Ce n´est peut-être pas comme ça que beaucoup voyaient les choses; c´est ainsi que je les conçois.
Bonne lecture!
Tiens ? Un peu sonné, Harry se demanda où il était tombé lorsqu’il reconnut les divers ustensiles de cette petite pièce pimpante de propreté :
un autoclave, un meuble portant quantités de flacons, un appareil de radiographie et un grand fauteuil surmonté d’un éclairage.
Deux femmes, en blouse blanche, masquées et gantées, s’activaient autour du patient allongé sur le siège.
« Ce sera bientôt terminé, Mr Gordon. J’obture la cavité dans deux petites minutes. »
Harry s’approcha. Il regarda les gestes précis effectués par la jeune femme qui manipulait la turbine dans la bouche ouverte d’un homme de quarante ans.
« Voilà ! Agnès, voulez-vous enclencher l’amalgameur, deux doses, merci ? »
La seconde femme s’approcha d’un appareil où elle manipula la minuterie avant d’actionner la manette de côté à deux reprises. L’engin vibra avec beaucoup de bruit. Puis, l’assistante dévissa le bouchon dont elle déversa le contenu dans une petite coupelle. Elle s’approchait du fauteuil avec son mélange argenté quand une voix résonna dans des haut-parleurs extérieurs :
« Ceci est une urgence : toute personne répondant au groupe sanguin AB négatif est priée de se rendre immédiatement au niveau trois, en salle d’obstétrique. Merci. »
Harry vit la dentiste cesser toute action.
« Je suis désolée, Mr Gordon ! Je suis de ce groupe rare. Agnès, placez un pansement, j’y vais. »
La jeune femme arracha son masque et ses gants pour courir vers la porte qu’elle ouvrit en coup de vent.
Galopant à sa suite, Harry parcourut plusieurs couloirs. Il ne sut éviter les nombreux visiteurs qui le traversèrent comme des fantômes. Sans souci de cet inconvénient, il talonna le dos de la dentiste qui s’arrêta face à des portes d’ascenseur. Elle appuya fébrilement le bouton d’appel, trépignant d’impatience.
Enfin, les portes coulissèrent, Elle entra dans la cabine, Harry aussi. Leur destination était au troisième étage. Le temps de la montée, Harry détailla les traits de la jeune femme. Il tressaillit vivement, croyant reconnaître…
Mrs Granger ! Il était dans un souvenir de la mère de Hermione.
Assez désarçonné, il n’en continua pas moins son sprint derrière ce lièvre véloce.
La dentiste tambourina une porte ; une infirmière ouvrit.
« J’ai entendu l’appel : je suis AB négatif !
- Dieu vous bénisse ! », dit l’autre en lui attrapant la manche.
Harry s’engouffra dans l’ouverture, et se crut dans une salle de torture.
Tant de sang ! L’odeur l’écoeura. Il vit un médecin, la blouse trempée, s’approcher le Mrs Granger :
« Vous êtes certaine de votre groupe ?
- Absolument, mais…
- Installez-vous là ! Nous allons procéder à une transfusion immédiate. »
La mère de Hermione s’allongea sur une table tandis que l’on s’affairait entre elle et…
Harry sentit son cœur se retourner violemment. Cette femme, inanimée sur l’autre table… c’était Lily Evans : sa propre mère.
Ahuri, il assista aux manœuvres des spécialistes. Après un passage à l’alcool, le bras de Mrs Granger reçut une aiguille reliée par un long tube plastifié au bras de sa mère. Il perçut les dialogues dans un brouillard comateux :
« Vous leur sauvez la vie, Mrs Granger. Cette jeune femme, Mrs Potter, est enceinte de six mois ! Elle nous fait une hémorragie qui aurait pu être fatale sans votre généreuse intervention.
- C’est tout naturel. Je suis heureuse de contribuer ; j’ai accouché d’une une petite fille, il y a quelques mois. »
À peine cette information enregistrée, tout bascula.
Harry atterrit au beau milieu d’un salon cossu. Il détailla l’assemblée en sursautant. Attablés autour d’une table, il découvrit ses parents en compagnie des Granger. Aucun doute : ce grand jeune homme aux cheveux noirs et chaussé de lunettes, était James Potter. Par déduction, et pour l’avoir entrevu plusieurs fois à la gare et chez Gingotts, l’autre homme devait être le père de Hermione. Tous les quatre discouraient aimablement en couvant, de loin, un parc où deux bambins s’amusaient avec des cubes en plastique bleu.
Presque timidement, il s’approcha des deux enfants qui, assis sagement, s’échangeaient leurs jouets.
« Pou toi ! babilla la gamine.
- Ci ! répondit le gamin. »
Il prêta ensuite une oreille plus attentive aux propos échangés à la table des grands.
