à vos ordres, mes
sauf pour msn, je vais aller manger
Chapitre 24 : Angoisses !
Il était un peu plus de midi lorsqu’ils se faufilèrent dans la grand salle bourdonnante d’éclats de voix et de bruits de vaisselle. Rafraîchis et changés, ils s’intégrèrent facilement au festin en cours, personne ne s’intéressant particulièrement à eux. Mrs McGonagall, de loin, leva bien un œil soupçonneux derrière ses lunettes carrées, mais ils étaient trop heureux de réintégrer ce havre de paix pour s’en soucier.
Enthousiaste, Ron garnit son assiette à ras bord, à croire qu’il n’avait rien avalé depuis deux jours. Harry s’étonna de la quantité de liquide que Luna ingurgitait ; la pauvre semblait déshydratée depuis sa récente mésaventure. Isolée à la table de Serdaigle, elle ne s’occupait que de son gobelet d’or qu’elle vidait et remplissait à vive allure. Il constata que Hermione suivait son regard :
« Elle est en froid avec Malefoy ? souffla-t-elle à son oreille.
- Je n’avais rien remarqué jusqu’ici, mais c’est sûr qu’elle tient ses distances.
- C’est de notre faute ! On lui a trop fait la leçon.
- Je ne le lui reprocherai pas. Moins elle le fréquentera, mieux nous nous porterons.
- Drago a l’air vraiment… malheureux.
- Tu ne changeras jamais. Il s’en fiche éperdument ; il est en train de rigoler avec ses potes. Ceux-là ne savent pas encore que leurs pères sont arrêtés ! »
Effectivement, Crabbe et Goyle se goinfraient joyeusement, inconscients des malheurs de leur famille. Pourtant, l’œil sagace de Hermione ne s’était pas trompé. Si Harry avait voulu être plus attentif, il aurait remarqué que les sourires de Malefoy étaient très… forcés. Sans cesse, il tournait la tête en direction de Luna, la détaillant avec un mélange de détresse et de surprise, ne répondant que mollement aux blagues grossières de ses amis.
Le repas s’achevant, la grande salle s’évacua, chacun tentant de se trouver une occupation pour ce dimanche après-midi. Le trio habituel n’était pas dans ce cas : une tâche importante l’attendait. Ils s’éclipsèrent discrètement jusqu’à la cabane de Hagrid que Hermione désenchanta afin d’y pénétrer.
Rien n’avait bougé à l’intérieur, le repousse-tout de la jeune fille s’avérait efficace. Rassurés, ils s’activèrent auprès de la mixture qui, maintenant, présentait des reflets dorés.
« C’est exactement la couleur désirée, sourit Hermione en vérifiant ses notes. Elle a eu ses deux nuits de repos ; j’ai parlé météo avec Dean, il m’a assuré que le ciel était resté pur durant notre absence. »
Le moment le plus critique était arrivé. S’ils le rataient, tout serait à refaire.
Avec précaution, Harry exhiba la fiole au contenu rubicond. Hermione saisit une burette graduée qu’elle présenta au garçon pour qu’il y déverse les 7 ml requis. Sa main ne trembla pas lors du transvasement, le compte fut atteint sans débordement.
« Il faut l’ajouter goutte à goutte en récitant l’incantation. Tu veux t’en charger, Ron ?
- Mo… Moi ? Non ! Je suis capable de bafouiller. C’est une trop grande responsabilité. Fais-le, ou alors Hermione, mais pas moi !
- Tu as raison. Hermione est la plus douée de nous trois, alors…
- Ben voyons ! Comme ça, si ça rate, ce sera de ma faute ? Merci pour cette preuve de confiance. »
Quoiqu’elle manifestât de l’humeur, la demoiselle n’en était pas moins ravie que ce rôle lui échût. Elle ferma brièvement les yeux, inspirant et expirant profondément. Très sérieuse à présent, elle s’empara de la burette et, tout en plongeant sa baguette dans le liquide du chaudron, elle énonça :
« Par ce sang reçu, purifie-toi ! »
Elle tourna sa baguette trois fois dans le sens des aiguilles d’une montre, trois fois dans l’autre ; une seconde goutte s’ajouta, elle répéta :
« Par ce sang reçu, purifie-toi. »
Les garçons retinrent leur souffle de peur de gêner la manœuvre en cours. Des minutes s’écoulèrent aussi lentement que le rituel l’imposait. Le front en sueur, Hermione ressassa sa litanie. Le récipient gradué était presque vide, la formulation changea :
« Par cet ultime sacrifice, que tout ce qui a été créé vilement, s’efface éternellement. »
La dernière goutte tomba, Hermione agita consciencieusement la mixture de sept tour à gauche puis sept à droite. Elle se décontracta enfin.
