Voilà!
Au matin, les jeunes gens déjeunèrent en tête-à-tête, ce qui n’échappa pas à grand monde. Sourires, coups de coude, murmures accompagnèrent leur repas. Renfrognée dans son coin, Desdémone Baddream semblait avoir avalé une purge particulièrement amère.
« Ça a l’air de fonctionner, souffla Hermione.
- Vu sa tête, elle n’apprécie pas, pouffa Harry. Méfie-toi de tes boissons !
- Elle n’irait pas jusque-là, tu exagères. »
Ils rirent en poursuivant leurs bavardages. Les frasques du nouveau copain de Hermione les divertirent jusqu’à l’arrivée des hiboux.
« Voyons ce que dit la gazette ! », s’empressa la jeune femme qui la déplia.
Au petit cri qu’elle poussa, le directeur comprit :
« La marque ? Encore ? »
Négligeant son propre courrier, il contourna vivement la table afin de lire en même temps qu’elle.
« C’est affreux, se décomposa la jeune femme, la victime… c’est…
- Mrs Pomfresh, blêmit Harry. »
Insouciant du tumulte qui envahit la grande salle, il parcourut l’article.
« ELLE EST RÉAPPARUE ! titrait le journal.
Hier soir, aux alentours de minuit, de nombreux témoins ont aperçu la sinistre marque des ténèbres ! Poudlard serait-il maudit ? En effet, cela concerne une nouvelle fois un membre de cet illustre collège – Mrs Poppy Pomfresh – l’infirmière patentée de ces lieux a été découverte sans vie peu de temps après les appels au secours des villageois terrorisés. Rappelons les faits. Cette dévouée personne est arrivée en début de soirée chez sa sœur – Jane - avec laquelle elle désirait passer le week-end. Après avoir dîné, elles ont bavardé puis sont allées se coucher. Ce sont les cris des voisins qui ont alerté la vieille dame très affectée par la macabre découverte qu’elle fit peu après. Elle affirme n’avoir rien vu ni entendu de suspect. La victime reposait sur son lit, comme endormie, aucun désordre ne transparaissait dans la pièce ce qui laisse un doute flotter : mort naturelle ou Avada Kedavra ? Nos experts sont à l’œuvre et… »
Hermione accrocha la manche de son ami :
« Je n’arrive pas à y croire ! Qu’est-ce que cela signifie ?
- Je ne sais pas, répondit sombrement Harry. Quelqu’un cherche-t-il à éliminer le personnel du collège ? Je file parler à Dumbledore. Essaie de calmer le jeu. »
Il détalla à toutes jambes alors que Hermione se levait en s’appliquant un « sonorus ».
« TAISEZ-VOUS ! cria-t-elle pour se faire entendre. »
Ce qu’elle raconta ensuite, Harry ne le perçut pas tant il se dépêchait vers son bureau où il apostropha immédiatement son mentor :
« C’est au tour de Mrs Pomfresh, professeur ! Croyez-vous que…
- Calme-toi, mon enfant ! La situation déborde, il est vrai. Néanmoins gardons notre sang-froid.
- Comment ne pas disjoncter ? Deux fois en l’espace de quelques jours, avouez que ça dépasse les bornes du bon sens.
- J’admets que vu sous un certain angle, ces faits peuvent prêter à confusion. Tel est probablement le but d’un mauvais plaisant : semer le doute.
- NON ! C’est plus grave que ça… je le sens !
- Serais-tu devenu devin ? Ce n’était pas ta matière de prédilection.
- Je ne crois pas à ces fadaises, non. Depuis que j’ai perdu mes pouvoirs, ma sensibilité paraît… accrue. Je perçois les signes avant-coureurs d’une… catastrophe ! Ne disposez-vous d’aucun indice qui m’éclairerait ? »
Le portait n’émit que des banalités exaspérantes. Un bruit avertit Harry : du courrier arrivait via cheminée. Il s’y précipita. Scrimgeour était en tête de liste, pas moins de trois missives le concernaient. Le bureau des Aurors remettait ça, il n’ouvrit pas.