« Quand je repense à tout ce que nous te devons, disait Lily Evans en saisissant la main de Mrs Granger.
- J’ai fait mon devoir, c’est tout. Ce qui est merveilleux, c’est que nous soyons devenus amis, tous les quatre.
- De plus, Harry et Hermione s’entendent bien.
- Oui, James ! Je le disais encore hier à Mary : ils sont comme frère et sœur. »
Un silence embarrassé s’installa. Lily se mordit la lèvre, James toussa :
« Hum ! Sans vouloir abuser de notre amitié… Nous aurions souhaité, Lily et moi, … qu’en cas d’accident…
- James ! s’exclama Mary. Nous savons qu’il y a quelque chose qui vous tracasse, voire… vous menace. Nous serons toujours là, comptez sur nous !
- Merci beaucoup, soupira Lily. Notre petit Harry est si fragile. S’il nous arrivait malheur, j’aimerais que vous veilliez sur lui.
- Aucun souci ! décréta Mr Granger, sincère. Il sera ici, comme chez lui.
- Hermione semble avoir des dispositions, rit Lily en jetant un œil à la gamine qui, d’un doigt, faisait léviter ses cubes.
- Je ne sais pas d’où ça lui vient. J’étais terrorisée la première fois que je l’ai vue faire ça. Heureusement, tu m’as expliqué.
- Elle est douée ! sourit James. Ces deux-là feront une fameuses paire, plus tard. »
Harry subit un nouvel arrachement.
Le décor était à peu près identique à celui qu’il venait de quitter. S’y trouvaient Mary Granger, effondrée en pleurs dans les bras de son époux et un imposant personnage qui tenait un tas de couvertures d’où émergeait la tête d’un bambin.
« Vous êtes sa marraine, je dois vous le laisser jusqu’à nouvel ordre, dit le demi-géant en tendant son paquet aux Moldus.
- Vous… Vous le reprendrez ? Il pourrait vivre chez nous ; nous l’aimons beaucoup et…
- J’obéis à des instances supérieures. C’est tellement affreux. Ce pauvre gamin… Ses parents… si vous aviez vu. »
Hagrid larmoyant confia le paquet aux Granger avant de sortir par la porte.
Harry se regarda à l’âge d’un an. Il accompagna les Granger à l’étage où ils déposèrent tendrement l’enfant endormi dans ses couvertures près d’un petit lit sur lequel une fillette se tenait debout.
« Ri a bobo, là ? » gazouilla la fillette en pointant le front du bébé.
Machinalement, les doigts de Harry massèrent sa cicatrice.
Revenu dans le bureau, le jeune homme demeura immobile, et perplexe un long moment.
« Et alors ? dit Ron en le secouant légèrement. »
Harry se retourna vers le portrait souriant de Dumbledore.
« Pourquoi ne m’a-t-on jamais rien dit ? »
Ce fut une petite voix timide, derrière lui, qui résonna :
« Tu as du sang de ma mère en toi, Harry. Je t’ai toujours considéré comme mon frère. Je ne pouvais pas te le dire ; j’avais promis. »
Hermione, la mine coupable, se tenait dans l’encadrement de la porte.
« Oui, approuva Dumbledore, nous t’avons imposé le silence. Vos parents étaient devenus des amis très proches, mes enfants. Pour la protection des Granger, il a été estimé plus prudent d’éloigner Harry, et de le remettre à sa tante Pétunia. J’ai souvent déploré la façon dont tu étais traité chez les Dursley, Harry ; mais c’était la meilleure solution. Si vous aviez vécu ensemble, chez Hermione, vos talents de sorcier additionnés auraient pu alerter les partisans de Voldemort ce qu’il ne fallait pas risquer.
- Alors, Hagrid m’a déposé puis repris ?
- Il fallait nous organiser ; c’était un drame affreux. Tu n’es resté qu’une paire d’heures chez Hermione. Tu devais à tout prix échapper aux Mangemorts ; tu sais pourquoi. »
Oui, Harry le savait. Depuis le soir cruel où Sirius Black était mort, la révélation de son rôle l’écrasait par sa gravité : c’était lui ou Voldemort ! Il se tourna vers Hermione qui se jeta dans ses bras, l’étreignant éperdument.
« Je t’ai toujours aimé, Harry ! On m’a obligée à ne rien te révéler sur notre affinité si… particulière ; je suis désolée. Ma mère est bien ta marraine ; si tu savais ce que ça lui coûte de ne pas avoir pu te gâter comme elle le désirait. »
Ému, Harry sentit ses yeux picoter sous ses lunettes. Il n’avait plus de parents, de parrain, de mentor, mais il se découvrait une marraine et, surtout, une sœur de sang !