Je ne peux rien vous refuser... ou presque. Puisque j´ai également des paupières tombantes, voici la fin de ce chapitre.
Il y avait tellement longtemps qu’elle était apparue ; elle le terrassa. Il s’écroula à genoux sur le tapis, les mains crispées sur son crâne en feu.
« Ferme ton esprit ! Bloque-le ! Empêche-le de t’investir ! lui cria quelqu’un »
Harry, ployé sous la contrainte, ne distinguait plus rien ; grimaçant il se défendit, résista puis… s’évanouit.
Il se débattait dans des limbes opaques, incapable de se rattacher à quoi que ce soit. Son esprit dérivait, emporté dans un tourbillon descendant qui l’aspirait inexorablement. Était-ce cela, mourir ? Tout se bousculait, aucune cohérence ne l’habitait. Fatigué, il se laissa couler. Tiens ? Ses pieds reposaient à présent sur un sol élastique. Avançant prudemment, les bras tendus devant lui, il tenta de percer l’obscurité environnante. Il ne rencontrait rien. Pire qu’un aveugle perdu dans un lieu inconnu, il progressa à tâtons. Au bout d’un temps infini, un changement se produisit. Oui ! Là-bas ! Un halot de lumière s’intensifiait. Guidé par cette lueur réconfortante, Harry courut aussi vite que possible sur cette surface caoutchouteuse. Il eut l’impression désolante de voir son but s’étirer loin de lui, malgré ses efforts pour l’atteindre. Il galopa encore et fonça sur ce qui ressemblait à une porte entrouverte. Dès qu’il la toucha, elle se referma. Les ténèbres régnèrent à nouveau. Il secoua furieusement la poignée qui refusa de lui livrer l’accès. Il tambourina le panneau en hurlant :
« Je veux entrer ! Laissez-moi passer !
- Il n’est pas l’heure, résonna une voix sourde. Rentre chez toi. Tu n’as rien à faire ici.
- Je suis mort : j’ai le droit d’entrer ! Je veux voir mes parents, mon parrain et Dumbledore !
- La vérité est ailleurs. RETOURNE D’OÙ TU VIENS ! »
Une autre spirale se forma, suçant le corps et l’esprit du jeune homme qui n’essaya plus de lutter.
« Il revient à lui ! s’exclama Ginny, attentive au chevet du malade gigotant sur son lit de douleurs.
- Ce sont des spasmes, dit tristement Mrs Pomfesh. Ne vous y fiez pas. »
Elle promena sa baguette numérique au-dessus de l’être qui convulsait sous ses draps et soupira :
« 47 ! Il est perdu.
- Non ! Vous vous trompez. Il a résisté à pire que ça. C’est impossible… Il ne peut… Voyez, il a encore bougé ! »
L’infirmière ravala la boule amère qui lui traversait le gosier avant de repasser, navrée, sa sonde exploratrice. Elle tiqua, recommença fébrilement, puis s’exclama :
« Je n’en crois pas mes yeux : la température est redevenue normale ! »
Vite, elle s’activa. Par des coups de baguette précis, elle ordonna à des fioles de se mélanger, dosant chacune avec minutie. Lorsque la solution fut prête, elle l’attira d’un « Accio potion » vigoureux avant d’en forcer les lèvres du patient inerte.
Harry se débattit ; il hurla. Ginny et Hermione le clouèrent sur ses draps immaculés.
« Du calme mon am… murmura la rousse jeune fille.
- Gi… Ginny ? Hermione ? Qu’est-ce que vous faites là ? »
Incapable de contenir son émotion, sans souci des personnes voisines, Ginny se jeta sur Harry qu’elle embrassa passionnément à pleine bouche. Il ne se défendit pas, il était trop heureux pour ça.
Quand elle se redressa, rayonnante, elle avoua :
« Tu nous as flanqué une peur bleue.
- Tu reviens de loin, compléta Hermione, attendrie.
- Vous ne croyez pas si bien dire ! Mais… que s’est-il passé ? Pourquoi suis-je à l’infirmerie ? »
Un frisson d’inquiétude parcourut les filles.
« Tu… ne te rappelles pas ? Nous t’avons trouvé, plus mort que vif, dans la salle commune, jeudi soir ! »
Prêt à sauter du lit, Harry s’affola :
- On est vendredi ? Je dois réviser mon cours, je…
- Inutile de vous énerver, jeune homme ! dit Mrs McGonagall s’approchant doucement. Nous sommes samedi matin. Le professeur Slughorn a assuré le cours pendant votre… absence. Comment vous sentez-vous ? »
Harry encaissa durement cette révélation. Il avait été dans le cirage pendant plus d’une journée ? Tout ça à cause de…
La mémoire lui revint brusquement ; il se frappa le front :
« C’est lui ! Lui, Voldemort ! Il a encore essayé d’envahir mon esprit. Si quelqu’un n’avait pas crié, je me serais laissé aller. »
Tous, autour du lit, se lancèrent un œil en coin. Hermione, embarrassée, amorça :
« Tu… Tu étais seul quand nous t’avons ramassé sur le tapis devant la cheminée. Nous avons appelé Mrs McGonagall qui t’a transféré ici immédiatement.
- J’ai raté mon premier cours, s’effondra Harry retombant sur son oreiller. Le ministère va me passer un de ces savons…
- Tout est arrangé, précisa la directrice. Seule votre santé nous importe. Reposez-vous autant que nécessaire. Nous aviserons plus tard. »
Très droite, elle s’éloigna en compagnie de Mrs Pomfresh, laissant le trio commenter l’évènement.
« Ginny… Tu n’aurais pas dû…
- Cesse de jouer l’idiot, Harry ; ce rôle ne te convient pas du tout ! Tu connais mes sentiments, et…
- Je suis désolé. Il ne faut pas… »
Hermione admira une fois de plus le plafond pendant que la sœur de Ron s’efforçait de ranimer Harry… à sa façon.