« Le Ministre s’inquiète, lut Harry. Il me recommande de surveiller le personnel de cette école. Sommes-nous en danger ?
- Excellente question, mon cher. En prenant les choses au pire, deux membres de notre vénéré établissement sont impliqués. Je fais des recherches de mon côté pour tenter de retracer Poppy ! Je ne peux que te conseiller la prudence : qu’aucun professeur ne quitte Poudlard pour l’instant. »
Le directeur approuva malgré l’affolement ressenti. Une envie d’alcool le tenailla, il résista.
« Je dois m’éclaircir les idées, pas les endormir, dit-il à haute voix. Nous allons avoir besoin de… »
Fébrile, il s’empara de son nécessaire à écrire et rédigea une courte lettre destinée au ministère.
« Ensuite, je devrais… voir comment Hermione s’en tire. »
La grande salle s’évacuait dans des murmures quand il s’y présenta. Il se fraya un chemin parmi la foule, visant l’estrade où demeuraient les professeurs attardés.
« Conseil général. » déclara-t-il en s’asseyant.
Les autres l’imitèrent, il ouvrit le débat :
« Comment les enfants réagissent-ils ?
- Pas trop mal, répondit Hermione. Et toi, du neuf ? »
Harry résuma les notes du Ministre :
« Il est impératif qu’aucun d’entre nous ne sorte de l’enceinte du château jusqu’à nouvel ordre. C’est l’endroit le plus sûr. Si les élèves vous interrogent soyez francs avec eux. Ce sera tout pour l’instant, vous pouvez disposer. »
Le staff des professeurs s’éparpilla. Harry, pensif acheva son thé refroidi. « Tiens, dit Hermione, tu avais du courrier que tu n’as pas ouvert. »
Elle lui tendit quelques enveloppes qu’il consulta négligemment. Pourtant, l’une d’elle l’intrigua :
« Celle-ci ne porte pas le nom de l’expéditeur, qu’est-ce que ça peut être ?
- Attends ! » prévint Hermione sourcils froncés.
Elle brandit sa baguette et en toucha le papier :
« Tu peux ouvrir, elle n’est pas ensorcelée !
- Deviendrais-tu parano ?
- Juste prudente. Si l’on s’en prend aux membres du personnel, tu es en tête de liste ! »
Haussant les épaules, le directeur décacheta la missive. Aussitôt, il se décomposa, les yeux arrondis de surprise. Ses mains tremblèrent.
« Qu’est-ce que… »
Profondément abattu, il lui donna le parchemin sur lequel ne figurait aucune écriture manuscrite mais des bouts de phrases collés qu’elle déchiffra :
« L’HEURE DE LA VENGEANCE A SONNÉ, POTTER ! TOUS, L’UN APRÈS L’AUTRE, VOUS Y PASSEREZ ! »
Incapable d’émettre un mot tant sa gorge était contractée, Hermione reposa la lettre anonyme sur la table.
« Une chose est sûre, gronda Harry, s’il ne s’agit pas d’un mauvais plaisant, nous avons bel et bien un gros problème sur le dos. Nous devons prendre ce fou au sérieux ; j’avertis le Ministre ! Ne parle de ça à personne. »
Dans sa chambre, Harry retourna vêtements et paperasses. Il l’avait conservée, il en était certain. Le tout était de trouver où il l’avait fourrée. Enfin, il la débusqua, soigneusement coincée entre les pages d’un livre. La plume verte de Scrimgeour ! Voilà un moyen rapide de communication. Il s’empressa de rédiger sa lettre. La réponse s’inscrivit presque instantanément sur le parchemin.
Des mesures de sécurité seraient prises, Harry se sentit un peu soulagé, mais parviendrait-on à protéger tout le monde. Qui, en fait, était concerné ? Combien de temps cette menace pèserait-elle ?
Terriblement tourmenté, dos voûté, Harry rejoignit sa pièce de travail.