message trop long...
« Mince ! Nous voilà bloqué, soupira Ron.
- Ces barres ont l’air costaud. On essaie de les fondre ?
- Non, Harry ! Le sphinx a dit aussi que la magie était inopérante en ces lieux.
- Il a peut-être menti pour nous décourager.
- Ce genre de piège n’a rien de bien… sorcier. C’est ce qui me pousse à le croire.
- On doit se débrouiller autrement ? Les barres sont trop serrées pour se glisser entre, et…
- Trevor n’a pas été touché en passant. Pourquoi, à votre avis ?
- Il est… petit ? suggéra Neville.
- Et surtout… il n’est pas humain ! Il y a quand même de la magie ici. Ce système a reconnu un animal. Il doit être réglé pour freiner tous les intrus d’une autre espèce.
- Hermione, rassure-moi ! Tu n’as pas l’intention de…
- Si ! En chat, je parviendrai à me faufiler. J’irai plus loin et, si possible,
je rejoindrai Luna. J’ai peur qu’il ne lui soit arrivé quelque chose et que ce soit la cause du déblocage des obstacles. »
Quand Hermione prenait une décision, inutile d’essayer de l’en dissuader.
Contraints, les garçons assistèrent à l’incroyable transformation de l’Animagus. Mutin, le chat leur lança un dernier clin d’œil avant de se couler souplement entre les barreaux.
« Sois prudente ! cria Harry. »
Ils s’ennuyaient, assis par terre, adossés aux parois du couloir. De longues minutes angoissantes s’étaient écoulées dans le silence à peine troublé par les quelques coassements de Trevor revenu dans les mains aimantes de son maître. Chacun se murait dans ses pensées.
Harry avait beau être habitué aux coups de tête de Hermione, il ne pouvait s’empêcher de s’angoisser à son sujet.
« Et si elle ne revenait pas ? murmura Londubat.
- Je t’interdis de dire ça ! rouspéta Ron.
- Nous ne pouvons pas nous éterniser ainsi ! Nous aurions dû lui fixer un délai, râla Harry.
- De toute façon, on ne peut rien faire : on est coincé.
- Faux, Ron ! Il reste… le sphinx. Soit on le nourrit, soit il part chasser. Tôt ou tard, Nous aurons… de la visite. »
Cette perspective fut loin de leur remonter le moral. Harry consultait une énième fois la montre de Dumbledore quand un grincement retentit.
« La voie est libre ! hurla Ron. Elle a réussi ! »
Les barres étaient rentrées dans leur logement ; le sac de Harry retomba mollement. Le garçon s’en empara puis pressa ses amis à accélérer le mouvement.
Ils coururent tout au long du trajet, se cognant à chaque les tournants tant l’anxiété les tenaillait. S’orientant grâce au plan laissé par Hermione, il ne leur fallut guère de temps pour retourner en arrière. Ils se tamponnèrent les uns les autres en pénétrant en coup de vent dans la salle des hiéroglyphes où une surprise les attendait.
« Hermione ! s’exclama Harry. Tu es sauve. Mais…
- Pourquoi remplaces-tu Luna ? Elle avait un besoin urgent ? rit Ron.
- Luna n’est pas là ! Le crayon était par terre, et sa baguette – heureusement – encore à moitié enfoncée dans le trou ; aucune trace d’elle, répliqua la jeune fille en quittant sa posture.
- Elle… tu veux dire qu’elle a…
- Disparu ! J’ai paré au plus pressé en remettant ces objets dans les orbites afin de vous faire sortir. »
Drame ! Ils cherchèrent des traces de lutte ou autres, en vain.
« À croire qu’elle s’est évaporée ! conclut Harry, effondré. Connaissant Luna, si elle avait été agressée, elle se serait défendue, or… »
Ils débattirent longuement sur les options possibles. Ils étaient tous très fatigués et, s’ils brûlaient d’envie de retrouver leur blonde amie, ils se voyaient mal en train de parcourir le désert en pleine nuit.
« Ça ne servirait à rien de partir à sa recherche maintenant. Installons-nous ici et dormons un peu. À l’aube, nous nous mettrons en route. »
Après ces sages paroles du chef de file, ils se casèrent sur les dalles de gré poli, tentant de réparer leurs forces malgré l’inconfort.
Le petit matin les surprit courbaturés et maussades. En regrettant les tables si bien garnies de Poudlard, un frugal repas de sandwiches fut rapidement expédié avant d’émerger au dehors.
