vos désirs sont des ordres; je m´exécute... Pan!
S’emparant du coude du garçon d’un côté, de celui de Hermione de l’autre, il les escorta en direction de la douzaine d’ascenseurs du fond du hall où ils patientèrent un peu avant de pouvoir franchir la grille dorée d’une des cabines. Personne ne disait un mot ; une gêne étrange régnait entre le trio dont les membres regardaient, soit leurs pieds, le plafond ou encore la multitude des petits avions en papier qui voletait autour d’eux. La longue énumération des différents étages défila sans que Harry n’y prête attention, tant son esprit était préoccupé par l’imminence de cette confrontation. Enfin, la même voix que celle de la cabine téléphonique annonça de sa froideur coutumière :
« Niveau 1 : Bureau directorial et Chambre du Ministre. Préparez-vous à une fouille corporelle. »
Hermione et Harry échangèrent un œil paniqué.
« Pourvu qu’il ne s’agisse pas de la sonde de sincérité, songea Harry, angoissé. »
Déjà, Mr Weasley les poussait dans un vaste couloir où tous les sons semblaient feutrés. S’approchant de deux sorciers en robe vert bouteille, Arthur tendit sa baguette à l’un tandis que l’autre lui promenait une sorte de diapason doré le long du corps. Cette méthode n’étant pas sans évoquer le procédé de sécurité Moldu, Harry se détendit quelque peu. Il subit l’examen sans broncher, mais vit Hermione pâlir quand son tour arriva. Alors que le sorcier balayait le flanc droit de la jeune fille, un son épouvantable retentit. Immédiatement, les baguettes des sorciers se pointèrent, menaçantes, sur la jeune fille qui n’en menait pas large.
« Videz vos poches, ordonna le plus âgé des agents, sans gestes brusques. »
Penaude, Hermione s’exécuta avec la lenteur requise. Harry s’étonna de la quantité d’objets que son amie portait sur elle. Outre de traditionnels mouchoirs en papier, dragées surprises de Berthie Crochue, trousseau de clés et chewing-gums moldus, le plus invraisemblable était… un tube de rouge à lèvres.
Le diapason s’attarda longuement sur cette étrange chose ; seul Atrhur paraissait fasciné.
« Qu’est-ce que c’est ? Artisanat moldu, c’est sûr ! Je n’en vois absolument pas l’usage ! Je peux ? »
La main gourmande qu’il tendit fut stoppée par un des gardiens.
« Moldu ou pas, c’est objet est suspect ! Miss Granger va devoir en référer aux hautes instances !
- C’est ridicule, enfin ! Je réponds entièrement de cette jeune personne. Nous sommes attendus par le Premier Ministre ! Hermione, ma chérie, explique-nous ce qu’est ce… truc. »
Rougissante, Hermione avoua :
« C’est un ustensile de maquillage des lèvres. Je peux vous montrer, si vous le voulez. »
Tous acquiesçant, Hermione prit délicatement le tube qu’elle ouvrit avant de se le passer sur les lèvres.
Trois paires d’yeux avides suivirent ses mouvements. Harry, lui, résistait difficilement à l’envie de se tenir les côtes et celle d’éclater de rire. Cette Hermione, il n’y avait qu’elle pour se fourrer dans ce genre de situation embarrassante.
Si Mr Weasley rayonnait de contentement, les deux agents étaient circonspects. Puisque, apparemment, aucune arme ni effet toxique ne se manifestait, ils accordèrent le passage au trio.
« Si tu ris, je te plaque là ! » grinça Hermione entre ses dents serrées alors qu’ils abordaient une nouvelle aile.
Harry gloussa, déglutit puis toussa. C’était trop ; quelle lutte intérieure ! Pourtant, le moment ne se prêtait guère à se rouler par terre. Là, dans quelques secondes, il allait rencontrer Rufus Scrimgeour qui n’apprécierait certainement pas qu’on lui rigole au nez. Tentant désespérément de se conformer à l’image requise, Harry redevint impassible juste comme ils s’arrêtaient face à de hautes portes moulurées.
