bon anniversaire à ta maman!
J´espère que ceci vous plaira quoique relativement court, c´est un... apéritif avant le repas! Bonne lecture
Chapitre 27 : Le tribunal des Lumières.
Telle une feuille portée au vent tourbillonnant, le corps écartelé d’un jeune homme voguait dans un tunnel vertigineux.
Longtemps, très longtemps, il dériva, yeux clos, narines pincées. À l’immense boyau noir traversé en douceur, succéda une grisaille opaque qu’un filet de lumière réchauffa graduellement. S’intensifiant, la clarté baigna la dépouille en descente. Nimbées d’une aura étincelante, deux créatures, dont les longs cheveux blonds ondulés flottaient autour de leur visage parfait, apparurent. Volant au rythme de leurs ailes diaphanes irisées de reflets chatoyants, ces rayonnantes formes féminines s’approchèrent du garçon.
« Qu’il est jeune ! murmura l’une d’elle d’un sourire attristé.
- Nous en recevons de beaucoup plus jeunes ces temps-ci, mais par cette voie c’est exceptionnel, en vérité.
- L’emmenons-nous ? Il me paraît… étrange. »
La seconde créature allongea un membre gracieux vers le corps inerte ; elle lui effleura la main et se rejeta en arrière, épouvantée :
« C’est… C’est impossible : elles sont deux !
- Tu divagues, ma chère. Ce phénomène n’existe pas.
- Je te jure, cette enveloppe contient… deux âmes ! Que devons-nous faire ? Le cas ne s’est jamais présenté. »
Tourmentés, les êtres luminescents voltigèrent fébrilement.
« Allons-en référer en haut lieu, ils sauront… j’espère. »
Les entités s’écartèrent de celui qu’elles venaient guider, l’abandonnant à sa paresseuse rotation permanente.
« Éveille-toi ! » dit une voix mâle d’un ton sépulcral issu de nulle part.
Le jeune homme allongé sur un tapis ouaté baigné de soleil ne broncha pas d’un cil.
« Nous avons effectivement un problème ! s’étonna un timbre plus cristallin. De mémoire d’Illustre, il s’agit d’une sérieuse anomalie.
- Réveillez-vous ! » gronda le premier.
Cette fois, la tête du garçon roula de droite à gauche, des secousses lui parcoururent bras et jambes, ses paupières se soulevèrent sur un ciel d’azur pur.
« Où… Où suis-je ? dit-il en se redressant.
- Ah ! Tu parles, c’est déjà ça. Explique-toi… ou expliquez-vous. Comment se fait-il que vous soyez deux dans un seul corps ? »
Le garçon tourna sur lui-même à la recherche de l’orateur. Il était seul pourtant, tout seul debout sur une immense plaine immaculée.
« Alors ? s’énerva l’être invisible.
- Je… je n’y suis pour rien. » répliqua Harry Potter qui convulsa soudain.
Déformée par la rage, sa bouche émit :
« Bien sûr que si, tu es coupable !
- Je vois… dit l’Illustre mâle. Une possession… involontaire ou… forcée. Complexe ! Très complexe. De plus, ces âmes sont totalement divergentes : l’une est pure, l’autre n’est qu’un résidu… peu reluisant. »
Le jeune homme grimaça, il se prit le cou à deux mains comme si un combat interne le déchirait :
« Insultez-moi, crapauds rabougris ! Attendez que je sois réunifié, je viendrai vous botter le…
- SILENCE !
- N’écoutez pas les dires de ce fragment d’âme, libérez-moi, de grâce ! »
Harry se battait contre lui-même. Il se gifla à la volée, s’étrangla presque.
« IL SUFFIT ! tonna l’Illustre mâle. Je crois qu’il vaut mieux vous séparer pour l’instant. Nous jugerons cette affaire entre nous, le moment voulu. Quand nous aurons regroupé tous les éléments sur votre cas, nous trancherons. »
Un spasme effroyable secoua Harry. Tordu sous la douleur de l’arrachement, sa paume s’ouvrit sur l’ampoule sphérique. Des lèvres ouvertes, une vapeur noire s’exhala au dessus du goulot, s’y déversant dans un vomissement abject. Quoique maladroit, le garçon vissa rapidement le bouchon.
« Merci, souffla-t-il rompu par l’effort. Retenez-moi, si vous le voulez, mais merci. »
Terrassé, ses jambes ne le soutenant plus, il s’enfonça dans le matelas de nuages, évanoui.
Jour ou nuit ? Il n’en savait rien. Des limbes l’entouraient sans qu’il en eût réellement conscience.
« Harry, mon chéri, réveille-toi, je suis là ! »
Ce son merveilleux chanta aux oreilles du dormeur qui consentit à l’écouter :
« Ma... Maman ? »
Des iris émeraude rencontrèrent leurs semblables et s’y fondirent dans un mutuel élan d’amour infini. Une étreinte passionnée s’échangea, le visiteur pleura :
« Je t’ai tant attendue ! Pourquoi faut-il que ce soit seulement maintenant que…
- Chut ! le berça doucement Lily Evans. Tu es enfin avec nous. Je savais que ce jour viendrait, je l’ai souhaité et tellement redouté. Que c’est bon de te serrer à nouveau dans mes bras.
