Elle est toute rose de confusion. Elle est trop mignonne. Il ferme les yeux, n´ayant aucun mal à imaginer ce qu´il désire partager avec elle. Il aurait même l´embarras du choix, vu qu´il s´est découvert une imagination débordante sur le sujet au cours des derniers mois.
Quand il ouvre les yeux, la porte se profile sur le mur. Elle y pose sa petite main blanche. Il la recouvre de la sienne. Ils entrent dans la pièce.
Il l´enlace, l´embrasse, caresse son corps consentant. Il n´en peut plus. Il ôte leurs vêtements en l´entraînant vers le lit. Ils sont nus, leurs caresses deviennent plus précises, c´est le moment. Ses gestes sont maladroits, il tâtonne un peu, puis trouve sa place et très vite, une lame de fond l´emporte.
Serré contre elle, il savoure la sensation de bien-être qui l´a envahi. Soudain, elle n´est plus dans le lit. Il a dû s´endormir. Il se soulève sur un coude et la voit dépasser d´un des larges fauteuils qui se trouvent devant la cheminée.
"Que fais-tu ? demande-t-il.
- Je m´instruis, répond-elle d´un air mutin."
Quoi ! Mais qu´est-ce qui se passe aujourd´hui. Hermione lui fait ses devoirs et Ginny étudie, alors qu´ils ont beaucoup mieux à faire !
"Monsieur Potter, pour la semaine prochaine, vous me rédigerez deux rouleaux exposant 10 manières différentes de donner du plaisir à une jeune fille. Commentez et comparez."
Il a l´impression de recevoir un coup de poing dans l´estomac. Que veut-elle lui faire comprendre ? Elle n´a pas aimé... Il a...
"Je m´y suis mal pris ?" demande-t-il atterré.
Tout de suite, elle le prend dans ses bras, la serre contre elle.
"Oh non Harry, je plaisantais. C´était merveilleux !
- Pour moi aussi c´était merveilleux, murmure-t-il à moitié rassurée.
Elle lui brandit son bouquin sous le nez. L´illustration qu´il découvre lui fait ouvrir de grands yeux.
" Il semble que nous ayons affaire à une matière très complexe, fait-elle remarquer"
Arrrh, c´est quoi ça ! C´est une fille ? Il n´aurait jamais cru que l´on faisait ce genre de photo.
Ni qu´il existait des modes d´emploi aussi précis sur le sujet d´ailleurs. Conscient qu´il manque de connaissances dans ce domaine, il déchiffre consciencieusement les trois premières pages. Jamais un manuel scolaire ne lui a autant donné envie de mettre en pratique la leçon du jour. Heureusement, Ginny a l´air d´accord pour faire équipe avec lui.
Hein, mais combien il y en a ? Sa vision se limite à une envolée de plumes blanches. Zut, il veut voir la réaction de Ginny quand elle va ouvrir sa lettre. Il récupère le plus rapidement possible son courrier de St Valentin pour faire partir ces stupides colombes. Il jette un coup d´œil en catimini vers sa petite amie. Mais elle aussi a plein de lettres !
Une fois de plus, il regrette de ne pouvoir annoncer à toute l´école que c´est lui qu´elle a choisi. Il soupire. Au début, il s´en fichait, mais maintenant ça le rend fou de voir tous ces types lui tourner autour. Lui qui ne peut lui parler que quatre heures par semaine, comment pourrait-il lutter si un autre lui plaisait ? Bon inutile de penser a cela maintenant.
Il remarque qu´elle a mis son courrier en dessous de celui des autres. Il se demande si c´est un bon ou un mauvais signe. Il fait pareil. Avant de dépouiller la vingtaine de lettres dont il se moque éperdument, il jette un coup d´oeil à Ron. Il voit ce dernier vitupérer contre les deux missives qu´Hermione a reçues et qui ne viennent pas de lui. Il rigole discrètement. Il espérait bien ce genre de réaction en envoyant une colombe à sa meilleure amie. Il se demande qui est le troisième larron. Un courageux sans doute, car Ron fait un mètre quatre-vingt, est assez musclé et est très jaloux. Harry revient à son propre courrier. Il déchiffre rapidement les déclarations enflammées de ses admiratrices. Si elles savaient à quel point il est éloigné de l´idée qu´elles se font de lui. Une fois de plus, il s´étonne que les sentiments de Ginny aient résisté à leur intimité.
En soupirant, il coule à nouveau un regard vers elle. Elle finit justement de déplier le parchemin qu´il lui a envoyé. Elle devient toute rose et se fige. Il pense qu´elle va le regarder dans sa direction, mais non. Mais qu´est ce qu´il a fait de mal ? Troublé, il s´arrache de sa contemplation. Il en profite pour ouvrir la lettre qui vient d´elle. Elle aussi lui envoie un poème qui parle de fleurs ! Et elle a merveilleusement enchanté le parchemin : on y voit en filigrane des roses rouges en train de s´ouvrir !
Il a lui-même choisi ce thème pour la poésie qu´il a recopiée car il se rappelait son ravissement le soir du bal en découvrant le vase de roses dans le local. Elle en avait même emporté une en souvenir. C´est un bon signe qu´ils aient eu la même idée, non ? Il lui jette un nouveau coup d´œil. Elle fixe obstinément son assiette en faisant une tête pas possible. Il est désemparé. Il n´y comprend rien. Il ne comprend jamais rien aux filles de toute façon !
Il reste mal à l´aise toute la journée. Pas une fois elle ne l´a regardé. Le soir, il remarque que Ginny et Hermione ont une petite conversation. Il faut qu´il en ait le cœur net. Quand Hermione revient vers eux, il trouve une excuse pour éloigner Ron.
"Elle est fâchée, c´est ça ? Attaque-t-il.
- Hein, mais qu´est ce que tu racontes, elle était ravie au contraire. Je ne sais pas ce que tu as choisi, mais tu ne pouvais pas lui faire plus plaisir !
- C´est vrai ? Elle n´avait pas l´air très heureuse en voyant ma lettre, avoue-t-il d´un ton piteux.
- Elle était émue, pas en colère", lui explique Hermione d´un ton amusé.
Mais comment il peut s´y retrouver, lui, si elle fait la même tête dans les deux cas ?
Il l´attend devant la Salle sur demande. