C’était tellement élémentaire que Harry se frappa le front.
D’un seul mouvement, tous coururent en direction de l’appentis.
Ils en débouchèrent des récipients avant de trouver le bon… enfin façon de parler puisque l’odeur vous retournerait l’estomac le mieux arrimé.
« On fait le plein ? », s’enquit Hermione.
Aussitôt dit, aussitôt fait.
« Luna, si tu veux participer, va vite chercher quelques fringues de rechange. Ron, fonce aux cuisines, obtiens une ration supplémentaire. Hermione… »
Le garçon lui sourit tendrement, elle avait déjà lancé le sort réunissant les objets nécessaires à leur équipée. Les autres ne tardèrent pas à regrouper les objets manquants. On bourra les fontes, tous s’installèrent sur la selle à rallonge.
« Fonce et décolle. », lança Harry, joyeux.
L’arrachement au sol déclencha le rire, si particulier, de Luna Lovegood ; il vibra dans l’air durant toute l’ascension du véhicule.
Harry surveillait son tableau de bord.
« Cap à l’Est toute ! » avait-il ordonné en enclenchant le turbo. Il ne pouvait se fier qu’aux instruments car avec la vitesse, la visibilité extérieure était réduite à un défilé de couleurs instables.
Selon ses estimations, ce voyage de près de 9000 kilomètres s’achèverait au bout d’une petite demi-heure de vol. Derrière lui, les passagers serrés les uns contre les autres s’abstenaient de commentaires. Il est vrai qu’avec une telle vélocité, placer un mot était assez complexe.
Quand il vérifia une fois de plus l’écran mobile entre les poignées de la moto, Harry coupa le turbo. Personne ne s’en plaignit, au contraire.
Immédiatement, Luna babilla :
« C’est super géant, ce truc ! J’adore. On est où ? En Chine ?
- Normalement, on l’a dépassée. On devrait survoler la mer du Japon, répliqua Ron.
- Qu’est-ce qu’on vient faire, ici ? On ne me l’a pas dit.
- Tu ne l’as pas demandé non plus ! Alors tais-toi pendant que le conducteur se concentre. »
Harry cherchait des repères. Il piqua un peu du nez et freina en catastrophe en rasant l’écume des flots bleutés.
« Regarde où tu vas ! rouspéta Hermione fâchée de se retrouver trempée des pieds à la tête.
- Je ne fais que ça ! Où est la terre ferme ? Il faut un endroit pour se poser, et…
- Là-bas, sur la droite, cria Luna. C’est une île, non ? »
Harry tourna la tête, et la vit. Magnifique, c’était exactement ce qu’il souhaitait : un petit coin bien tranquille, et surtout désert. Adroitement, il s’orienta vers une plage de sable doré où, en ralentissant un maximum, il parvint à atterrir en douceur.
Fulminant, Hermione sauta la première sur le sol. Elle avisa un tas de branchages secs que, d’un coup de baguette, elle rassembla en bûcher :
« Incendio ! »
Rageuse, elle ôta sa robe dégoulinante, fit apparaître des piquets et des fils auxquels elle suspendit son linge.
« On va dresser la tente, nous nous y changerons. »
Les autres s’activèrent également et, bientôt, tous furent au sec.
Luna s’étonna de la tenue qu’arborait Harry. Moulé dans un slip de bain noir, un poignard attaché au mollet, il regardait les vagues lui lécher les orteils nus :
« Tu vas nager là-dedans, à cette heure ?
- Je le dois.
- Si j’étais toi, je prendrais un de ces engins moldus… un fusil ?
- J’ai ma baguette. J’espère que ça suffira. »
Le soleil couchant irisait les rouleaux paresseux qui s’écrasaient mollement sur la grève. Harry s’avança vers l’eau agréablement tiède.
« La Branchiflore ! s’alarma Hermione. Tu l’as avalée ? »
Il l’avait en main. Comme lors du tournoi des trois sorciers, il l’ingurgita rapidement, puis résolu, il plongea.
Il n’aimait pas ça, vraiment ! La sensation d’étouffement disparut dès que les branchies s’ouvrirent sur les côtés de son cou. Si voir doigts et pieds se palmer ne lui créa pas la même angoisse que la première fois, il n’en goûta cependant aucun plaisir.
L’eau, dans sa transparence bleutée, sembla s’écarter sur son passage.
Souplement, il évolua vers les profondeurs, dérangeant ici où là des bancs de poissons argentés qui filèrent à son approche. Quel dommage de n’avoir réussi à obtenir qu’une seule portion de cette plante aux pouvoirs étonnants ; il aurait volontiers partagé cette expérience avec Ron. Au moins n’avait-il pas à redouter Strangulots ou autres êtres de l’eau. La faune, ici, était assez banale et, heureusement, paisible. D’un coup de reins il se propulsa plus bas encore, essayant de distinguer ces fameux Polypores hexagonaux que Dumbledore signalait communs dans les parages. Pourtant, à part une quantité fabuleuse d’anémones aux couleurs rosées ou blanches, il ne repérait pas l’éponge désirée.
Il progressa davantage, écarquillant les yeux à les rendre douloureux. Quelle veine, cette Branchiflore, une fois absorbée plus besoin de lunettes pour y voir clair.
Soudain, il tressaillit. Oui ! Droit devant lui, un rocher disparaissait presque entièrement sous un tapis de curieux troncs hexagonaux percés d’une multitude d’orifices par lesquels l’eau circulait. C’était sûrement ça ! Prudence, maintenant. Selon son mentor, la plante se défendrait.
