Suites aux pages 463,466,469,471,473,475,478,480,483, 485, 488, 489, 491, 493, 498, 501.
Bonne lecture!
Chapitre 9 : L’envoyé Extraordinaire du ministère.
Après une nuit de cauchemars, Harry n’était vraiment pas décidé à descendre déjeuner. Il le devait pourtant, ne fut-ce que pour calmer la réaction des enfants lorsque la nouvelle de la triple agression leur parviendrait.
Les professeurs étaient au courant, Harry leur avait expédié un courrier spécial annonçant le drame ainsi que la venue d’un… étranger.
Comme de bien entendu, les élèvent furent choqués. Le directeur remarqua les mines paniquées des Weasley dont le meilleur ami se retrouvait brutalement orphelin. Chose curieuse, la table de Serpentard ne se manifesta que très peu, ce qui tracassa Harry. Avaient-ils su ? Comment ?
Afin de calmer l’assemblée, il prononça quelques mots bienvenus puis commença à regarder anxieusement sa montre. Scrimgeour n’avait pas précisé l’heure d’arrivée de Ron ; il lui tardait de l’affronter.
Enfermé de longues heures dans son bureau où il tentait de travailler, Harry s’énervait quand, enfin, Rusard se présenta à la gargouille. Près de lui stationnait l’hôte obligé.
« Oui ! » dit-il fébrile au révélateur.
La statue pivota ; Harry se leva et, le cœur battant la chamade, il se positionna face à l’entrée. Un coup retentit, il ouvrit.
« Bonjour, Ron, enchanté de…
- Veuillez m’appeler Mr Weasley, Mr Potter. Inutile de feindre une amitié qui est morte depuis longtemps. »
Le ton glacial frappa Harry en plein estomac. Alors c’est ainsi que Ron prévoyait leurs relations ? Très bien, il jouerait sur le même mode :
« Entrez « Mr Weasley » Monsieur Rusard vous a-t-il montré vos quartiers ? Ceux-ci vous conviennent-ils ?
- Ils sont corrects, merci. Je ne vous cacherai pas que je suis ici afin de contrôler votre état mental au vu de vos agissements. Je serai votre ombre, Mr Potter, ainsi que le veut le ministre.
- Ah bon ? Voulez-vous que je vous installe une table dans ce bureau ou pourrais-je y travailler à mon rythme ? Un autre lit dans ma chambre peut-être ?
- Nous n’irons pas jusque-là, répliqua Ron sans se départir de sa froideur malgré l’ironie employée à son encontre. Ce sont vos actes qui compteront. J’interrogerai également professeurs et élèves afin d’obtenir un portrait des plus précis de votre personne. Merci de m’avoir reçu. »
Sitôt la porte fermée, Harry sentit la rage le gagner. Il éclata dans un flot d’injures bien senties :
« Quel fat, quel crétin, quel… etc. »
Un coup de pied s’égara contre la table, un bras y balaya la paperasse qui se dispersa. Il hurla jusqu’à ce que la voix de Dumbledore l’atteigne enfin :
« Harry, pour la centième fois, calme-toi ! »
Il s’ébroua, constatant le massacre des lieux :
« Je suis désolé, murmura-t-il navré. J’ai du mal à gérer les excès de tension.
- C’est ce que j’ai vu, pouffa Dumbledore. Heureusement que notre cher Ronald n’y a pas assisté : son enquête serait déjà bouclée, et toi catalogué parmi les forcenés. Allons, remets de l’ordre. Tu te rappelles la formule ? »
Les « Reparo » et sortilèges de rangement s’effectuèrent sombrement.
L’heure du déjeuner sonna.
Comme pour le précédent repas, Harry se sentit des pieds de plomb au moment de s’y rendre. Contraint, il n’allait pas donner à ce Weasley la satisfaction de croire qu’il en avait peur !
Un sourire désinvolte aux lèvres, il aborda l’estrade où il salua la ronde des professeurs attablés. Il se casa entre Hermione et Slughorn. Ron se présenta peu après.
« Mais qui voilà ! s’exclama réjoui le professeur de DCFM. Un revenant ?
- Ron ! bondit Neville. Ça fait un bail, mon vieux ! »
Raide, le sous-secrétaire d’État accueillit son ancien condisciple avec une poignée de main vaguement chaleureuse.
« Viens t’asseoir, l’entraîna Londubat. Je te présente Miss Baddream, c’est notre nouveau professeur de potions, les autres tu les connais. »
Galant, Ron baisa la main d’une Desdémone apparemment ravie de cette rencontre puis s’assit à son côté pile en face de Hermione qui le toisa, impassible. Neville se mit à poser mille questions auxquelles Ron répondit évasivement. Seuls Harry et Hermione s’abstinrent de participer au débat.
Les élèves s’intriguaient aussi sur l’identité de ce grand rouquin que les adultes paraissaient bien connaître.
