Voilà la suite et la fin du cinq! Je vous quitte! Bonne lecture.
À Londres, le Premier Ministre Moldu tournait en rond dans son bureau. Une liasse de documents dans une main, il se passait nerveusement l’autre dans l’épaisse toison de sa chevelure.
« Ce n’est pas possible, murmura-t-il en lisant les feuillets. Je deviens fou. »
Brusquement, le portrait du vieil homme à la silhouette de grenouille, qui ornait un des murs, le rappela à l’ordre :
« Contact dans trois secondes ! annonça-t-il d’une voix criarde. »
Sursautant, le Premier Ministre s’empressa de resserrer sa cravate, fixant la cheminée vide avec anxiété. Des étincelles vertes jaillirent de l’âtre éteint, et un haut personnage aux allures léonines surgit devant le Moldu effaré.
« Bonsoir, cher collègue ! dit Rufus Scrimgeour indifférent à l’émoi suscité. Nous avons à débattre de choses graves. »
Déjà, sans y avoir été convié, le Ministre de la Magie se posait sur un siège capitonné.
« Euh… Je vous en prie, faites comme chez vous ! bredouilla le propriétaire des lieux.
- Merci ! répliqua l’autre en agitant sa baguette qui fit apparaître deux verres pleins de liquide ambré. À votre santé, et à celle de toutes les malheureuses victimes de Vous-Savez-Qui. »
Le Premier Ministre Moldu ne se formalisa pas ; il saisit l’un des récipients et, d’une main un peu tremblante, le vida d’un trait avant de s’asseoir en face de son visiteur.
« C’est épouvantable ! Notre pays n’a jamais connu une telle vague de cataclysmes : inondations, tornades, et même un tremblement de terre ! Ne pouvez-vous rien faire pour contrer ce fou sanguinaire ?
- Vous pensez bien que nous nous y employons au mieux de nos capacités. Tous nos services sont sur le pied de guerre. Nous sommes, malheureusement confrontés à un grave manque d’effectifs. On ne forme pas des Aurors comme on instruit un vendeur de glace. De plus, de ces temps-ci, nos enseignements battent de l’aile.
- Ah, oui ! Votre plus grand professeur, Albus… »
Contrarié, le Premier Ministre se gratta le crâne. Scrimgeour, magnanime, compléta pour le sauver de son embarras :
« Dumbledore, soupira-t-il en levant les yeux au plafond. Un singulier personnage aux idées parfois révolutionnaires. Il nous faut admettre que sa perte est réellement une catastrophe. Vous-Savez-Qui, le redoutait. Maintenant… »
Machinalement, Scrimgeour joua de la baguette pour remplir les verres ; ils trinquèrent à nouveau.
« Et ce garçon, ce… Potter – au moins un nom que je retiens facilement – ne m’aviez vous pas dit qu’il représentait une sorte… d’arme secrète ?
- Beaucoup le croient, on le surnomme l’élu ; mais on lui attribue une trop grande importance, selon moi. »
Le Ministre de la Magie n’osa pas livrer le véritable fond de ses pensées et, qu’à son sens, Potter n’était qu’un petit idiot chanceux sur qui on ne pouvait absolument pas compter. Il préféra poursuivre ainsi :
« Je lui ai proposé un poste au Ministère ; il l’a refusé. Néanmoins, si je l’ai cru couard parce que disparu de la circulation, son dernier exploit nous prouve qu’il œuvre en douce.
- Vous n’arrivez pas à le localiser ? s’étrangla le ministre moldu qui en recracha sa gorgée de whisky.
- Euh… nous avons suffisamment de travail avec les Mangemorts pour nous préoccuper de ce garçon.
- Mais, si c’est l’arme ultime, ne devriez-vous pas tout faire pour le protéger ?
- J’ai mon idée pour le rapatrier ; et je vous le dis : il se débrouille assez bien tout seul. »
« Du moins, je l’espère ! songea-t-il pour lui-même. »
À des kilomètres de là, une mer houleuse fracassait ses vagues énormes sur le bas d’un escarpement rocheux au sommet duquel s’implantait une sinistre forteresse.
L‘orage, qui roulait par instant, zébrait la noirceur d’encre du fond du ciel, illuminant brièvement les créneaux d’antiques tourelles en partie délabrées.
Tout reflétait l’abandon et la désolation sauf, peut-être, cette faible lueur incongrue qui brillait à mi-hauteur du donjon central.
Si un curieux s’était approché en catimini en escaladant la muraille rongée de lierre ou en utilisant un vol stationnaire sur son balai, il se serait probablement enfui ou aurait fait une chute mortelle après avoir jeté un œil téméraire dans cette pièce.
Là, en effet, une longue silhouette maigre, tout de noir vêtue, posait dédaigneusement ses yeux rouges sur la forme étendue à ses pieds.
« Désires-tu un autre petit rappel à l’ordre, Servilius ? siffla l’être décharné en pointant sa baguette.
- Non, je vous en prie, Maître ! sanglota Rogue en levant un bras implorant.