- Et… papa ?
- Je suis là ! » s’émut un homme aux cheveux bruns en bataille et aux lunettes rondes presque identiques à celles du garçon.
Surpris, Harry se décolla de sa mère pour recevoir l’étreinte de son père.
« Je suis mort, constata-t-il amèrement. J’en suis si heureux et si…
- Mon fils, les Illustres débattent sur ton sort. Tu es… unique ! Ta mère et moi le savions depuis toujours ; tu as toutefois dépassé nos espérances. »
Se dégageant des bras de son géniteur, Harry foula le frais gazon à grands pas nerveux :
« Vos espérances ? J’ai tout raté : Voldemort m’a piégé. Dans un sens, je m’en moque puisque je suis avec vous, mais…
- Bonjour, Harry. Quelle joie de te retrouver ! »
Pivotant, le jeune homme contempla celui qui l’avait précédé au-delà du voile : son parrain. Resplendissant dans une robe blanche impeccable, bien coiffé et apparemment débordant de sérénité, Sirius Black accourait.
Une longue accolade suivit :
« Cher filleul, qu’as-tu fais ? On parle d’un suicide…
- Que pouvais-je faire d’autre ? Il ne m’a pas laissé le choix. Jamais je n’aurais accepté d’être son esclave, une loque à son service. Une part de lui est entrée en moi. Je ne me contrôlais pratiquement plus. Mes amis auraient dû me tuer pour avoir une chance de l’abattre.
- Je te comprends, j’aurais probablement agi comme toi. Si tu nous racontais tes aventures depuis l’instant où nous nous sommes quittés ?
- Dumbledore ne vous tient pas au courant ?
- Nous ne le voyons quasiment jamais et toujours très brièvement. Il a dû t’expliquer qu’ici, c’est…
- Différent, oui. »
Sa famille entraîna Harry vers un bouquet d’arbres où chaises et tables étaient groupées. En chemin, le jeune homme s’étonna du vide alentour.
« Nous sommes dans… l’antichambre, en quelque sorte. Les Illustres ne savent pas où te caser pour l’instant. Seuls tes proches ont le droit de t’accueillir, c’est pour cette raison que tu ne verras que nous, dit Lily en s’asseyant. Que tu es beau, mon fils ! J’aurais tant aimé te voir grandir. C’est fou ce que tu ressembles à James.
- J’espère qu’il ne me ressemble pas en tout, rit le père. Notre jeunesse a été assez… mouvementée.
- Les Maraudeurs, sourit Harry. J’ai eu des échos de leurs frasques grâce à Sirius. J’ai … ou plutôt j’avais la carte ainsi que ta cape, papa.
- Elle m’a beaucoup servi, en effet ; et à toi aussi d’après ce que nous a raconté ton parrain. »
Sous les frondaisons, les confidences s’échangèrent. Sirius Black avait bien sûr narré tout ce qu’il connaissait de la vie de Harry, mais les parents ne se lassaient pas d’écouter l’histoire par la bouche même de leur fils. Il leur raconta sa petite enfance au sein de la famille Dursley ce qui outra profondément Lily Evans :
« Je n’imaginais pas que Pétunia puisse agir ainsi !
- Oncle Vernon lui imposait cette conduite. Elle s’est… un peu amendée, depuis. »
Vint le moment où Harry relata ses années à Poudlard et, naturellement, il évoqua ses rencontres avec Lord Voldemort.
« Après ta disparition Sirius, Dumbledore m’a fait participer à divers voyages dans les pensées de plusieurs personnes. J’ai appris à mieux cerner la mentalité de Jedusor. Outre dominer le monde, il rêve d’immortalité. »
Tous les détails de ses périples en compagnie du directeur s’égrenèrent calmement déclenchant différentes réactions. Lily fut horrifiée d’entendre parler des Horcruxes mais plus encore lorsqu’il fut question de la fin tragique de Dumbledore.
« Il ne nous en a rien dit, s’étonna Sirius. Rogue l’a abattu ?
- À présent, lui aussi est mort… juste avant moi. Pensez-vous qu’il soit ici ? »
Les adultes parurent embarrassés par le problème soulevé :
« Severus a trop de crimes à se reprocher, clama Sirius. Une telle âme n’a pas sa place parmi nous.
- Il a tenté de me protéger. J’étais soumis à l’Imperium, je n’ai pas compris pourquoi il a fait ça. Il s’est montré tellement odieux durant mes années d’étude, puis...
- Tu es le portrait craché de ton père. Ceci explique sans doute cela, dit sa mère avec un petit sourire énigmatique.