« Hé, dit Adrien en filant un coup de coude à sa cousine figée. Tu vois ce que je vois ?
- C’est pas vrai, dit-elle en secouant la tête d’incompréhension. Mon père ! Que vient-il faire ici ?
- Il n’est pas là pour nous. Enfin… je ne crois pas. On dirait que Baddream l’a à la bonne. S’il joue son jeu, tu auras bientôt de meilleures notes, rigola le jeune Weasley.
- Plutôt mourir que d’avoir des points de cette façon.
- Il se lève, il va faire une allocution. Écoutons. »
Effectivement, Ron quitta sa place pour s’approcher du bord de l’estrade. Il s’appliqua un léger « sonorus » qui augmenta son volume vocal.
« Bonjour chers étudiants et chers professeurs. Je suis Ronald Weasley, sous-secrétaire d’État auprès du ministre Scrimgeour. Ce dernier désire un rapport exact sur la qualité de l’enseignement dispensé en ces lieux. Ne vous étonnez donc pas si vous me voyez un peu partout et si je vous questionne. Merci de votre attention et bon appétit. »
Le joyeux brouhaha reprit alors que l’arrivant se rasseyait face à son ex-épouse. Torturée, Hermione ne parvenait pas à lever les yeux de son assiette qu’elle ne touchait pas.
« Auriez-vous perdu l’appétit, Miss Granger ? s’inquiéta Desdémone, un tantinet narquoise.
- Pas du tout, répliqua-t-elle sèchement en redressant la nuque. Je réfléchissait, excusez-moi. Alors comme ça, Mr Weasley, nous allons avoir la « chance » d’être soumis à votre jugement.
- J’obéis aux ordres de mes supérieurs, tout simplement.
- N’est-ce pas incroyable, dit Slughorn. Le quatuor le plus célèbre de l’école est réuni à cette table.
- 14 ans plus tard, s’émut Moldubec en reniflant.
- Les années transforment les gens, trancha Harry.
- Mais l’amitié est plus forte que tout, c’est merveilleux, s’extasia Sibylle Trelawney complètement à côté de la plaque.
- Pour certains, certes ! Pas pour tous, hélas, soupira Hermione.
- Combien de temps resteras-tu parmi nous, Ron ?
- Je l’ignore, professeur Londubat. Mon enquête est à durée indéterminée. »
Neville donna l’impression d’avoir reçu une douche glacée. Il sursauta, son teint devint blême ; il se tint coi.
Loin d’être détendue, la conversation s’étira dans les efforts d’amabilité de Slughorn et Baddream. Heureusement, le dessert se matérialisa, mettant fin au supplice de plus d’un.
Hermione fut la première à se lever, elle salua la ronde d’un coup de menton avant de filer hors de la salle. Harry grillait de la suivre, il se tempéra cependant, décidé à voir qui de Ron ou lui céderait le premier. Un à un chacun regagna ses occupations. Harry et son ancien ami se firent face.
« Désirez-vous une liqueur, Mr Weasley ?
- Avec plaisir. »
Les verres se remplirent, Harry légèrement tremblant, leva le sien :
« Je bois à… l’amitié !
- Pourquoi trinquer à quelque chose d’inexistant ?
- Parce que je veux croire que tout n’est pas mort ! » lança Harry, bravache.
Ron haussa les épaules brièvement mais accepta de porter ce toast :
« À l’amitié ! », soupira-t-il.
Plus détendu, le directeur chercha un sujet de discussion neutre.
« Votre fille est une bonne élève, c’est aussi une sportive accomplie. Vous devriez la voir sur le terrain, elle est magnifique. »
Ron marqua un instant de stupeur :
« Lou-Anne joue au Quidditch ? Je sais qu’elle vole depuis longtemps, mais…
- C’est la nouvelle attrapeuse de Gryffondor, sourit Harry. Elle et son cousin ont été acceptés dans l’équipe. Ils ont gagné le premier match, hier. »
Cette évocation lui rappela le triste départ d’un petit garçon bouleversé :
« Pour John Lupin, comment les choses vont-elles aller ?
- Ah, souffla Ron, pauvre gosse. L’enterrement a lieu demain, dans l’intimité. Son grand-père Ted Tonks vit toujours et l’accueillera aux vacances scolaires. Il reviendra probablement mardi, lorsque la succession sera réglée.
- Me croit-on réellement coupable d’une telle horreur ?
- Je ne puis révéler des secrets d’instruction.
- En fait de garder des secrets, on peut te faire confiance, grinça Harry. Mrs McGonagall a laissé une bien étrange lettre à mon intention. »
Était-il le jouet de son imagination ou Ron venait-il de tressaillir ?