Curieux, le trio se pencha sur le mélange. Le petit tourbillon laissé par la baguette ralentit, la surface se calma.
« J’ai tout fait correctement, non ? Pourquoi ça ne bouge pas ?
- Il est trop tôt pour le dire, déglutit Harry, mal à l’aise. Attendons.
- Tu as récité trop vite, c’est loupé ! soupira amèrement Ron.
- Tu aurais fait mieux, sûrement ? riposta la jeune fille, vexée. Ce n’est pas une catastrophe, il faut…
- Des mois d’efforts inutiles ! C’est frustrant. » pesta Harry tapa du pied, rageur.
Était-ce un effet de la secousse du plancher ou bien…
« J’ai… j’ai vu une bulle se former ! s’exclama Hermione. »
Le trio se resserra autour du chaudron. Oui ! Le mélange évoluait. Plus nombreux, des bouillons apparurent. Le ton vira, s’assombrissant davantage pour atteindre une nuance presque violette.
« Écartons-nous ! prévint Hermione. Si tout se passe bien… »
Un flash les éblouit en plein recul. Papillonnant des paupières, il leur fallut quelques secondes avant de retrouver toutes leurs facultés visuelles.
Méfiants, ils s’approchèrent à nouveau. Là, au fond du chaudron, reposait un liquide immaculé.
« Un blanc pur ! » s’écria Hermione en sautant de joie.
La béatitude totale rayonna sur les visages des amis qui s’étreignirent chaleureusement.
« On a réussi ! On a réussi ! », claironna Ron à tue-tête.
Harry, très ému, ne savait qui il devait remercier le plus pour avoir permis ce grand œuvre. Il n’arrivait pas à détacher son regard de cette potion tant espérée. Il l’avait ! Il possédait une arme contre son ennemi mortel. Une arme inédite à laquelle Voldemort ne s’attendait certainement pas.
« Il ne reste qu’à la mettre en sécurité, dit Hermione. J’ai préparé spécialement la fiole pour la recevoir. »
Le garçon ne douta pas des précautions qu’avait dû employer son amie pour stériliser un récipient destiné à une si haute finalité.
De sa baguette, Hermione aspira le liquide qu’elle transvasa aussitôt dans un délicat objet de cristal noir. Hermétiquement bouchée, la fiole changea de main. Harry la réceptionna telle une précieuse relique.
« Le verre est traité contre les bris en tout genre. Même un sortilège puissant ne saura le casser. »
Pleinement rassuré, le jeune homme empocha l’arme ultime avec un sourire de gratitude infinie.
Leur mission étant accomplie, les amis sortirent dans la fraîcheur hivernale sans se soucier, cette fois, des traces laissées dans la neige.
Harry monta directement à son dortoir y déposer son trésor. Quand il descendit, il négligea les bavardages de ses condisciples, préférant s’isoler afin de méditer sur la marche à suivre.
Errant, il ne tint pas compte de ses pas. Il entra dans une salle où ronflait un bon feu, s’installa dans le confortable fauteuil en retrait et… s’assoupit.
Depuis combien de temps dormait-il ? Il n’en savait rien. Des éclats de voix le tirèrent brutalement du sommeil.
« Mais qu’est-ce que tu fabriques ? gronda une voix mâle assez fâchée.
- Rien ! Fiche-moi la paix. » répliqua un timbre féminin.
Embarrassé, Harry se tassa dans son coin. Pourquoi fallait-il qu’il fût là ? Juste au moment où Drago et Luna réglaient leurs différends. Dans un éclair, il entraperçut le profil de Luna qui empochait une boîte et s’éloignait de la cheminée. Il aurait été plus honnête de… se manifester mais Harry avait toujours possédé un naturel… curieux. Il se concentra un maximum pour obliger son corps à se confondre avec le tissu du fauteuil. Du moment qu’aucun des jeunes gens ne viennent s’asseoir sur lui, Harry était à l’abri.
« Tu m’évites depuis Noël, pourquoi ? Et où étais-tu passée hier ? J’avais espéré qu’après la victoire…
- N’espère plus rien me concernant. Est-ce clair ? »
Les oreilles grandes ouvertes, Harry guettait la réaction de Malefoy. Il ne fut pas déçu.
« Je parie que c’est à cause de Potter et sa bande. Ils t’ont interdit de me parler, c’est ça ? cracha Drago, très en colère.
- Pas du tout ! C’est moi qui n’ai plus envie de te fréquenter. »
Dissimulé dans son coin, Harry grimaça malgré lui. Se mettant à la place de Drago, il se demanda comment Malefoy encaisserait une telle rebuffade.
Un silence pesant s’installa. Puis… il y eu un bruit bizarre de gorge contractée :
« Mais… je t’aime, moi ! murmura Drago.
