Message trop long
Ils en firent des kilomètres ! Hagrid conduisit Harry dans divers habitats réservés aux créatures. Ils traversèrent des zones arides qui étaient loin d’être désertes. Là, Harry rencontra de nombreux sphinx avec lesquels il échangea des devinettes. Cela l’occupa un moment, et trompa son attente.
Ils goûtèrent à l’univers polaire sans connaître les morsures du froid puisqu’il suffisait de souhaiter une température pour la ressentir. Parmi les ours blancs démesurés et pacifiques, ils se battirent à coups de boules de neige, fabriquant ensuite un bonhomme gigantesque qu’ils détruisirent joyeusement. Parfois, l’humeur de Harry retombait quand la honte le saisissait. Il s’en voulait de rire ainsi pendant que d’autres… Si le demi-géant respectait les silences douloureux de son jeune compagnon, il s’empressait néanmoins de le captiver dans des observations animalières. Plus d’une fois, Harry se crut à nouveau élève du professeur de soins aux créatures magiques. Bien qu’il n’en vît pas l’utilité, il en apprit des choses sur le comportement de ces espèces étranges. Regarder Hagrid mimer la parade amoureuse du cocatris – hybride coq et serpent – aurait eu de quoi le faire pleurer de rire… en d’autres circonstances.
Revenu au point de départ de leur expédition, Harry remercia le demi-géant pour sa patience à son égard et ses efforts pour le dérider. Il ne se sentait pas du tout fatigué, mais jugea bon de dormir un peu. S’allongeant sur un tapis de mousse tendre, il ferma les yeux. Le sommeil le prit aussitôt ; les cauchemars aussi.
« En mémoire de Dumbledore, résistez ! »
Un noble sorcier tomba d’une tour.
…………………………………………………………………….
« Tu es à moi, Potter ! »
Un faciès hideux ricana.
…………………………………………………………………….
« Larve infecte…. Lécher mes bottes…. »
…………………………………………………………………….
« Le dernier Horcruxe… »
Dans une main, une ampoule palpitait tel un cœur sanglant.
…………………………………………………………………….
« Voyez l’ampleur du fléau… »
Des corps étaient jetés sur un chariot.
…………………………………………………………………….
« Ces graines sont délicieuses… »
Le visage de Hermione se teinta d’orange.
…………………………………………………………………….
« Je l’ai fait réparer… »
La Noël… Sirius lui remettait…
Harry sursauta, essoufflé comme après une course folle. Toutes ces phrases, ces images évoquées… Reprenant haleine, il constata que Hagrid ronflait allègrement à quelques mètres ; le soleil brillait du même feu, l’herbe était toujours aussi fraîche.
Quelle heure pouvait-il être ? Quelle importance, en fait !
Se moquant de ces préoccupations typiques aux êtres vivants, Harry se leva. Tête baissée, il suivit ses pieds qui le menèrent aux rives du lac enchanté. Une trempette le soulagerait de sa tension, il n’hésita pas. Les effets apaisants ne tardèrent pas et, bercé par le doux clapotis de l’onde magique, Harry réfléchit plus sereinement. Comme un puzzle paroles et images s’ordonnèrent avec précision. Il restait des trous inexpliqués, mais… Surpris par ses conclusions, le jeune homme tâta ses poches. Pourvu que… Oui ! Ses doigts fébriles le rencontrèrent, l’exposant à la lumière avec laquelle il joua.
Le miroir à double sens ! Comment avait-il pu oublier qu’il le portait en permanence. Fonctionnerait-il dans cet endroit ? Il ne l’avait jamais testé, quel meilleur moment que celui-ci ?
Fixant intensément l’objet carré au cadre ancien, angoissé, il se lança :
« Hermione ? Hermione, s’il te plaît, réponds ! »
Sa buée voilant la surface du miroir, il l’effaça d’un pouce rageur avant de récidiver nerveusement son appel.
Rêvait-il ? Il lui semblait que… Graduelle, une clarté se dégageait du tain. Ce n’était pas un reflet naturel, il émanait du miroir lui-même.
Soudain aveuglé, le garçon plissa les paupières afin de résister à l’intensité du flux presque aussi éblouissant que l’aura des Illustres. Le spot s’éteignit brutalement cédant la place à un minois effaré que Harry distingua dans des battements de cils frénétiques :
« Hermione ? C’est toi ?
- Ha… Harry ? Ce n’est pas possible ! Tu… tu es…
- Mort, c’est vrai. Ne pleure pas ! dit-il très vite devant les yeux noyés de larmes. Je vais bien… façon de parler, évidemment. Je vais revenir ! Je veux revenir !
- J’ai tant espéré, Harry ! Comment ai-je pu négliger ces miroirs ? Je devais être trop perturbée par ta disparition. Nous le sommes tous, d’ailleurs. »
Le jeune homme, très ému, narra ses récentes péripéties. Hermione, transformée en fontaine, sanglota éperdument :
« Tu as pu connaître tes parents, revoir Sirius et Hagrid : c’est merveilleux. Ginny sera heureuse de savoir ça.
