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Chapitre 25 : Les miasmes de Voldemort.
La vie à Poudlard reprit son cours avec ses leçons et devoirs. Harry s’appliquait tant bien que mal à assumer son rôle de professeur et d’élève.
Depuis que la paix avec Drago était devenue évidente pour tous, il n’avait plus à redouter l’opposition des Serpentard. Un vrai miracle, selon Hermione qui s’en réjouissait ainsi que la majorité des étudiants.
Gryffondor et Serdaigle reçurent des points supplémentaires lorsque le professeur Chourave désira leur enseigner les propriétés du Polypore hexagonal du Japon.
« Je ne m’attendais pas à autant de bonnes réponses ! s’écria-t-elle enchantée. Je me demande comment vous avez réussi à apprendre autant de détails sur ce sujet peu banal. »
Les complices se gardèrent bien de narrer les exploits ayant permis l’étude poussée de cette éponge particulière. Personne ne se doutait de ce qu’ils avaient préparé, ni à quelle fin.
Naturellement, Harry s’impatientait. Plusieurs fois, il était allé bavarder avec le professeur Dumbledore qui, pour une obscure raison, lui refusait l’emploi du dernier souvenir en sa possession. Il s’était montré enthousiaste quand Harry lui avait déclaré être enfin convaincu du repentir sincère de Drago Malefoy :
« Je l’ai toujours su : Drago n’a pas l’âme d’un tueur. Il a subi… de mauvaises influences ; il ne voulait pas décevoir son père. Je suis très heureux, Harry, que tu sois parvenu à trouver un terrain d’entente avec lui ainsi qu’avec les autres Maisons. Les plans de Tom Jedusor volent en éclats ; persévère dans cette voie. »
Ce soir-là, après le dîner, le jeune homme s’isola dans le bureau pour tenter à nouveau sa chance auprès du tableau.
« Il n’est jamais bon de connaître certaines choses avant l’heure. Cela peut te brouiller l’esprit, fausser ta vision des faits et te pousser à l’erreur, répondit le vieillard.
- Quand me direz-vous où je découvrirai le dernier Horcruxe ; celui qui serait en relation avec ma Maison ? Car c’est cela, n’est-ce pas ? Nous avons depuis longtemps abandonné l’idée que ce serait Naguini le détenteur du dernier fragment d’âme de Voldemort. »
Ses épaules se voûtant, Harry s’attendait à une nouvelle rebuffade, pourtant… :
« Tu as raison, Naguini était une fausse voie. À l’époque où nous avons évoqué cette possibilité, j’étais persuadé que Tom désirait profiter de ta mort comme de l’ultime déchirure grâce à laquelle son âme serait fragmentée en sept parties. Avec le rebondissement de l’Avada Kedavra qui l’a frappé, j’ai pensé qu’il n’avait pas réussi, et n’avait accompli ce méfait que plus tard, en choisissant son serpent comme dépositaire. À présent, libéré des contraintes terrestres, je vois les choses sous un angle différent. Même si Tom éprouvait de… l’affection pour Naguini – en raison de sa férocité et de son attachement à sa personne – dans l’état où il se trouvait, Tom ne pouvait accomplir le rituel de magie noire nécessaire à enfermer un Horcruxe. Donc, de trois choses l’une : ou ce dernier fragment n’existe pas, ou il l’a créé récemment, ou… depuis longtemps. »
Interloqué, Harry fronça les sourcils :
« Il n’existerait pas ? Je n’ose l’espérer. Avec tout ce que vous m’avez fait découvrir sur Voldemort, s’il avait un plan, il s’y sera tenu.
- Exact, mon garçon. Je suis certain qu’un dernier Horcruxe sommeille et qu’il date d’environ un an et demi.
- Comment le savez-vous ?
