Bon, ben j´espère que ça vous plaira. Voici la fin du chapitre 26.
bonne lecture.
Fini, terminé ; il était piégé.
Derrière lui, la porte se scella avec un bruit de succion.
Dressée à mi-hauteur des gradins de pierre, flanquée par une vingtaine de ses sbires infâmes, la haute silhouette décharnée du Seigneur des Ténèbres le nargua :
« Le monde est petit, n’est-ce pas Potter ? On revient toujours aux endroits qui nous fascinent le plus. Ici, s’étudie un grand mystère, le plus grand de tous… celui de la mort. »
Haletant, Harry chercha son souffle ainsi qu’une réplique cinglante :
« Je… Je sais que la mort ne vous est pas indifférente.
- Bien sûr, tu le sais : ce vieux fou de Dumbledore t’a renseigné. L’immortalité… quel idée merveilleuse. MOI SEUL ai eu l’audace de dépasser les frontières de l’obscurité afin de bannir cette médiocrité de la condition humaine.
- On voit le résultat, crâna Harry qui récupérait ses esprits. Vous êtes-vous récemment regardé dans un miroir ? »
La bravade sembla toucher Voldemort dont les narines palpitèrent furieusement :
« Que m’importe un aspect physique alors que j’ai l’éternité devant moi ? »
Le ton devint rêveur :
« La vie éternelle… Imagines-tu seulement le bonheur que me procurent ces mots. Posséder ce pouvoir, c’est POSSÉDER LE MONDE ! Finies les contingences terrestres, oubliée la peur de ne pas concrétiser ses aspirations.
J’AI RÉUSSI ! L’unique obstacle à la voie qui m’était tracée est là, grelottant devant moi, suant de cette même peur qui m’habitait parce qu’il sait que sa vie va irrémédiablement s’enfuir… très bientôt. MOI, JE SUIS IMMORTEL, Potter !
- En… en êtes-vous si sûr ? Cette main tient un des objets souillés par votre âme abjecte. Qui sait… c’est peut-être le seul qui vous reste ? Si je le détruis… »
Semer le doute dans l’esprit tortueux d’un adversaire de cette envergure était terriblement aventureux. Harry, mentalement, remercia Hermione pour ses leçons d’Occlumancie.
Incapable de séparer le mensonge de la vérité, Voldemort s’emporta :
« Severus ! Broie-moi le cerveau de cette outrecuidante pustule ! »
Un masque tomba, Harry trembla. Haine, peur, tout se mélangea.
Il était confronté au plus redoutable des Occlumens, un être honni, celui dont la main avait frappé l’homme le plus vénéré à ses yeux, Albus Dumbledore.
Rogue, les lèvres retroussées sur ses dents jaunâtres, leva sa baguette.
« Protego ! » lança Luna glissant son bras armé depuis le dos du garçon.
L’ancien professeur recula légèrement sous le choc, et ricana :
« Potter… encore besoin d’une fillette pour t’aider ? »
Sans émettre un son supplémentaire, Rogue répliqua ; l’éclair bleuté qui jaillit alla frapper la porte derrière le couple, y rebondit et faucha Luna de plein fouet. Elle s’affala doucement comme une fleur coupée ; Harry se retourna, essayant de la secourir.
« ENDOLORIS ! » savoura Voldemort.
Atroce, la souffrance fulgurante transperça Harry. Il roula par terre en proie à d’affreux soubresauts douloureux.
« Legilimens ! » cria le prince de Sang-Mêlé.
Privé de défense physique, l’esprit comprimé par une force sauvage, le garçon perdit pied. Pourtant, c’était moins pire que ce qu’il redoutait. Son apprentissage portait-il ses fruits ?
« ENDOL…
- Inutile de gaspiller votre énergie avec ce freluquet, maître. J’ai percé son piètre barrage, vous n’avez aucun souci à vous faire.
- Fais attention à ce que tu dis, Servilus. Dois-je entendre que mes autres reliques sont intactes ?
- Pas toutes, hélas, maître. Votre journal intime, la bague des Jedusor ainsi que le médaillon de…
- TAIS-TOI ! Ces paroles offensent mes oreilles. Ainsi, il a osé en détruire deux de plus. Il pense peut-être sauver sa peau en menaçant d’éliminer celui qu’il tient. Si les autres sont préservés, que m’importe celui-ci ! AVADA…
- Je crains… »
Furieux d’être interrompu, Voldemort se tourna sur Rogue avec humeur :
« Que me caches-tu ? Veux-tu joindre ton sort à celui de cet idiot ?