- N’empêche que tes révélations sur les agissements de Voldemort sont troublantes, remarqua Sirius. Il reste des Horcruxes à Poudlard si j’ai bien suivi ? »
Harry compléta le récit de ses explorations depuis la forteresse de Rowena Serdaigle à l’Égypte sans omettre le Japon et l’Amazonie.
« Ton plan était trop risqué, voué à l’échec, dit sombrement James.
- Pourquoi ? Redevenu un peu humain, sans Horcruxe à portée, Voldemort n’aurait jamais été plus vulnérable.
- C’était aussi lui offrir la possibilité d’en créer d’autres. Y as-tu songé ? »
Le jeune homme se leva, sourcils froncés, débitant ses pensées à haute voix :
« S’il récupérait les Horcruxes à son profit… Non ! Il ne sait pas qu’ils sont à Poudlard. Et même s’il le savait, il n’arriverait pas à y entrer. De ce côté, pas de souci. L’idéal serait que Ron et Hermione les détruisent. Le feront-ils ? S’ils s’en tiennent au plan prévu, ils doivent trouver un moyen imparable pour coincer Voldemort, sinon tout serait à refaire. »
Il s’en arrachait presque les cheveux de rage impuissante. Le voyant si contrarié, sa mère accourut lui entourer les épaules, apaisante :
« Inutile de ressasser ce qui aurait pu être ou épiloguer sur ce qui sera, mon chéri. Attendons le verdict des Illustres ; tu pourras alors connaître le reste de notre famille et notre nouveau monde. Tes grands-parents désirent vivement te rencontrer, tu sais. »
Rasséréné, Harry se laissa aller à la tendresse des retrouvailles. Que les autres se débrouillent, ce n’était plus de son ressort.
Ils bavardèrent à bâtons rompus, de tout, de rien ; la bonne humeur régnait tant ils étaient heureux d’être réunis.
Harry engrangea une quantité impressionnante de renseignements sur ses origines dont il ignorait pratiquement tout. Les Potter et les Black avaient bel et bien des ascendances communes. Il s’en doutait depuis qu’il avait vu l’arbre généalogique de cette famille au 12 Square Grimmaurd. Charlus Potter n’avait-il pas épousé Dorea Black ?
La confirmation le rendit heureux. Ses grands-parents paternels, sorciers de Sang-Pur, s’étaient surtout investis dans les finances, notamment chez Gringotts, d’où l’importante fortune contenue dans le coffre de cette banque. Si le mariage de James avec une fille moldue provoqua certains remous, les qualités de Lily aplanirent les difficultés et, plus tard, la naissance de Harry mit définitivement fin aux animosités.
Ses parents n’avaient pas choisis la voie de la facilité. James, attiré par la banque, s’en était détourné pour suivre Lily dans la rude profession d’Auror. À trois reprises, alliés aux Londubat, ils avaient affronté Voldemort et ses sbires.
« Alice et moi étions enceintes en même temps, dit Lily. Nous avons été… écartées des premières lignes de combat. Ma grossesse a failli tourner à la catastrophe. Je faisais des courses à Londres quand j’ai cru te perdre, Harry.
- À ce moment, tu as rencontré Mary Granger ; j’ai parcouru ce souvenir. Hermione est devenue ma meilleure amie.
- Je suis ravie que vous vous soyez retrouvés. La vie aurait été beaucoup plus simple sans cette histoire de prophétie. »
Harry s’enflamma :
« C’est encore de la faute de Rogue ! C’est lui qui est allé rapporter à Voldemort ce qu’il avait surpris à « La tête de Sanglier » en écoutant aux portes, ce traître. »
Sa mère parut assez chagrinée par ces dires ; James et Sirius soupirèrent en haussant les épaules :
« Qu’importe, à présent, murmura James. Même si c’est à cause de lui que nous sommes ici, remuer le passé ne changera rien. »
Ils abandonnèrent ce sujet trop irritant pour se consacrer à d’autres plus banals. Le temps s’écoula dans la quiétude, puis…
Deux êtres presque immatériels tant ils resplendissaient s’avancèrent vers le quatuor :
« Harry Potter est prié de nous suivre, dit l’un d’eux.
- Où l’emmenez-vous ? s’interposa Sirius, soudain soupçonneux.
- Cela ne vous concerne pas. Restez ici ou regagnez vos quartiers, peu nous importe.
- Ce qui touche mon fils, me regarde ! se dressa James, courroucé.
- Nous avons des ordres, ils ne s’appliquent qu’à Harry Potter.
- On s’en moque ; où il ira, nous irons, bondit Lily prête à mordre le premier qui oserait porter la main sur son enfant.
- Eh, on se calme ! Je n’y suis pour rien, moi. Venez, si vous y tenez.
Ne vous plaignez pas si vous êtes refoulés. »
Les trois adultes, l’air déterminé, encadrèrent un Harry extrêmement mal à l’aise. Qu’allait-on lui faire ? Il avait eu des échos de l’enfer… Était-ce uniquement des contes moldus ?
Dans un ensemble gracieux, les êtres lumineux levèrent leurs bras au-dessus du groupe, le décor changea.