- Soit ! Mais que cela te serve de leçon. »
Comme redoutant une autre attaque, le Mangemort hésita un peu avant de se redresser. Debout, il baissa la tête, ses longs cheveux noirs formant comme un rideau fermé sur son visage.
Fulminant, Lord Voldemort entreprit d’user la moquette déjà râpée.
« Quatre ! Quatre fidèles sont aux mains des imbéciles du Ministère. Comment ce damné Potter a-t-il réussi ce coup ? Allez, réponds, puisque je t’y autorise !
- Je… Je l’ignore, Maître. La Cracmol du nom de Young nous a gracieusement communiqué la présence de Potter dans son auberge. Immédiatement, j’ai délégué les quatre les plus susceptibles de…
- Se faire piéger par un gamin de 17 ans !
- Il n’était pas seul. L’espion que nous avons au Ministère nous a informés que Hermione Granger avait tout expliqué par hibou.
- En attendant, nous avons perdu quatre hommes et la trace de ce morveux. Si je ne te connaissais pas si bien, Severus, je pourrais croire en ta trahison. »
Le ton étant redevenu menaçant, Rogue se tassa un peu plus sur lui-même pour dire très vite :
« Je sais que j’ai fauté, Maître ! Je devais vous ramener le jeune Drago et…
- TU L’AS CACHÉ ! TU L’AS SOUSTRAIT À MON JUSTE COURROUX ! »
Rogue tomba à genoux, ses mains s’étreignant nerveusement :
« C’est vrai, et je vous en ai donné les raisons. Pouvais-je imaginer qu’il me filerait entre les doigts ?
- Narcissa l’a récupéré ; je le sens. Tu ne voulais pas qu’il meure, n’est-ce pas ?
- Je… J’ai fait le serment inviolable avec sa mère ! S’il mourrait, je…
- Toi aussi, tu serais mort. C’est un sentiment que je peux comprendre, cette… peur de la mort. Où en sont tes recherches ? Tu sais que je ne pourrai te délivrer de ton serment qu’en présence de celle avec qui tu l’as échangé.
- Il bouge beaucoup ! J’ai posté des guetteurs un peu partout ; sans résultats, jusqu’ici. »
Voldemort reprit ses allées et venues, sa baguette scandant chacune de ses paroles :
« Severus… Si tu n’avais pas, de toi-même, achevé la mission confiée à ce dégonflé de Malefoy, imagines-tu seulement ce que je t’aurais réservé ?
- Parfaitement ! répondit Rogue d’un ton soumis.
- ALORS RAMÈNE-LES ! »
L’ancien professeur de Poudlard courba davantage l’échine pour sortir lentement à reculons.
Sitôt qu’il fut sorti, un autre individu émergea de l’envers d’une tapisserie mitée qui dissimulait une pièce en retrait. Ce petit homme au visage de rat trottina gaillardement vers Lord Voldemort qui le toisa hautainement :
« Qu’en penses-tu, Queudvert ? »
L’animagus Peter Pettigrow multiplia les courbettes devant l’auguste personnage :
« La même chose que vous, Maître : Severus Rogue est trop habitué au double jeu ! Vous m’aviez si judicieusement placé à son service l’an dernier que je ne puis que confirmer vos doutes à son sujet.
- Tu le crois fourbe ? Qu’il oserait me défier ?
- Oui, Maître ! Ce serment avec Narcissa n’avait d’autre but que de donner le change à Bellatrix et… »
L’Endoloris foudroyant qui suivit expédia Queudvert au tapis où il se tordit dans d’atroces souffrances.
« JE NE ME TROMPE JAMAIS, raton stupide ; JAMAIS ! Rogue a beau être le meilleur occlumens connu, je lui suis supérieur et il le sait. JAMAIS, il ne me trahira. Il est entièrement sous contrôle. »
L’effet du sort se dissipant, Queudvert parvint à se mettre à quatre pattes.
« Si le Maître le dit, c’est que c’est sûrement vrai ! couina-t-il de sa voix de fausset.
- Évidemment ! Mais laissons ces bêtises. M’as-tu ramené les rapports demandés ? »
Les épaules baissées, l’ex-croûtard galopa vers la tapisserie derrière laquelle il disparut. L’horrible créature squelettique profita de son esseulement pour se contempler dans un miroir :
« Suis-je moi ? demanda-t-il à son reflet. J’étais beau, séduisant… que suis-je devenu ? »
Le reflet s’anima sans que Voldemort ne bougeât. Le faciès plat au nez réduit à deux fentes éclata d’un rire sifflant :
« Comme si tu l’ignorais ! Tu es le plus puissant des Mages noirs que notre monde ait connu. Maintenant que le seul être capable de te contrer est mort, la voie est ouverte.
- Il reste Potter ! soupira Voldemort. »
Le reflet haussa les épaules :
« Cet imbécile a toujours eu trop de chance ! La roue tourne. Sans Dumbledore, ce freluquet sera bientôt entre nos mains.
- Tu as raison ! se redressa Voldemort. Et si nos hommes ne le débusquent pas, je sais, moi, comment l’attirer jusqu’ici ! »
Là-dessus, les deux immondes visages s’éclairèrent du même sourire sauvage.