- Je ne fais que des suppositions, mais depuis que tu m’as conté ton escapade au ministère en compagnie de Drago, j’ai beaucoup réfléchi. »
Cette fois, Harry secoua la tête pour ordonner ses pensées. Le ministère ? Qu’est-ce que Dumbledore radotait là ? Aveuglante la lumière jaillit dans son cerveau en ébullition :
« Votre montre ! Elle a chauffé quand j’étais…
- Près du département des mystères, n’est-ce pas ?
- Oui ! s’excita le garçon se remémorant ce passage. J’étais au pied de l’ascenseur, et j’ai eu l’impression qu’il fallait que j’y retourne... enfin… que j’aille revoir l’endroit où…
- Il te manque toujours, n’est-ce pas ? »
Son silence parla pour Harry.
« Il va bien… pour le peu que je l’ai croisé car ceux qui, comme moi, ont la chance de revenir en portrait n’expérimentent pas l’au-delà de la même manière que les autres. Revenons-en à cet Horcruxe. Il est là-bas, tu l’as senti.
- Il y avait un tas de trucs dans ce département. La montre me guidera-t-elle jusqu’à lui ?
- Son usage, dans un tel lieu ne me semble… pas indiqué. Tu connais déjà un peu l’endroit, c’est un bel atout.
- Vais-je devoir l’explorer de fond en comble ? Si je me souviens bien, il y a une porte que je ne suis pas parvenu à ouvrir. Le couteau de Sirius aurait dû le faire, il a fondu !
- Oublie cet endroit ! réagit très vite Dumbledore. Il n’y a rien d’intéressant pour toi derrière cette issue condamnée. La force qu’il contient dépasse nos capacités d’entendement. Tu devrais essayer le département des archives, en priorité. Je pense que notre ennemi a eu accès à cette section avant de s’intéresser à toi… cette nuit-là. Il voulait la sphère contenant la prophétie, mais aussi autre chose. À toi de découvrir ce qu’il a trafiqué. »
Troublé, Harry salua le professeur avant de gagner la salle commune.
« Nid d’abeille ! » dit-il négligemment à la grosse dame.
Hermione s’était replongée dans ses manuels de tricots afin de poursuivre la libération des elfes domestiques. Elle venait juste d’apprendre ce point spécial quand il avait fallu changer le mot de passe. Si certains Gryffondor s’étaient étonnés de ce choix, nul n’avait osé le critiquer.
« Salut, Harry ! dit Ron en le voyant entrer. Tu veux faire une partie d’échecs ?
- Non, merci. Je monte ; bonsoir à tous. »
L’attitude renfermée du jeune homme n’échappa pas à ses proches qui échangèrent des regards contrariés. D’un signe de tête, Hermione accorda à son soupirant de vider les lieux. Quatre à quatre il grimpa les marches et se retrouva dans le dortoir vide. Au bruit de douche provenant de la salle de bains, le rouquin se rassura : Harry ne s’était pas volatilisé. D’ailleurs, il n’eut guère à attendre avant de voir apparaître son ami en robe de chambre :
« Qu’est-ce qui cloche ? Tu as parlé à Dumbledore ?
- Il m’a prétendu que…
- Quoi ?
- Que le dernier Horcruxe serait au département des mystères.
- Au Ministère ? Comment Vo… Voldemort y aurait-il dissimulé son âme ? »
Patiemment, Harry narra ses échanges avec l’ancien directeur.
« Nous nous déplacerons à Londres dès que possible. Je dois encore réfléchir au meilleur moyen de s’y prendre. »
Là-dessus, il s’allongea sur ses draps frais :
« Bonne nuit ! Essaie de ne pas trop chahuter en remontant. »
Un couloir éclairé de torches défilait à vive allure. Une porte fut franchie ; une salle circulaire se présenta, noire du sol au plafond. Face à la douzaine d’issues identiques, l’être rampant n’hésita pas, il fonça sur celle du milieu qui s’ouvrit aussitôt. Un second corridor, percé d’orifices, étrangement coloré de tons blafards fut parcouru d’une traite pour se terminer devant une autre série de portes noires. Un sifflement bizarre résonna, un panneau coulissa sans bruit. Que de rayonnages, ici ! Une cathédrale, au moins ! Toute la gigantesque pièce était découpée d’étagères aussi hautes que longues ; des milliers ou des millions d’objets hétéroclites les garnissaient. Oscillante, la vue de cet endroit détailla des étiquettes manuscrites. Certaines semblaient extrêmement âgées, jaunies et friables, prêtes à se décomposer au moindre contact. Le visiteur y lut : Vistemboire de l’époque Mérovingienne, probablement issu de la collection de Lord Emeric Balfour décédé en 1640 ; Métacarpe d’origine inconnue, gracieusement délégué en héritage par Lady Honnorat Galigaï décédée en 1555, etc.