Arthur Weasley frappa discrètement tout en imposant le respect à ses ouailles par un signe de tête sans équivoque.
Le panneau s’ouvrit, ils entrèrent.
« Asseyez-vous ! » intima sévèrement le Premier Ministre dressé derrière un immense bureau débordant de parchemins.
Cette mise en demeure impressionna les jeunes gens qui se casèrent illico dans de confortables fauteuils molletonnés. Arthur, lui, salua brièvement, et les abandonna en tête-à-tête.
« Alors, Mr Potter, êtes-vous fier de vous ?
- Je ne vois pas de quoi j’aurais honte ! Si vous nous disiez…
- Silence ! Vous semblez oublier à qui vous parlez, jeune homme. »
Face à cet accueil glacial, l’humeur joyeuse qui habitait Harry disparut d’un coup. Sur le point de répliquer, il se relevait déjà à demi quand Hermione posa sa main sur la sienne.
« Votre amie semble plus sensée que vous, Mr Potter. Vous n’êtes pas en position de force, ici. Vous nous posez, en fait, un énorme problème dont nous nous passerions volontiers. Cela a dû beaucoup vous amuser de nous expédier quatre dangereux Mangemorts au beau milieu du hall de réception.
- L’idée était de moi, j’ai expliqué que…
- Oui, Miss Granger ; nous avons reçu votre hibou. Néanmoins, par cette exhibition de vos talents, vous nous avez causé plus d’ennuis que de satisfactions. »
Harry, qui cogitait furieusement, entrevit enfin ce qui gênait le Premier Ministre. Il s’autorisa un sourire sarcastique :
« Voir deux jeunes sorciers accomplir plus de besogne qu’une bande d’Aurors patentés, n’a pas dû vous plaire ! Votre image de marque en a-t-elle souffert ? Nous sommes… désolés.
- NE DITES PAS CE QUE VOUS NE RESSENTEZ PAS, MR POTTER ! rugit Scrimgeour en tapant du poing sur la table de travail. La politique n’est pas un jeu ! Mes opposants ont profité de ce coup d’éclat pour me discréditer. Nous n’avons pas besoin de ça ; nous sommes en guerre ; dois-je vous le rappeler ?
- CERTES PAS ! hurla Harry que Hermione avait toutes les peines du monde à maintenir assis. Et si c’est juste pour entendre ça que vous nous avez fait venir, nous partons !
- Restez où vous êtes ! Il est hors de question que vous quittiez ces locaux pour à nouveau vous égailler dans la nature. Nous préférons, de beaucoup, vous savoir, ici, en sécurité, jusqu’à votre transfert à Poudlard.
- Vous allez nous retenir près d’une semaine, mais…
- Non, jeune fille ! Si vous n’aviez pas, sciemment, détourné des hiboux de leur mission, vous le sauriez : la date de la rentrée a été exceptionnellement avancée. Des indicateurs nous ont révélé la possibilité d’une attaque de l’Express ; chose que nous ne saurions tolérer. Tous les étudiants susceptibles de reprendre les cours ont été prévenus. Les fournitures scolaires ont été acheminées directement sur place.
- C’est pour quand ? , demanda Harry comme assommé par cette déclaration.
- Le train part demain. Vous ne le prendrez toutefois pas. »
L’ébahissement de ses hôtes provoqua un bref sourire de Scrimgeour.
« Vous n’avez pas encore votre permis de transplanage, n’est-ce pas, Potter. Aussi, veuillez vous rendre au niveau six ; votre instructeur vous y attend. Dès votre attestation en poche, vous suivrez les indications qu’il vous délèguera. »
Harry et Hermione, comprenant que l’entrevue était terminée, se levèrent, saluèrent d’un signe de tête et gagnèrent la sortie.
« Merci, s’obligea à dire la jeune fille en refermant la porte. »