- Comment va-t-elle ? »
La mine chiffonnée de son amie l’alarma, il insista :
« Comment va-t-elle ?
- Elle… Elle est à Ste Mangouste. On la soigne pour dépression nerveuse. Quand je lui raconterai, elle…
- Ne lui donne pas de faux espoirs. Je désire par-dessus tout vous rejoindre au plus vite, mais Dumbledore éprouve des difficultés à convaincre les Illustres.
- Rappelle-moi ton dernier rêve, celui qui t’a permis d’utiliser ce miroir. »
Rapidement, Harry s’exécuta, n’omettant aucun détail.
« Tu as vu Slughorn ? s’étonna Hermione.
- C’était embrouillé. J’ai revécu la mort de Rogue ; des images parasites se sont greffées…
- Les graines de Lilium…
- Euh… oui ! Slug m’a dit qu’elles étaient comestibles, qu’elles augmentaient la concentration et…
- Disposeraient d’une faculté de croissance exceptionnelle, s’emballa la jeune fille. Tu en as sur toi ? Dis-moi oui, je t’en supplie.
- Pourquoi ? Je ne vois pas… »
La main droite tenant le miroir, la gauche fouilla méticuleusement les replis des vêtements. Il avait changé de jeans très fréquemment depuis ce cours de potion, mais les elfes qui assuraient la blanchisserie replaçaient les objets trouvés, du linge sale dans le frais.
Entre le pouce et l’index, il exhiba trois fèves brunes, un peu flétries.
« J’en ai ! cria-t-il aussi surpris qu’heureux. Que veux-tu que j’en fasse ?
- Plante-les ! D’après ce que tu m’as dit de ce monde, les souhaits se réalisent. Pense à une croissance… énorme… gigantesque… euh… magique. »
Hermione ! Elle en avait parfois de ces idées saugrenues. Bah ! Qui ne risque rien…
D’un doigt, Harry creusa une cavité dans laquelle il déposa religieusement les graines. Après avoir recouvert sa plantation, de ses paumes réunies en coupelle il préleva de l’eau du lac et en aspergea son petit tas de terre.
« Tu l’as fait ? demanda Hermione.
- Il ne reste qu’à croiser les doigts pour que tes prévisions se réalisent.
- Couche-toi dessus ! Si j’ai vu juste…
- Je serai bientôt avec vous. J’en ai planté deux, je mange la troisième et je me concentre à fond.
- Reviens-nous vite, Harry ! Je t’attends. »
Le reflet s’effaça, Harry ne distingua plus que le sien, blême, un peu hagard, au front lisse de toute blessure. Empochant le miroir, il contempla la graine restante. Il la porta à sa bouche puis se ravisa :
« Professeur Dumbledore, je voudrais vous voir ! » cria-t-il en tournant sur lui-même.
Un craquement retentit, son vœu fut exhaussé.
« Qu’y a-t-il, Harry ? Je n’ai pas beaucoup de temps, et…
- Je viens de parler avec Hermione. Tenez. »
Le miroir à double sens changea de propriétaire.
« Elle a eu une idée : les graines de Lilium ! »
Pensif un bref instant, le vieillard se dérida soudain :
« Excellente initiative ! Que risquons-nous ? D’autant que… J’ai échoué ! Ces Illustres restent sourds à tout argument, soupira Dumbledore : ils veulent te garder.
- Ma place est là-bas ! Si ça marche, pourriez-vous dire à mes parents et à Sirius que…
- Et à moi, tu ne dis pas au revoir ? » gémit la voix du demi-géant.
Harry se jeta tour à tour dans les bras des deux hommes qui avaient le plus marqué sa vie.
« Tu as ma montre sur toi ? »
Prestement, le jeune homme tendit l’objet.
Souriant, Albus Dumbledore effectua un réglage particulier avant de le lui rendre.
« Qu’est-ce… ?
- Si tout fonctionne comme prévu, tu comprendras. Ensuite, tu te rendras rapidement dans mon bureau, j’ai encore quelques petites révélations qui te seront peut-être utiles. Vas-y, allonge-toi. Nous conjuguons nos pensées avec les tiennes. »
Couché sur l’herbe tendre, juste au-dessus de sa plantation, Harry croqua la dernière fève. Il adressa un clin d’œil aux professeurs et se concentra.
Alors qu’un parfum de vanille mêlé de miel persistait sur sa langue, le garçon imagina le développement accéléré d’une plante gigantesque. L’esprit focalisé dans cet unique but, il tressaillit en sentant le sol remuer sous son corps. Se pourrait-il que…
Au vent qui lui fouetta le visage, il sut qu’il avait gagné. Propulsé à une vitesse vertigineuse, Harry s’envola vers les nuages en poussant des cris de joie qui vibrèrent longtemps dans l’atmosphère radieuse.