- Vos Horcruxes sont saufs, je le jure, plaida précipitamment l’ex-professeur, mais Potter les a… tous… en sa possession. Il peut les éliminer à tout moment. »
Les poings crispés, le Seigneur de Ténèbres éprouvait des difficultés à contenir sa rage. Ses hommes, prudents, s’écartèrent de plusieurs mètres.
Soudain, brisant le silence, des coups sourds retentirent en provenances des différentes issues du niveau supérieur.
Voldemort sursauta :
« Tout est bouclé ?
- Oui, maître, répondit servilement Severus.
- Mais ils peuvent transplaner ! précisa un des sbires.»
L’opposition verbale entre ses deux ennemis avait profité à Harry qui s’était redressé discrètement, subtilisant la baguette de Luna au passage. Des renforts arrivaient ; il osait à peine y croire. Vite, tenir jusqu’à ce que…
Respirant profondément, le chef des masques distribua ses ordres :
« Tenez vous prêts, pas de quartier ; le temps que j’en termine avec cette larve infecte. Je m’en charge seul, qu’aucun n’intervienne. »
Il se retourna, et constata la disparition de sa proie :
« Tu es pire qu’une anguille ! Crois-tu m’échapper ? Je sais que tu te caches, tu ne te sauverais pas en laissant derrière toi ta petite copine. Ta stupide sensibilité te perdra, Potter. »
Quelques secondes s’écoulèrent pendant lesquelles le Seigneur des Ténèbres chercha son gibier, puis… dans des gerbes d’éclairs, les secours débarquèrent. Matérialisés, dix Aurors entrèrent immédiatement dans la danse, arrosant les opposant d’un flot de sortilèges. Parmi les figures connues, Alastor Maugrey, Kingsley Shackelbolt et Williamson bombardaient joyeusement ceux qui osaient s’interposer, mais les deux plus jeunes du lot n’étaient pas les moins fougueux : Neville et Hermione rendaient coup pour coup.
La salle sembla coupée en deux. D’un côté une rixe où tous les sorts étaient permis ; de l’autre, un curieux chassé-croisé. Harry, réapparu, utilisa le sortilège de Icioulà. Il se planta devant, derrière, à gauche ainsi qu’à droite d’un Voldemort assez désorienté par tant de virtuosité.
« Impendimenta », répliqua-t-il.
Zut ! Ralentis, ses tours de passe-passe devenaient ridicules voire dangereux. Harry changea de tactique.
« Incarcerem ! »
Des liens s’enrouèrent autour de la robe noire qu’un simple geste libéra.
« Spina longus ! »
Entravé dans les lianes épineuses, Voldemort parut suffoquer… une seconde.
« Harry, tiens bon ! » s’époumona Hermione pour l’encourager.
Trop concentré à échapper à un « Stupefix » le garçon ne répondit pas. L’éclair rouge le rata d’un cheveu, il roula de côté. Mal réceptionné, son coude heurta violemment le rebord de l’arche ; la secousse irradiante le désarma.
« Accio Baguette ! »
Horrifié, Harry vit le bois enchanté léviter jusqu’aux ongles griffus de son ennemi. Un rire triomphant se répercuta sur les murs de la salle, dominant le tumulte qui y régnait.
« TU ES FAIT, pauvre petit Potter. Aussi fait que cet imbécile de Queudver qui a eu l’idée saugrenue de détourner mon attention tout à l’heure. Escomptait-il payer sa dette envers toi qui lui avais sauvé la mise quand il fut découvert ? Qu’importe, il est mort, et il est temps pour toi de rejoindre tes stupides ascendants. »
La baguette d’if se releva, une joie sauvage anima la face plate.
D’un réflexe, Harry brandit l’Horcruxe.
« C’est ça que vous voulez ? Si vous perdez celui-ci, vous devrez renoncer à votre rêve.
- J’en créerai d’autres !