Harry avait passé une bonne partie de la nuit à réfléchir sur la meilleure façon de retracer Luna. Il espérait ne pas se tromper en exhibant la si précieuse montre de son mentor. Concentré, il vida son esprit, le fixant uniquement sur la disparue. Son poing tendu donna bientôt une direction qu’ils suivirent à grands pas.
Au bout d’un long cheminement dans le sable graveleux, laissant les pyramides dormir derrière eux, ils s’interrogèrent :
« Ne devrait-on pas voir des traces de passage ? Il n’y a rien.
- Neville, ce sol ne conserve pas longtemps les traces de semelles. Le vent qui balaie le plateau efface tout au fur et à mesure. Même si un troupeau de chameaux était venu ici, nous ne le verrions pas plus, dit Hermione, lassée.
- Une chance d’être en hiver ! soupira Ron. En plein été nous serions déjà grillés. »
Le soleil brillait haut dans le ciel d’azur où voguaient quelques nuages paresseux. Leurs provisions, suffisantes pour plusieurs jours, ne posaient pas de problème. Le seul point noir : le temps ! S’ils ne rentraient pas incessamment au château, la potion raterait ! Ils se hâtaient donc vers… l’inconnu.
Le paysage changea ; ils s’écartèrent de la plaine, rencontrant des collines pelées qu’ils grimpèrent facilement. Arrivés au sommet de la seconde, Harry se jeta par terre :
« Couchez-vous ! », ordonna-t-il dans un murmure paniqué.
Tous obéirent instantanément.
« Qu’est-ce qu’il y a ? souffla Ron.
- En bas ! J’ai vu… ou cru voir quelque chose ! »
Rampant jusqu’au rebord, Harry allongea le cou, observa rapidement, puis à reculons il rejoignit ses amis :
« Il y a une sorte de campement, tout proche. Il n’est pas très actif mais…
- Quoi ? s’énerva Hermione. Que contient-il pour que tu tires cette tête ?
- J’ai reconnu… Crabbe, Goyle et…
- Comment sont-ils sortis de Poudlard ?
- Ce ne sont pas des fils mais des pères qu’il s’agit ; Dolohov est avec eux.
- Des Mangemorts ! s’écria Hermione en se plaquant les mains sur la bouche. Anthonin Dolohov a pourtant été arrêté !
- Probable que des évasions ont encore eu lieu. Mustafa Hassan nous avait dit qu’ils rodaient dans la région : il avait raison. Se seraient eux qui….
- Auraient enlevé Luna ? Je le crains, Ron.
- Que fait-on ? On attaque ?
- Neville, il faudrait d’abord savoir leur nombre exact, et s’ils détiennent vraiment Luna, répliqua la sage Hermione.
- J’ai ma cape d’invisibilité ; je vais y aller.
- Je t’accompagne. », décréta la jeune fille d’un ton ferme.
« C’est quand même idiot, dit le père de Vincent Crabbe en déballant un poulet cuit. On n’a même pas le droit de faire du feu.
- On serait repéré. Il ne fait pas si froid que ça, répondit son homologue à l’imposante carrure.
- J’en ai ma claque de manger froid !
- S’il n’y a que ça pour te faire plaisir, rit l’autre. Incendio ! » lança-t-il en pointant sa baguette sur la volaille dorée.
Surpris, Crabbe laissa tomber la nourriture enflammée.
« C’est malin ! Elle est carbonisée à présent. »
D’une des trois tentes dressées autour d’un âtre éteint surgit Dolohov.
« Vous n’avez rien de mieux à faire que de jouer comme des gamins ?
- Ben… non ! dit Crabbe en étouffant un bayement. Et la donzelle, toujours dans les vaps ?
- T’as tapé trop fort, rouspéta Dolohov.
- Je ne mesure pas ma force, rigola l’épais personnage en arborant des poings larges comme des marteaux.
- N’empêche que t’as failli la tuer. On doit attendre son réveil. »
Occupés à palabrer, les Mangemorts ne remarquèrent pas le mouvement du panneau de toile qui s’ouvrit et se referma discrètement.
Harry et Hermione, serrés l’un contre l’autre, n’eurent aucune difficulté à trouver le corps inanimé de Luna Lovegood couché sur un lit de couvertures. Une bosse de la taille d’un œuf de poule déformait son front lisse.
« Les sauvages ! murmura Hermione. Comment allons-nous la ramener dans cet état ? »
Un instant, le garçon pencha pour le sort de réduction. Seulement… ils ne seraient que deux à devoir le crier très fort, donc…
« Il faut un moyen de la réveiller… en douceur. Inutile d’alerter les balaises du dehors.
