ouf! ça y est!
pour tous ces messages.
Les trois aventuriers ne savaient trop à quoi s’attendre au-dehors. Serrés les uns contre les autres à la porte de la cave de Honeydukes, ils hésitèrent un peu.
« Il est toujours temps de reculer.
- Ne t’inquiète pas pour nous, Harry ! J’ai amélioré un sortilège qui nous prémunira des infections. Nox. » dit la jeune fille dont la baguette s’éteignit.
La pointant sur Ron, elle murmura :
« Corpusbullos ! »
Aussitôt l’épiderme du garçon rayonna d’un halo argenté.
« Qu’est… Qu’est-ce que tu m’as fait ? bégaya le rouquin en contemplant ses mains.
- Notre astucieuse Hermione a modifié têtenbulle ! Tout le corps est recouvert d’une bulle de protection, c’est ça, non ? »
Lui rendant son sourire, elle lui appliqua le sortilège avant de s’y soumettre :
« Nous disposons à présent de quatre heures d’autonomie parfaite ; qui m’aime me suive ! » pouffa Hermione qui prit les devants.
Trois êtres luminescents émergèrent dans la cave du boutiquier préféré des étudiants de Poudlard. En catimini, ils remontèrent l’escalier et traversèrent rapidement le magasin évidemment fermé à cette heure. Dès qu’ils furent dehors, les anomalies leur sautèrent aux yeux.
« C’est… Ce que je crois ? s’épouvanta Ron. »
Hermione émit un hoquet qu’elle étouffa en se plaquant une main sur la bouche.
« Des… Des cadavres ! » murmura Harry, éberlué.
Ils débarquaient sur une vision d’apocalypse. Sous des couvertures, devant plusieurs façades, s’alignaient des formes humaines inanimées. Circulant au milieu de la rue principale, des êtres en cagoule munis de torche se penchaient sur les corps qu’ils chargeaient à l’arrière d’une charrette tractée par un cheval musclé.
Le trio, pétrifié, assista à ce macabre ramassage. Slughorn n’avait pas menti : c’était terrible.
Soudain, on interpella les jeunes gens :
« Eh, vous ? Vous êtes fous ou quoi ? Le couvre-feu est donné depuis longtemps. Rentrez chez vous ! Vous voulez donc attraper la mort ?
- Nous sommes… protégés, dit Hermione d’une petite voix étrangement aigue.
- Rien ne protège de cette peste, répliqua l’homme masqué. Même nos capuchons se sont avérés inefficaces.
- Nous cherchons une jeune fille rousse. L’auriez-vous aperçue ? demanda Harry.
- Je ne fais pas dans le détail. On m’a dit de déblayer, je déblaie. Vous voulez vérifier la marchandise ? »
Ron et Harry échangèrent un œil paniqué. Voilà une mission extrêmement désagréable !
« Hermione, tu restes là. Harry… Nous devons le faire ! »
Sincèrement, le jeune homme aurait donné n’importe quoi plutôt que d’effectuer cette horrible besogne.
S’avançant avec répugnance, les garçons affrontèrent la sinistre réalité de la guerre imposée par Voldemort. D’une main tremblante, Harry saisit un bout de couverture. Il respira par saccades puis, d’un geste rageur, découvrit le premier cadavre du convoi.
Un soupir de soulagement s’exhala de la poitrine du jeune Potter quand se dévoila un parfait inconnu, mais il y avait d’autres corps ! Péniblement, les garçons poursuivirent l’exhibition.
« Oh ! C’est… Abelforth, le frère de Dumbledore.
- Et là, c’est Madame Rosmerta. »
Nauséeux, les jeunes gens achevèrent les identifications. Si quelques-uns leur étaient familiers, la plupart demeuraient heureusement des étrangers.
« Elle n’est pas parmi ces gens, dit Harry à moitié soulagé.
- Allons chez moi, au Terrier. Si elle a vu tout ça, elle y sera.
- D’accord ! On va transplaner, et…
- Je crains que non ! dit Hermione d’un ton coupable. Avec la couche de protection, ce mode de locomotion est impossible.
- En ce cas… soupira Harry, il reste le bus. »
La meilleure façon de héler un Magicobus étant d’agiter sa baguette magique, Ron s’y mit frénétiquement. Un éclair aveuglant plus tard, des roues crissaient à proximité.
« Oh ! Monsieur Potter ! s’exclama Stan Rocade en réceptionnant les futurs voyageurs. Encore vous ?
- Nous désirons nous rendre à Loutry Ste Chaspoule.
- Vous aussi ? s’étonna le vieux chauffeur aux épaisses lunettes.
- Auriez-vous transporté une jeune fille rousse récemment ? s’enquit fébrilement Harry.