- Vous mentez ! Vous avec déchiré votre âme pourrie en sept parties, au delà vous risquez de n’être pas plus qu’une immonde créature repoussante. Dumbledore disait qu’il y avait quelque chose de pire que la mort ; je crois avoir compris ce que cela signifie : vivre sans âme est pire que tout. »
Discourant, Harry était monté sur le rebord de l’arche. Le voile noir ondula plus vivement qu’à l’ordinaire, lui frôlant presque l’épaule.
Derrière le dos sinistre du maître des ténèbres, il aperçut des bribes du combat furieux qui se poursuivait. Neville se débrouillait parfaitement, et Hermione abattait deux adversaires.
Ce bref instant de distraction lui fut fatal :
« IMPERO ! »
Frappé à la tête, Harry chancela dangereusement sur le rebord de pierre.
« Bois-le ! » commanda Voldemort tranchant.
Comme hypnotisé, Harry stabilisa sa position. Il tenta de dévisser le bouchon de l’ampoule qui, oxydé, résista à ses efforts.
« Attendez ! »
Par transplanage, Rogue revint auprès de son maître.
« Pourquoi le forcer à boire ? Obligez-le à vous le rendre !
- C’est beaucoup plus amusant ainsi : Potter devenant une partie de moi, soumis à tous mes désirs. Je le ferai ramper, me lécher les pieds… un Nagini humain Ahahahahah.
- La prophétie… l’un ne peut vivre tant que l’autre survit…
- Tout sera accompli ! Harry Potter n’existera plus en tant que tel. De plus pour détruire l’Horcruxe, ses mis devront l’éliminer, lui ! »
D’un mouvement brusque, les yeux hallucinés, Voldemort pointa sa branche d’if :
« BOIS ! »
Harry, avec des gestes d’automate, porta la sphère à ses lèvres.
« NON ! » hurla Rogue en se jetant dessus.
Une lutte s’engagea entre le jeune homme et son ancien professeur. Mains crispées sur l’ampoule, chacun se la disputait farouchement.
« Ne faites pas ça, Potter ! grinça sourdement Rogue, lèvres serrées. En mémoire de Dumbledore, résistez ! »
La fureur du Seigneur des Ténèbres s’enfla soudain, allongeant démesurément sa silhouette efflanquée :
« Servilus ! Comment oses-tu t’opposer à mes vœux ; et que marmonnes-tu dans tes dents ? Écarte-toi de mon futur esclave, je…
- AVADA KEDAVRA ! » rugit Rogue en se tournant brusquement sur son maître.
L’éclair mortel jaillit et percuta sa cible en pleine poitrine. Pourtant, ébahi, l’assassin assista à… l’inconcevable, Voldemort resta debout.
Un rire atroce de gaieté démoniaque résonna, à deux mètres du couple de belligérants tandis qu’une robe noire se dissolvait :
« ENFIN ! Tu te dévoiles enfin. Pratiques ces sortilèges de dédoublement, non ? J’ai toujours eu des doutes sur ta fidélité, Servilus. Tes pâles renseignements sur l’Ordre-du-Phénix, tes excuses perpétuelles sur ton manque de dévotion, toujours de belles paroles, peu d’actes. Tu haïssais Potter, j’en suis convaincu. Pourquoi le défendre à présent ?
- À présent ? rit Rogue pathétique. Je le protège depuis des années. Je le hais et je le protège, n’est-ce pas contradictoire ? Pas pour moi, non ! Il n’en sait même rien, cet idiot. Vous m’aviez fait une promesse, et ne l’avez pas tenue. Depuis ce jour-là, j’ai juré votre perte. »
Harry s’ébroua ; à demi conscient, il rattrapa le fil des échanges auxquels il ne comprenait goutte.
En haut des gradins, la bataille continuait sans qu’aucun clan ne l’emporte.
Il ne jeta qu’un œil à la bagarre acharnée de ses alliés, puis revint à la joute entre ses deux ennemis. Que se passait-il ? Rogue le défendait ? Perdu dans un brouillard comateux, il écouta :
« Je n’ai pas eu le choix ; qu’est-ce qu’une promesse envers un être tel que toi ? Bellatrix, malgré le serment que tu as échangé avec à sa sœur, a continué à me mettre en garde. Tu ne cherchais ni Malefoy ni sa mère, tu les aidais, eux aussi !