Ne sachant par quel bout l’entreprendre, Harry se contenta d’un premier contact avec l’extrémité de sa baguette. Une douleur fulgurante se déclencha au long de son bras, remontant à toute vitesse en direction de la poitrine.
Très secoué par cette décharge électrique, Harry ne comprenait pas. En principe, le bois n’est pas conducteur de courant ? Cette éponge était assurément un spécimen étrange. Réfléchissant, Harry imagina toute une série de plans pour s’emparer de l’objet de son désir sans se faire électrocuter. Il ne possédait pas de gants en caoutchouc et ne connaissait pas de formule qui en créait. Peut-être que… Son poignard. Ça avait l’air idiot mais si le bois transmettait le courant, comment le métal réagirait-il ?
Presque certain de recevoir la plus forte secousse de son existence, Harry détacha son arme. Avec l’impression d’être un gamin trop curieux qui va poser ses doigts dans une prise, il effleura brièvement le végétal. Génial ! Son intuition semblait correcte ; il n’avait rien ressenti. Dépliant le petit sachet en plastique glissé dans la ceinture de son slip de bain, il s’attaqua à décramponner la plante de son support rocheux. Coriaces, ces racines ! Absorbé par sa tâche, il ne remarqua pas les ombres qui se glissaient subrepticement dans son dos.
Elles étaient gigantesques. Avec leur deux mètres d’envergure et un poids avoisinant les 200 kg, les Cyaneas déployaient majestueusement leur corolle tentaculaire, ondulant au rythme gracieux de leur respiration.
Inconscient du danger qui le menaçait, Harry bataillait ferme avec son Polypore aux six côtés.
Évitant de le toucher, il tentait de forcer sa lame entre le roc et le végétal.
Tel un fouet, un tentacule venimeux s’abattit sur son épaule. Harry se rejeta en arrière, submergé par la cuisson affolante de ce contact inattendu, lâchant son poignard pour masser l’endroit meurtri. Horrifié, il constata qu’elles étaient des dizaines, voir plus, à évoluer autour de lui.
Il n’osait plus bouger. Il le fallait, pourtant. Son arme le narguait à quelques mètres à peine. S’il voulait ce Polypore, cet outil était indispensable.
En lorgnant les méduses géantes, Harry recula lentement. Sa main tâtonnant derrière lui rencontra la poignée de cuir recherchée. Un poignard et une baguette ? Confronté à la masse mouvante qui régnait… Il fallait ruser. Se concentrant, Harry parvint à se fondre avec son environnement. Dès qu’il se sentit suffisamment invisible, il s’attaqua à nouveau à la plante rebelle. Sous l’eau, par son expérience antérieure, il savait que les sons passaient difficilement. C’était bien dommage car, là, c’est avec joie qu’il aurait lancé un « Diffendio » pour arracher cette satanée plante à son support.
Sa ténacité fut enfin récompensée. Plusieurs minutes d’effort eurent raison du végétal qu’il guida, par de petites ondulations, vers le sac plastifié.
Sortir de là ! Maintenant qu’il détenait son Polypore, il devenait urgent de rejoindre l’air libre. Traverser cette invasion de méduses géantes ne le tentait pas du tout. Pouvait-on transplaner sous l’eau ? Il n’en avait aucune idée, mais en doutait. Le liquide ralentissant les mouvements, le geste circulaire à effectuer serait amoindri, probablement inefficace.
Toujours sous le couvert de l’invisibilité, il s’éloigna du banc de méduses, tenant fermement son sac d’une main, sa baguette de l’autre. Le poignard ne lui étant d’aucune utilité contre des monstres pareils, il l’avait rangé. Nageant sur le dos afin de surveiller les animaux, il se croyait sauvé quand sa tête heurta une saillie acérée. Au nuage rosé qui remonta au-dessus de lui, Harry sut qu’il s’était ouvert le cuir chevelu.
Catastrophe !
Les requins ! Ils ne tarderaient sûrement pas. Il devait filer, et vite. Agitant ses palmes à vive allure, le garçon contourna les Cyaneas, se dirigeant droit vers la surface. Mais déjà des silhouettes inquiétantes se profilaient dans une ronde macabre, lui barrant le passage. Il était coincé !
Forçant son cerveau à ordonner ses idées, Harry brandit sa baguette sur une des formes noires :
« Sectumsempra ! », cria-t-il dans un flot de bulles.
L’effet fut instantané. De profondes entailles zébrèrent le cuir du poisson qui se débattit furieusement dans un nuage de sang. Aussitôt, ce fut la curée. Ses propres congénères se ruèrent sur le blessé qu’ils réduisirent en charpie. C’était exactement ce qu’avait souhaité Harry : que les requins s’occupent de quelqu’un d’autre que lui ! Laissant les carnassiers se repaître, il prit ses distances et creva enfin la surface. Il était temps, ses branchies s’étaient refermées.
Avec joie, il avisa la plage d’où ses amis guettaient son retour.
Hermione l’avait aperçu, elle le désignait aux autres ; tous semblaient ravis, et le saluaient gaiement de loin. Là était le hic : la côte s’étirait sur plus de deux cents mètres entre eux. Sans palmes, dans cette eau à présent pullulant de requins…
Courageusement, il se laça dans un crawl puissant.
Sur le sable, on s’inquiétait.
« J’ai vu des ailerons derrière Harry ! paniqua Hermione. Ils le pourchassent !