- Exact ! C’était en fin d’après-midi, hein Stan ? »
Le cœur réchauffé par cette indication, Harry paya la course du trio et s’installa sur un des lits proposés à l’arrière. Ils n’eurent que l’embarras du choix, ils étaient les seuls occupants du bus à double impériale.
La façon de conduire d’Ernie Danlmur ne s’était toujours pas améliorée. Le trio prit son mal en patience, tentant de garder son équilibre malgré les secousses infligées.
« On a très peu de passagers ces temps-ci, dit le contrôleur afin de meubler le silence.
- Les gens ont peur de sortir de chez eux, ricana Ernie. C’est surtout Ste Mangouste qui reçoit le plus de visiteurs.
- Ne craignez-vous pas d’attraper la fièvre ?
- Ma petite demoiselle, on ne risque rien en buvant ce truc, rit le chauffeur vissant ses lèvres à un flacon douteux. Vous en voulez un coup ? »
Les amis s’entreregardèrent, dubitatifs, et refusèrent poliment.
Les villages et les villes se traversèrent par bonds successifs. Partout, la désolation semblait régner. Si les sorciers étaient atteints, que dire des pauvres Moldus ? Ils en croisèrent des ambulances !
Impossible, cependant, de déterminer où ils se trouvaient tant le paysage défilait à vive allure ; une allure tellement vive que Stan s’alarma :
« Eh, Ern ! Tu ne devrais pas lever le pied ? »
Loin de ralentir, le Magicobus accéléra encore.
« Freine un peu, tu vas nous envoyer dans le décor ! Qu’est-ce que t’as ? »
Sous les yeux effarés des voyageurs, le corps du chauffeur bascula en avant. Stan se précipita sur son copain, tentant de le redresser tout en saisissant le volant. Tanguant, Ron et Harry accoururent à la rescousse. Ils dégagèrent le chauffeur de son siège qu’emprunta immédiatement le jeune homme boutonneux. Un puissant coup de freins faillit faire tomber tout le monde mais, au moins, le bus était arrêté.
On s’activa autour d’un Ernie livide et haletant. Stan lui desserra l’espèce de foulard à pois mauves qu’il portait en cravate :
« Ern ! Fais pas l’idiot, c’est pas drôle, dit-il en secouant le conducteur.
- Il est malade ! C’est sûrement la fièvre, déclara Hermione.
- Vous savez conduire le bus ? s’informa Harry.
- Je sais démarrer, stopper et ouvrir les portes, c’est tout !
- Comment se rend-on à un endroit précis ?
- Je n’en ai aucune idée, désolé. »
Les voilà frais : coincés dans un bus, sans chauffeur, à des dizaines voire des centaines de kilomètres de leur but, on pouvait rêver mieux. De plus, il faisait nuit noire et, selon l’extérieur, ils étaient en rase campagne.
« Pourriez-vous transplaner jusqu’à votre… dépôt pour ramener un autre chauffeur ? »
Rocade se tassa sur lui-même :
« Je n’ai jamais réussi à passer mon permis. Vous pourriez y aller, vous ?
- Hélas, non ! Vous voyez notre peau ? Elle est recouverte d’une bulle de protection qui empêche ce mode de déplacement. D’ailleurs… Corpusbullos ! dit Hermione. Vous êtes immunisé pour 4 heures. »
L’épiderme du contrôleur se teinta d’argent, à son grand ravissement.
« Vous devriez faire breveter ce sort ! Par les temps qui courent, votre fortune est assurée.
- Il y a plus urgent que de penser à la fortune, grinça Harry qui se tourna vers Ron. Tu as conduit la Ford de ton père… essaie ce bus, veux-tu ?
- C’est totalement différent ! Je n’y arriverai pas, se récusa le rouquin, horrifié.
- Si tu as un meilleur plan, dis-le. »
Contraint par la nécessité, Ron s’installa sur le siège en velours râpé. Anxieux, il inspecta les multiples commandes à utiliser pour diriger ce véhicule particulier. Rocade, dans son dos, lui désigna les manettes à enclencher. Cafouillant légèrement, Ron s’embrouilla avec les divers boutons, le Magicobus pétarada soudain.
« Je fais quoi, là ?
- Je crois qu’il faut que vous pensiez à l’endroit désiré… un peu comme lors d’un transplanage. »
Les mains tremblant sur le volant, Ron se concentra.
Bang ! Pour des chaos, ils furent servis. Pourtant, si le début fut des plus mouvementés, les choses s’arrangèrent graduellement.
« Ce n’est pas si dur, finalement. » se décontracta Ron au bout d’un moment.