- J’ai contrarié tous vos plans cette année. Il y a peu de choses que vous ignorez, mon « maître » cracha Rogue, mais il en est une qui vous dépassera, et vous écrasera. »
Les yeux flamboyants, Voldemort se cabra :
« Endolor…
- Protego ! »
Même dans ses rêves les plus déments, Harry n’avais jamais imaginé tableau plus étrange : un duel entre Voldemort et Rogue. Lui, isolé sur le rebord de l’arche, semblait pétrifié.
« Harry, descends de là ! » commanda Maugrey tout en stupéfixant un Mangemort trop hardi.
Loin d’obéir, Harry engloba toute la scène sauvage qui se déroulait en hauteur et à ses pieds. Les corps commençaient à tomber dans chaque rang. L’esprit agité d’idées chaotiques, il se demanda comment arrêter ce carnage. Voldemort et Rogue rivalisaient d’habileté au jeu du chat et de la souris. Le garçon assista à des permutations grandioses de sortilèges inédits. Le Prince de Sang-Mêlé se montrait digne de ses inventions. Par deux fois, Voldemort se retrouva les pieds en l’air. Mais les effets du « Levicorpus » ne duraient jamais plus qu’une fraction de seconde, et la réplique était fracassante. Rogue évita un serpent monstrueux jailli de la baguette de son adversaire, déjoua les tentatives de ligatures avec brio. C’était… hallucinant.
Il fallait ruser. S’il parvenait à semer le doute une ultime fois dans l’esprit du Seigneur des Ténèbres peut-être pourrait-il renverser la situation… Il prit sa décision :
« ROGUE VOUS A MENTI SUR TOUTE LA LIGNE ! hurla-t-il. Les Horcruxes sont détruits. Il ne restait que l’ampoule ; je l’ai jetée derrière le voile. VOUS ÊTES MORTEL ! M’entendez-vous, là-haut ? Voldemort est redevenu mortel, attaquez-le !»
Un instant tout se figea. Harry paradait déjà, la sauce prenait. Fulgurante, la riposte fusa :
« Impero ! Bois ! »
La sphère réapparut dans la main de Harry qui, aussitôt, la porta à ses lèvres.
« NON ! se précipita Rogue.
- AVADA KEDAVRA ! »
Alors qu’il rejoignait le jeune homme, le Prince de Sang-Mêlé reçut l’éclair vert au milieu du dos. Arrêté en plein élan, il s’écroula comme une masse, au pied d’un Harry indifférent. L’ampoule s’éleva et se vida, d’un trait.
Le rire du Seigneur des Ténèbres explosa dans la salle silencieuse où tous fixaient le rebord de l’arche.
« Tu es à moi, À MOI, Potter ! »
Brusquement plié en deux, en proie à une épouvantable colique, le jeune homme chercha son souffle. Haletant, les mains crispées sur son ventre en fusion, il percevait de vagues échos de cette voix maudite qui essayait de le dominer.
« Viens, esclave ! Rampe jusqu’à moi. »
Ses genoux plièrent, l’affreux rire roula de plus belle.
« HARRY, NON ! » s’éleva un timbre familier.
Déchaînée du haut des gradins, Hermione se débattait entre Neville et Williamson. Elle voulait intervenir, empêcher son plus cher ami de…
Une rotule toucha la pierre. Tête baissée, ployé dans cette attitude d’hommage muet, Harry demeura inerte quelques instants.
« VIENS ! » commanda encore Voldemort.
Lentement, la nuque du jeune homme se redressa. L’assistance en émoi fut choquée par les traits inexpressifs de ce faciès blafard dans lequel brillait un regard aux reflets oscillant entre le vert et le rouge.
Le corps de Harry se déplia. Debout, il contempla froidement l’entourage.
« Vas-tu venir, oui ou non ? s’énerva le Seigneur des Ténèbres.
- Non, murmura le garçon.
- Qu’as-tu dis ? Tu oses me braver ? Tu n’es plus qu’une larve bonne à me lécher les bottes, entends-tu ?
- Vous… Je…. Jamais, bredouilla Harry. Je sens votre âme corrompue me ronger de l’intérieur. Je ne suis pas de taille à résister… mais vous ne m’aurez… jamais. »
Levant la tête vers les hauteurs, Harry adressa un léger sourire à une Hermione en pleurs. Sa main s’agita d’un signe d’adieu :
« JAMAIS ! » cria-t-il.
Bras écartés, il bascula en arrière. Le voile noir s’ouvrit, l’absorba et se referma.