Le coq chanta, éveillant toute la maisonnée. De partout, en contrebas, Harry perçut les bruissements annonciateurs de mouvements divers. Soulevant une paupière lourde, il constata l’absence de son ami qui, vu les draps soigneusement tirés, n’avait pas occupé son lit de toute la nuit.
Tracassé, le jeune homme se redressa en ébouriffant sa chevelure. Les questions se bousculaient sous cette épaisse toison en bataille, sans parvenir à s’éclaircir.
« S’il m’en veut encore, je pars immédiatement ! se dit-il en se redressant. J’irai n’importer où ; au square Grimmaurd, tant qu’à faire ! »
Une toilette rapide lui rendit le moral. Ici, on l’aimait ! Il s’était toujours senti chez lui dès l’instant où Mrs Weasley l’avait accueilli. Évidemment… Si Ron le bannissait… Cela risquait de devenir problématique. Qu’est-ce qu’il imaginait, ce rouquin ? Que lui et Hermione… ? Il aimait Hermione, oui ! Mais… comme la sœur qu’il n’avait pas eue, sans plus. D’ailleurs, cette jeune fille, quoi qu’elle s’en défende, avait plus qu’un faible pour Ron. Que l’un et l’autre ne s’en soient pas encore aperçus tenait du miracle, ou de l’absurde.
« Voilà l’idée ! se réjouit Harry en s’habillant. Si j’arrive à les réunir, finis les ennuis !»
Cinq minutes plus tard, il déboulait à la cuisine où des regards embarrassés se levèrent sur lui. Il ne vit aucune trace de Ron.
« Harry, mon chéri, as-tu une idée de l’endroit où il aurait pu…
- Papa a lancé un avis de recherche, ne t’inquiète pas M’man, dit Georges dont la gravité des traits démentait ces paroles optimistes.
- Hermione et Ginny ont dit que vous vous étiez disputés, et que Ron… avait bu. Vous auriez dû m’avertir tout de suite.
- Et ça aurait changé quoi ? soupira Fred. S’il était décidé à commettre des bêtises, rien n’aurait pu le freiner.
- Moi, peut-être, murmura Hermione qui, d’un bond, courut dans l’escalier. »
Tous perçurent ses sanglots au travers du martèlement des marches. Soupirant, Ginny quitta sa chaise, et se dirigea à la suite de la jeune fille. Harry, désarçonné, s’assit sur le premier siège à portée, risquant un œil timide vers les jumeaux qui le dardaient sévèrement. L’apparition soudaine du visage d’Arthur dans les flammes de la cheminée fit sursauter tout le monde. Molly se pencha hâtivement :
« Tu as du nouveau ?
- Il est sauf ! En mauvaise posture, mais sauf.
- Où est-il ? Peut-il rentrer ? Que…
- Il est sous inculpation de transplanage illégal en état d’ébriété. J’ai déjà parlementé avec les instances concernées, on pourra étouffer l’affaire. Ron devra se soumettre à des travaux d’intérêt public, mais il s’en tirera sans devoir subir de procès ni de séjour à Azkaban. »
Un soupir de soulagement général accueillit ces paroles. Mrs Weasley se moucha bruyamment avant de s’enquérir de l’emploi du temps de son mari.
« Je règle quelques détails puis je rentre avec Ron. Salue les parents de Fleur, de ma part, je ne crois pas être de retour avant leur départ. »
L’effigie de Mr Weasley s’effaça de l’âtre ; Molly se redressa, souriante.
« Votre père est un as pour solutionner les infractions. J’avertis les Delacour ; Harry, tu devrais manger quelque chose. »
Mrs Weasley trottina rapidement vers la porte extérieure et sortit.
Harry, le nez plongé dans son bol, n’osait lever les yeux sur les jumeaux dont il pressentait le courroux. Fred attaqua :
« Harry ! Tu as toujours été chaleureusement admis dans cette maison. Qu’est-ce qui tu as dit à Ron pour le mettre dans cet état ?
- Par ta faute, il a de gros ennuis, et papa en risque aussi ! renchérit Georges. »
Un tas de répliques tourbillonnaient dans le cerveau de Harry quand, transplanant, Hermione apparut au milieu de la cuisine.
« C’est de ma faute ! Entièrement de ma faute, alors cessez d’asticoter Harry avec ça ! pleura-t-elle en s’essuyant les yeux de sa manche. Oh, Harry ! Je te demande pardon pour tout le mal que je cause. »
Avant que le jeune homme n’ait compris, elle se jetait dans ses bras pour y sangloter de plus belle. Il la tenait contre lui, l’apaisant de son mieux quand la porte d’entrée s’ouvrit à la volée sur Arthur Weasley qui traînait derrière lui, un Ron assez penaud. Pourtant, dès que le grand rouquin vit Harry et Hermione enlacés, il les foudroya du regard :
« J’avais raison sur toute la ligne : tu n’es qu’un TRAÎTRE ! »
Harry qui, dans un premier élan fut heureux de revoir son ami, se referma mieux qu’une huître agressée. Hermione se décolla de lui pour apostropher l’arrivant :
« Tu te répètes, Ron ! Ouvre les yeux et… »
Mais, déjà, Ron grimpait l’escalier quatre marches à la fois. Hermione, peinée, semblait tiraillée entre un désir de le rejoindre et celui de rester en bas. Mr.Weasley s’assit lourdement :
« Laissez-le ruminer, dit-il, ça finira par se tasser tout seul.
- Je ne crois pas ! grimaça Harry. Le mieux que j’ai à faire, est de partir. »
Fred et Georges approuvèrent aussitôt alors qu’Hermione ouvrait des yeux ronds :
« Partir ? Pour aller où ? Tu veux retourner chez Sirius ? »
Lentement, Harry secoua la tête ; le silence d’Arthur prouvait que sa décision était la bonne.