Guidé par un Stan curieusement verdâtre, le bus freina pile devant le Terrier.
« On n’en a pas pour longtemps. », dit Harry qui s’éjecta du véhicule.
Abandonnant Ernie aux soins du contrôleur, les amis foncèrent vers l’habitation où aucune lumière ne brillait.
« Alohomora ! » ordonna Ron à la porte d’entrée.
Celle-ci s’ouvrit, ils s’engouffrèrent dans la maison obscure. Les « Incendio » et « Lumos » retentirent de la cuisine aux étages où le trio se dispersa à la recherche d’un signe de vie.
« Elle est ici ! » s’éleva le cri angoissé de Hermione.
Les garçons cavalèrent jusqu’à la chambre d’où émanait l’appel.
Dans leur énervement, ils se télescopèrent contre le chambranle de la porte qu’ils franchirent pour contempler…
« Elle n’est pas… s’étrangla Harry, bouleversé.
- Elle respire à peine ! Il faut vite la soigner. », pleura Hermione.
La gorge en feu, un étau lui broyant le cœur, Harry s’approcha du corps inerte soutenu par Hermione agenouillée sur le plancher. Se penchant, il souleva son aimée qu’il tint serrée contre sa poitrine palpitante :
« Poudlard ! Les remèdes que l’on vient d’y préparer… elle sera sauvée.
- Et Ernie, on l’emmène ?
- Évidemment ! »
D’un coup de reins, Harry se redressa, emportant la malade dans ses bras vigoureux. Ils rejoignirent Stan qui veillait le chauffeur.
« Ste Mangouste est plus proche que votre école ! affirma le garçon boutonneux plein de sens pratique. »
Il n’y avait pas à tergiverser. Ron se remit au volant tandis que Harry et Hermione allongeaient Ginny sur un des lits ; le Magicobus démarra.
Affronter la circulation londonienne donna des sueurs à l’apprenti chauffeur mais moins qu’aux poubelles, voitures et arbres qui devaient s’écarter sur le passage de ce bus en folie.
Enfin, la destination fut atteinte et, laissant le véhicule garé dans une ruelle déserte, ils débarquèrent les malades. S’approcher de la vitrine du magasin Purge et Pionce Ltd en transportant des corps sans éveiller l’attention des badauds parut un exploit extraordinaire qu’ils réussirent pourtant. Il est vrai que les Moldus avaient d’autres chats à fouetter, l’infection ne les épargnait pas et « chacun pour soi » semblait le mot d’ordre général.
Le mannequin en chasuble verte reçut leur demande avec son flegme habituel. Dès qu’il leur fit signe de ses doigts joints, ils traversèrent la vitre.
Quelle cohue ! Ils tombaient en pleine foire : des sorciers couraient en tout sens ; des appels résonnaient sans cesse ; on s’interpellait, se bousculait dans un beau désordre.
Se frayant un passage dans cette foule en délire, ils gagnèrent péniblement le guichet d’accueil où la réceptionniste ne savait plus où donner de la tête.
« Encore deux victimes, gémit-elle en s’arrachant les cheveux. Il en arrive de partout ; nous sommes débordés. Essayez le troisième étage, le second est bondé. »
Ils s’y rendirent en courant ; Ron aida le contrôleur à soutenir Ernie.
Poussant la double porte, ils ne s’étonnèrent pas de l’animation régnante. Le couloir était rempli de malades couchés à même le sol, le personnel médical épuisé s’affairait autour d’eux, distribuant potions ou conseils.
Hermione arrêta au vol un médicomage à portée :
« Nous amenons deux victimes. Pouvez-vous…
- Mettez-les là ! On s’en occupera dès qu’on pourra.
- C’est urgent, cria Harry. Examinez-les tout de suite.
- Mon petit Monsieur, je suis navré. Jugez vous-même de l’ampleur du fléau.
- Mais enfin, dit Hermione, pourquoi toute cette panique ? »
Le sorcier, hautain, toisa cette péronnelle prétentieuse :
« Personne n’est à l’abri, et c’est mortel. Ça vous suffit comme explication ?
- CORPULSBULLOS ! hurla la jeune fille, en agitant furieusement sa baguette. Maintenant, vous êtes à l’abri ! Répétez ce sort toutes les quatre heures et vous ne risquerez plus rien. »
Ahuri, le médicomage regarda tour à tour ses mains et les jeunes gens à la peau argentée.
« Fascinant ! s’émerveilla-t-il. Mademoiselle, vous avez créé l’élément qui nous manquait pour endiguer cette contagion. Il faut absolument que vous diffusiez ce sortilège de protection. Venez avec moi.
- Et mes amis ? Je ne les quitterai pas sans que… »