Pour un musée, celui-ci était grandiose. Des reliques de tous bords s’y côtoyaient dans l’indifférence poussiéreuse de l’oubli. L’œil inquisiteur s’attarda sur la troisième planche d’une allée. Un petit globe de quatre centimètres de diamètre y dormait sous la pellicule épaisse de résidus déposés au fil des ans écoulés.
Une vague de joie, immense, merveilleuse, déferla dans l’esprit de la créature qui s’esclaffa bruyamment. Un rire dément vibra en longs éclats ; éclats tellement sonores que le dormeur s’éveilla, en nage.
Harry, redressé d’un bond, s’essuya le front d’un revers de manche, perdu parmi ses draps chiffonnés. Un… rêve ?
Réprimant un frisson, il s’efforça au calme. Trop de similitudes existaient avec son expérience antérieure pour qu’il ne s’agisse que d’un banal cauchemar. Déjà, Harry avait ressenti cette impression d’être un serpent visitant le département des mystères. Bien sûr, puisqu’il venait d’en débattre avec Dumbledore, cette irruption d’images était peut-être… naturelle. Pourtant… Avec Voldemort, rien n’était jamais certain. Avait-il encore tenté de le manipuler ?
Depuis qu’il avait appris à fermer son esprit correctement, Harry dormait plus paisiblement. Son « blocage » mental avait-il cédé ?
Tracassé, le jeune homme n’arriva plus à retrouver le sommeil. Il eut beau se tourner et retourner, loin de se reposer, il s’énervait davantage. En désespoir de cause, il se leva.
Doucement, afin de ne pas perturber la nuit de ses compagnons, il descendit dans la salle commune qu’il souhaita déserte à cette heure.
Raté !
Pelotonné dans un des larges fauteuils devant la cheminée, un corps abandonné aux bras de Morphée respirait régulièrement. Harry se mordit les lèvres, le cœur broyé d’une effroyable tentation. Il amorça un pas vers la belle endormie, puis recula lentement les pieds vers l’escalier. Clac ! Sa pantoufle dérapa, la jeune fille s’éveilla :
« Ha… Harry ? C’est toi ? Que fais-tu ici ?
- Je… rien ! Je n’avais plus sommeil. »
Déjà il entamait un repli stratégique, elle le freina :
« Ne pars pas, s’il te plaît ! Nous… nous ne nous parlons presque plus, et… »
Tout, il aurait tout supporté mais pas ça ! Pas les larmes de…
« Ginny, s’étrangla-t-il, ému. Ne pleure pas, je t’en supplie. Je… »
Toutes ses résolutions s’envolèrent d’un coup. Plus rien n’avait d’importance. La guerre, les Horcruxes, Voldemort…, et alors ? Le minois chaviré pour lequel son âme se consumait le contemplait si tristement : il céda.
Un même élan les poussa l’un vers l’autre. Passionnées, leurs lèvres s’unirent dans un long baiser mouvementé. Aveux, serments, promesses, excuses et pardons s’échangèrent dans la confusion des retrouvailles.
Quand l’effervescence se tarît un peu, Harry garda Ginny dans ses bras, la berçant tendrement. Sa chevelure rousse reposant sur la poitrine du garçon, elle soupira :
« Tu en as mis du temps à me revenir. Je désespérais.