« Elle prétend que ma femme n’est pas morte dans un accident ! »
Cette fois, pas de doute, Ron réagissait :
« Elle dit… n’importe quoi, bredouilla-t-il très vite. L’âge, sans doute. »
Harry se mordit les lèvres. Indisposer Ron n’était pas de bonne politique s’il voulait parvenir à ses fins. Tôt ou tard, il saurait la vérité se jura-t-il intérieurement. Faisant mine de laisser de côté ce sujet brûlant, il se contenta d’échanger quelques banalités avant de prendre congé.
Ron Weasley, désoeuvré, se demanda comment tuer le temps. Il lui sembla naturel d’essayer de parler à sa fille qu’il n’avait pas vue depuis plus d’un mois. Il se dirigea donc vers le septième étage où il poireauta dans l’espoir qu’un Gryffondor ouvre le passage. Il ne dut pas attendre longtemps, au bout de 5 minutes le portrait restauré de la grosse dame pivotait sur deux élèves de 3ème années. Il posa sa requête et patienta à nouveau. Un instant plus tard, Lou-Anne pointait son nez mutin.
« Papa ? C’est une surprise de te voir ici, dit-elle en l’embrassant.
- Je suis en mission mais rien ne m’empêche de dire bonjour à ma fille chérie. Si nous allions aux jardins ?
- D’accord. »
Bras dessus, bras dessous, ils gagnèrent l’extérieur du château.
« Alors, tu te plais à Poudlard ? Tes hiboux sont rares.
- Nous avons beaucoup de travail, et peu de temps.
- Surtout que tu fais du Quidditch, maintenant ?
- Tu es au courant ? Ils disent tous que je suis très bonne et mon nouveau balai est formidable.
- Un balai ? Tu possèdes TON propre balai ?
- Un Foudroyant III ! J’ai eu des pépins avec lui la première fois que je l’ai enfourché, mais c’est arrangé.
- Quel genre de pépin et qui te l’a donné ?
- Je crois que c’est le directeur. »
Lou-Anne, innocemment, déballa toute l’affaire. L’humeur de Ron grimpa d’un cran :
« Il t’offre un balai qui a failli te tuer ! rugit-il avec colère.
- Il m’a sauvée, il est venu me chercher ! Tu devrais lui être reconnaissant, il avait déjà ralenti ma chute précédente.
- Raconte-moi ça. »
Que cette conversation était édifiante ! Ron jubila : sa mission portait déjà ses fruits. Harry était bien un simulateur ! Très satisfait, le père s’informa incidemment sur le comportement général des autres professeurs et, plus particulièrement sur celui du directeur.
Ainsi sa fille était nulle en potion ? Hermione avait osé de venger sur une gamine innocente ?
« Mais tati a reconnu ses torts, elle m’a demandé pardon et me note à ma valeur, conclut-elle, sereine. »
Son père la félicita sur ses prouesses en lui promettant de converser avec Baddream afin d’être certain qu’il ne s’agissait pas d’un parti pris. Il relâcha la fillette tandis qu’il dirigea ses pas vers la grande serre. Neville y oeuvrait tranquillement, distribuant ses soins avec amour aux multiples variétés de plantes assemblées. Cette entrée parut perturber le professeur de botanique qui n’encaissait pas la rebuffade antérieure.
« Je tenais à m’excuser pour mon éclat idiot au déjeuner, dit Ron, sincère.
- J’avoue que j’ai été très… choqué. Depuis quand as-tu avalé un parapluie ? Jamais tu ne t’es montré aussi froid envers… nous !
- Je suis en mission officielle ! Si je me mets à fraterniser, mon impartialité pourrait être suspectée.
- Tu veux quoi, au juste ?
- Principalement vérifier si Harry a toute sa tête.
- Bien sûr qu’il l’a ! Il est parfois bizarre, voire très distrait mais il assume une charge écrasante de responsabilité, parfaitement, du reste.
- Si tu le dis… », fit Ron peu convaincu.
Neville se montra éloquent sur son métier et la joie qu’il éprouvait auprès des enfants. Il loua les talents de la fille de Ron, se désola sur le sort du jeune Lupin. Néanmoins, quand des questions plus intimes survinrent, Ron devint laconique. Servir le Ministre était son unique ambition, Lou-Anne sa seule joie.
Peu après cet entretien, le sous-secrétaire rejoignit le château. Un plan assez roublard mûrissait lentement. Débusquer Harry, prouver qu’il jouait la comédie de l’amnésie ne serait pas facile, mais il était sûr d’y réussir. Le hasard faisant parfois bien les choses, il croisa Miss Baddream près de la bibliothèque d’où elle sortait.
« Voici celle que j’espérais ! sourit-il en l’apercevant.
- Vraiment ? Vous m’en voyez ravie. Que puis-je pour vous ?
- Ne connaîtriez-vous pas un petit coin tranquille pour discuter amicalement ?
- Puis-je vous faire l’honneur de mes appartements ? »
Ron, docile, suivit la ravissante prof de potion.