Des semaines plus tard…
Épilogue :
Alors que la grande salle vibrait sous l’harmonie des accords de l’orchestre convié aux festivités, le plafond magique reflétait les feux multicolores des pétards spéciaux façon Weasley. Au centre de la piste aménagée, de nombreux couples élégants valsaient, très détendus. Il y eut soudain un flottement quand quelqu’un cria :
« Ils arrivent ! »
Aussitôt, les danseurs arrêtèrent leurs pas. Ils s’alignèrent sur toute la longueur de la pièce, filles d’un côté, garçons de l’autre. Au signal, Drago Malefoy battit la mesure, tous l’imitèrent en rythme.
Réjouie – une fois n’est pas coutume – Mrs McGonagall, en grands atours, se présenta à l’entrée, directement suivie par une délicieuse jeune fille qu’escortait un fringant cavalier. Applaudissant à tout rompre, l’assistance salua dignement l’apparition de leur sauveur : Harry James Potter.
Satin noir et mousseline turquoise accueillirent cet hommage avec émotion.
« Essaie au moins de sourire, murmura Ginny.
- J’ai plutôt l’impression de grimacer. », répliqua le jeune homme embarrassé.
Néanmoins, il domina sa tension afin de ne pas décevoir ses admirateurs.
C’était avéré : Lord Voldemort avait disparu pour de bon. Depuis l’instant où on l’avait découvert inanimé au pied d’une silhouette gravée sur un mur piqué de l’épée de Gryffondor, Harry était devenu le « Héros », celui qui avait vaincu le Seigneur des Ténèbres ! Plusieurs jours furent nécessaires pour récupérer des forces et admettre la vérité : il avait tué Voldemort.
Ensuite, félicitations, décorations et hourrahs l’emportèrent dans une succession de galas épuisants. La sollicitude de ses amis lui permit de garder la tête froide, et d’achever sereinement ses études. C’est avec brio qu’il venait de recevoir son diplôme de terminale, les A.S.P.I.C souhaités à la clé.
La directrice s’était montrée intransigeante : il y aurait bal après le banquet traditionnel, et il serait le clou du spectacle !
Loin de l’enchanter, cette contrainte lui faisait l’effet d’une exhibition grotesque. Pourquoi fêter quelqu’un qui a tué son semblable ? Il avait eu le bon réflexe, au bon moment ; rien de plus !
Terriblement nerveux, il avait toutefois accepté de se prêter à cette comédie.
Comme dans un cauchemar éveillé, Harry revécut ses derniers instants auprès de son ennemi de toujours. Là, sur sa gauche, s’étalait le sinistre souvenir de sa réussite : l’esquisse d’un corps empalé.
Se détourant de ces lugubres reliquats signant sa victoire, il plongea son regard émeraude dans celui de sa compagne… Ginny ! Son père avait accordé la demande maladroite formulée sitôt le garçon d’aplomb. Ils se marieraient l’an prochain, dès que la demoiselle aurait terminé ses études. D’autres noces seraient célébrées avant les leurs, Ron et Hermione rayonnaient de joie parmi l’assemblée.
D’un pas mal assuré, Harry mena sa promise à la table d’honneur où le staff des professeurs l’attendait. L’accolade de Lupin, les embrassades d’une Tonks épanouie en future mère, lui réchauffèrent le coeur. Quelle joie de constater qu’à part quelques blessés aucune perte sérieuse n’était à déplorer dans son camp. Rogue l’avait congratulé en s’évaporant, et même Dobby s’était réveillé.
Un discours s’imposait ; Harry hésitait. Du coin de l’œil, il lorgna son tableau préféré. Dumbledore avait souhaité mieux participer à la vie de l’école. La meilleure place semblait être celle adoptée lors de l’ultime combat. Il siégeait donc derrière l’estrade, pour le bonheur de tous. Le sourire bienveillant accordé par l’ancien directeur encouragea le garçon :
« Mes amis, je vous remercie ! » déclara-t-il, plus à l’aise.
L’ovation grimpa d’un ton qu’il apaisa de la main :
« Si celui qui désirait éradiquer Sang-Mêlés et Moldus n’est plus de ce monde aujourd’hui, ce n’est pas grâce à moi mais grâce… à nous TOUS ! Je ne fus que l’instrument qu’il s’était lui-même choisi pour l’abattre. Je regrette profondément d’avoir supprimé un être… somme toute humain. Ses ignobles crimes sont enfin lavés. Retenons la leçon de ces drames : restons unis ! Le ministère m’a proposé le poste de directeur de Poudlard… je l’ai refusé. »
Des « ho » déçus résonnèrent ; Mrs McGonagall pouffa.
« J’ai, par contre, accepté de poursuivre les leçons de Défense Contre les Forces Du Mal, n’en déplaise à certains. »
Étudiants et professeurs rirent de bon cœur.
« L’union a prouvé sa valeur. Sans elle, jamais nos forces n’auraient triomphé. Aussi, puisqu’un privilège particulier m’a été octroyé, j’abolis les rivalités des Maisons ! Serpentard, Poufsouffle, Serdaigle et Gryffondor appartiennent à un autre âge. Le Choixpeau magique nous répartira, il y aura les sempiternelles moqueries entre élèves, mais notre seule vraie qualité est que… nous sommes TOUS de POUDLARD ! Glorifions ce collège et ses créateurs ! »
Là-dessus, d’un geste de profonde humilité, Harry salua les illustres portraits des fondateurs alignés pour la circonstance. Tous l’imitèrent ; une ovation tonitruante retentit.
La guidant tendrement par la main, Harry entraîna Ginny vers un endroit reculé. Bientôt rejoint par Luna et Drago flanqués de Hermione et Ron, le héros attendit Neville qu’accompagnait Padma Patil pour s’exprimer :
« Sans vous, rien n’aurait été possible, avoua-t-il, contrit.
- Tu étais l’Élu ! s’exclama Neville.
- Tu as bien agi. » dit Ron.
Une longue étreinte souda les huit jeunes gens.
« Je… commença Harry, affecté.
- Tu n’avais pas d’autre choix ! s’empressa fermement Hermione. Nous avons déjà évoqué ce souvenir douloureux. Oui, son corps n’a pas été retrouvé ! Qu’est-ce que ça change ? Quand la porte a brusquement cédé, nous sommes entrés. Tout était silencieux. Nous avons vu la forme noircie sur le mur, et toi juste devant. Tout est fini. Oublie, Harry ! C’est mieux ainsi ! »
Oublier… Belle tentation ! Les doigts du garçon effleurèrent la cicatrice effacée depuis l’affrontement. La porte était définitivement fermée. Pourquoi ce sourd malaise, alors ?
Un éclair de vision le tira en arrière. Lui traversant l’esprit, des mots surgirent du néant, clamant :
« POTTER, LA MORT N’EST PAS UNE FIN ! JAMAIS ! »
Le rire sardonique qui retentit aurait pu lui glacer le sang, mais l’étreinte de ses amis le combla tellement qu’il préféra… l’oubli.
FIN