- Tu es plus que ma vie, Ginny ! J’ai tellement peur de t’exposer.
- N’y pense pas ! Nous serons discrets, c’est tout. »
Une toux embarrassée les fit pivoter vers la porte du dortoir des filles.
« Désolée de vous déranger, pouffa Hermione. Je venais juste chercher Ginny pour la mettre dans son lit. Je vais remonter.
- Tu ne nous déranges pas ! assura Harry. Je suis même content que tu sois là. Je suis descendu parce que j’ai fait un rêve… bizarre. »
Immédiatement, les jeunes filles s’inquiétèrent et le bombardèrent de questions. Sans quitter la main de Ginny, Harry la convia à s’asseoir sur le divan ; Hermione se casa dans un fauteuil. Il raconta ses visions nocturnes, et l’impression étrange ressentie.
Du bout des ongles, Hermione se frictionna le crâne :
« Tu sembles persuadé qu’il essaie à nouveau de t’attirer dans un piège, je n’y crois pas ! Tu es devenu un bon Occlumens.
- Après le dîner, j’avais discuté avec Dumbledore au sujet du dernier... »
Harry s’interrompit pour regarder Ginny avec un mélange d’amour et de tristesse :
« Tu n’es pas au courant de ce que je prépare avec Ron et Hermione. J’ai toujours craint que…
- Il est temps de la renseigner, Harry. »
Hermione soupira. Elle contempla affectueusement le couple enlacé puis cria :
« Dobby ? »
L’elfe se matérialisa presque aussitôt :
« Hermignone a appelé Dobby ? Que peut faire Dobby pour l’amie de monsieur Potter ?
- Nous allons bavarder assez longtemps. Pourrais-tu nous apporter un encas ? »
L’elfe s’évapora quelques instants.
« Tu donnes du travail supplémentaires aux elfes ? rit Ginny.
- Dobby me rapporte tous les chapeaux que je tricote. Ça lui apprendra. »
Il revint porteur d’un plateau abondamment garni et ne s’incrusta pas. Les secrets s’échangèrent entre le trio qui se restaura, protégé par un « Assurdiato » de bon aloi.
« C’est épouvantable ! déclara Ginny horrifiée par le récit de Harry. Des fragments d’âmes…
- Les Horcruxes, oui ! Nous pensions les détruire, au départ. Puis, avec le souvenir du vieil apothicaire, nous avons révisés nos plans.
- Le but de vos expéditions, c’était de…
- Fabriquer une potion. Elle est prête maintenant, compléta Hermione.
- Il ne nous manque que le dernier Horcruxe. Dumbledore a émis l’idée qu’il serait au département des mystères, que Voldemort l’y aurait créé le fameux soir où… Sirius est mort. »
Les trois jeunes gens ruminèrent un moment en silence.
« Il t’a conseillé de visiter les archives, c’est ça ? murmura Hermione. Il existerait là-bas un objet ayant appartenu à Goderic Gryffondor ?
- Dans mon… rêve, j’ai vu une petite sphère.
- Oui ! bondit de joie Hermione. J’ai compris. Ce n’est pas Voldemort qui est entré en toi, mais l’inverse : tu as vu une partie de ce qu’il a fabriqué ce soir-là.
- Possible, admit Harry peu convaincu cependant. En tout cas, la salle était immense, la fouiller demandera des… mois ou des années.
- Avec la montre de Dumbledore, tu trouveras facilement, dit Hermione.
- C’est loin d’être gagné, elle n’y fonctionnera pas ! Si tu avais aperçu cet endroit…
- Il y a peut-être un répertoire ? Ginny, pourrais-tu questionner ton père à ce sujet ?
- Je le suppose. Il faudra aller à la poste de Pré-au-Lard, parce que… d’ici...
- Nous irons demain ! conclut Harry. On s’arrangera pour s’éclipser. »
Sur cette résolution, après un dernier tendre baiser, Harry laissa Ginny et Hermione monter se coucher ; il en fit autant, l’esprit nettement allégé à présent.