- Moi pas ! Va-t’en. Laisse-moi seule.
- NON ! hurla l’amoureux éconduit. Tu me disais... tu m’as juré…
- Que tu es naïf ! J’ai fait un très beau voyage en compagnie de Neville ; il est si mignon.
- Lon… Londubat ? s’étrangla Drago, absolument dépassé par cette révélation. Tu es finalement… très différente de ce que j’imaginais.
- Désolée de te décevoir, adieu !
- Je voudrais… Je te promets de ne plus ennuyer ensuite, si… tu m’accordes… un dernier baiser. »
Depuis sa position, Harry eut toutes les peines du monde à garder son sérieux. Drago quémandant de tendresse de Luna, cela valait le coup de s’être endormi ici !
Puisqu’il ne voyait rien, il imagina Malefoy s’approchant de la jeune fille pour lui dérober les lèvres. Mais, au lieu du bruit de succion suivi d’un sanglot attendu, ce qu’il perçut le fit sursauter :
« Je m’en doutais, gronda Drago ! Qui êtes-vous ? »
La réplique de Luna glaça le sang de Harry :
« ENDOLORIS ! Pauvre idiot. »
Bondissant hors de son nid, Harry engloba la scène d’un regard ahuri. Malefoy, couché sur le tapis, se tordait de douleur sous la baguette pointée par une Luna au sourire… machiavélique.
« Qu’est-ce que tu fabriques, Luna ? Arrête ça tout de suite ! »
Il n’eut que le réflexe de se baisser pour éviter un tir de lumière rouge qui alla fissurer le mur derrière lui. Le temps qu’il se redresse, la jeune fille rompait la lutte en disparaissant par la porte.
Harry, choqué, s’approcha lentement de Drago, une main secourable tendue :
« Pou… pourquoi a-t-elle fait ça ?
- Ce n’est pas Luna ! Rattrape-la, il ne faut pas qu’elle s’échappe ! » répliqua le jeune homme en s’agrippant à Harry.
Un coup de poing dans l’estomac ne lui aurait pas mieux coupé le souffle ; Harry tressaillit, écarquilla les yeux puis lâcha Malefoy pour se lancer à la poursuite de…
Les idées à l’envers, il déboula dans le couloir, cherchant désespérément un indice pour s’orienter. Rien ! Pas un bruit de cavalcade, de porte qui claque, rien ! Seul, il n’arriverait jamais à fouiller tout Poudlard.
Trépignant sur place dans l’indécision, la réponse lui sauta à l’esprit :
« Kreattur ! cria-t-il, énervé. »
L’elfe domestique se matérialisa devant lui avec une profonde courbette :
« Le maître désire ?
- Je… je veux que tu ameutes tous les elfes ; qu’ils se dispersent dans le château. Il y a un traître parmi nous : Luna Lovegood. Trouvez-la, elle n’est pas dans son état normal ! »
Kreattur s’inclina et s’évapora.
Demeuré seul, Harry hésita en réfléchissant à toute allure. Il ne doutait pas de la docilité de son domestique ; il pouvait compter sur lui à présent. C’était inutile de courir bêtement dans tous les coins, il retourna donc dans la pièce où, effondré sur un divan, Malefoy récupérait peu à peu des douleurs infligées par son ex-amie.
S’approchant doucement, Harry toussota :
« Euh… Tu vas mieux ?
- Tu l’as eue ? s’excita Drago qui se leva en grimaçant.
- Calme-toi, on va lui mettre la main dessus rapidement. Comment as-tu deviné que… »
Ils s’affrontèrent un instant en silence, puis Malefoy se rassit lourdement :
« J’aurais dû t’avertir plus tôt ! J’avais des soupçons depuis sa rentrée. Elle m’évitait sciemment. J’ai commencé à… la surveiller ; je croyais qu’elle voyait quelqu’un d’autre. Je l’ai surprise ici, près de la cheminée, on aurait dit qu’elle voulait jeter quelque chose au feu, et…
- Je l’ai vue mettre en poche une boîte.
- Alors tu as suivi toute notre conversation ?
- Je… m’excuse. Je dormais, et…
- Je m’en moque ! soupira Drago, l’air d’un chien battu. J’ai voulu l’embrasser une dernière fois, et quand j’ai été suffisamment proche d’elle, son haleine m’a éclairé : elle buvait du Polynectar ! J’en ai assez avalé durant des mois pour reconnaître cette odeur. »
Un frisson d’effroi secoua Harry. Il aurait cent fois préféré savoir Luna soumise à l’Impérium, car si Malefoy avait vu juste... Où était passée la vraie Luna ?
« Il faut prévenir Mrs McGonagall ! Si tu te sens… »
Drago opina vivement et se leva. Ensemble, ils se dirigèrent vers le bureau du 1er étage.
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