! Par la barbe de Merlin, s’exclama Arthur, livide. Devons-nous comprendre que…
- Il existe un Mangemort oublié, s’assombrit Bill. C’est dingue. Scrimgeour a-t-il parlé d’évasion à la prison d’Azkaban ?
- Il n’en a jamais été question. J’ai aussi reçu ceci, c’est en fait la seconde. L’autre a été remise au Ministre. »
La lettre anonyme se passa de l’un à l’autre.
« On m’a accusé et suspecté de ces monstruosités. Le couple Lupin et Maugrey ont affirmé que j’étais leur meurtrier.
- Ronald nous a averti, s’étrangla Molly. Il jure que tu es innocent.
- Quelqu’un se sert de Polynectar ! affirma Fred.
- Se pourrait-il que…
- Un Mangemort s’est évadé comme Barty Croupon junior, s’enflamma George.
- À moins que ce ne soit un animagus non déclaré comme ce pauvre Sirius, réagit Hermione. Il s’était sauvé grâce à ce stratagème, les détraqueurs ont pu être leurrés.
- Pourquoi avoir attendu tout ce temps avant de se manifester ? dit Podmore.
- Son évasion est peut-être récente ou alors, il attendait…
- Que je sorte de… ma retraite pour tout me mettre sur le dos.
- Où étais-tu, mon garçon ? »
S’entendre appeler comme un fils par le père de sa défunte épouse remua Harry. Il inspira un grand coup :
« J’étais… malade ! Ron a dû vous en toucher un mot : j’ai passé plus de 10 ans à Ste Mangouste avec des… troubles de mémoire. »
Cet aveu déclencha diverses réactions ? Molly couina bizarrement, les uns ouvrirent des yeux ronds, les autres parurent circonspects. Harry reprit :
« Mrs McGonagall m’y a conduit. Je vais mieux mais ne suis pas encore complètement rétabli. J’ai provoqué cette réunion afin que les choses soient claires entre nous : vous devez vous méfier de tout le monde. Les avertissements que j’ai reçus, je ne les ai ni fabriqués ni inventés : quelqu’un nous cherche. Nous devons découvrir qui et nous défendre. Je tenais à ce que vous soyez au courant de tout. Le ministère affirme assurer votre sauvegarde, j’ai pensé qu’il fallait vous prévenir personnellement.
- Un façon de te « blanchir », non ? ironisa Charlie.
- Croyez ce que vous voulez. Si j’étais l’assassin présumé, vous seriez tous en mon pouvoir. Libre à moi de vous éliminer. Ces Sandwiches sont-ils empoisonnés ? Attention, Fred, ton jus de citrouille est peut-être mortel !
Vous pâlissez ? Auriez-vous des doutes ? Si j’étais coupable, vous seriez déjà de l’autre côté du voile. J’y ai été, on n’en revient pas facilement. »
Cette tirade calma les esprits, plusieurs nez honteux se baissèrent.
« Comment se protéger ? demanda Mrs Figg. Je n’ai aucun pouvoir, moi. À part mes chats flaireurs, personne ne m’aidera à reconnaître…
- Nous en sommes tous au même point dit Arthur. Maugrey était certainement celui qui se méfiait le plus, pourtant…
- Il s’est fait avoir par ma copie ! C’est pourquoi je vous engage à ne communiquer entre vous qu’avec des moyens fiables. J’ai retrouvé l’usage du Patronus, ceux qui l’ignorent peuvent l’apprendre. Oui, Miss Figg, pour vous c’est différent, je sais. Seul votre bon sens parlera si vous éprouvez des doutes sur l’identité d’untel. Personnellement, c’est mon cerf que je vous enverrai si j’ai besoin de vous contacter. Même mon double ne pourra le produire car il est la prolongation de mon moi profond. Le Patronus de Hermione est une loutre argentée, vous pourrez vous y fier également. »
Voilà, il avait terminé. Il était convaincu de ne rien avoir omis, pour une fois.