- De l’alcali volatil, ou ammoniaque si tu préfères ; c’est souverain pour les étourdissements.
- Si elle a une commotion cérébrale, cela sera inopérant.
- Bah ! J’essaie quand même. »
Harry s’étonna à nouveau de l’ingéniosité de sa compagne. Inimaginable, ce qu’elle trimbalait avec elle ! Elle se glissa hors de la cape, ôta son sac qu’elle ouvrit. Sans chercher, elle mit directement la main sur un petit flacon qu’elle déboucha, l’approchant des narines de la belle endormie.
Après plusieurs passages infructueux, le nez de Luna se plissa étrangement. Elle secoua brusquement la tête en tout sens tentant d’échapper aux vapeurs irritantes que Hermione s’efforçait de lui faire respirer. Enfin, elle battit des paupières. Hermione éloigna le flacon qu’elle reboucha en l’empochant :
« Luna, c’est nous ! Harry est là aussi. Lève-toi, il faut partir.
- À… boire ! réclama la blonde demoiselle. »
Hermione porta une main vers sa gourde ; Luna avait déjà attrapé la sienne qui traînait à proximité. Elle but une longue rasade et soupira d’aise.
« On est où ?
- C’est un camp de Mangemorts ; nous devons filer. »
Elle terminait à peine sa phrase qu’un éclat de voix extérieure la fit pivoter vers l’entrée. Quelqu’un entrait ! Luna cria de surprise en voyant d’un côté Dolohov, de l’autre… un chat aux poils bruns hérissés de fureur.
« Tu as de la compagnie, on dirait, rigola grassement le Mangemort. Les chats étaient sacrés par ici à une certaine époque. Elle est malheureusement révolue pour toi, sale matou ! »
Il brandit sa baguette, Harry fut plus prompt :
« Stupefix ! »
Boum ! Anthonin s’écroula, entraînant dans sa chute l’ensemble d’une batterie de cuisine.
Affolé, Harry ne pensa qu’au bruit provoqué. Les deux autres ennemis ne tarderaient pas à rappliquer. Vite, une idée…
D’un geste brusque, il se dégagea de la cape qu’il jeta à Luna :
« Mets-la ! Hermione, reprends ta… »
La jeune fille ne l’avait pas attendu pour se métamorphoser et récupérer sa baguette. La toile s’arracha dévoilant le faciès ingrat de Goyle :
« Qu’est-ce…
- Petrificus Totalus ! » crièrent les jeunes gens.
Le père de Gregory se retrouva face contre terre.
Crabbe, qui devait être juste derrière son homologue, évita les deux « Stupefix » conjointement lancés. Harry et Hermione ne tergiversèrent pas, ils bondirent dehors distinguant la lourde carcasse qui s’éloignait à toutes jambes.
« Il veut monter un balai ! Empêchons-le de s’enfuir. »
En riant, ils n’eurent pas besoin de se consulter pour lancer le sort de réduction. Tel un parfait idiot, le père de Vincent contempla le mini-balai qu’il tentait vainement de chevaucher. Un double « Incarcerem » le ligota proprement.
Une fois Dolohov et Goyle solidement entravés, restait la question cruciale : que faire d’eux ?
« Procédons comme dans ta chambre à Goderic’s Hollow, recommanda Hermione.
- Tu veux les envoyer au Ministère, mais…
- La prison d’Azkaban n’est plus très sûre, manifestement. Souhaitons qu’ils sauront quoi faire de ces trois individus. »
Une bouilloire truquée en Portoloin plus tard, les Mangemorts disparurent de leur vue.
Il était temps de vider les lieux au cas où d’autres sbires de Voldemort décideraient de rallier leur campement.
Rejoignant les amis abandonnés au sommet de la colline, Harry et Hermione soutinrent une Luna défaillante durant le trajet.
« Comment t’ont-ils attaquées ? s’informa Harry.
- Je… n’en sais trop rien. Je tenais ma position, j’ai entendu du bruit dans le couloir par où on était descendu. Je ne savais plus ce que je devais faire. Si je lâchais, vous risquiez des ennuis. Ils sont arrivés et… c’est le noir total. »
Neville s’occupa gentiment de la jeune fille dès qu’il apprit ses malheurs. Par ses connaissances de la Botanique, et grâce aux mixtures apportées par Hermione, il confectionna un emplâtre qui se révéla très efficace sur le front meurtri.
« Si tu es suffisamment remise, je propose de rentrer. » dit Harry.
Tous accueillirent cette annonce avec soulagement. Comparée à ce désert grouillant de drôles de scorpions, la neige de Poudlard ressemblait au Paradis.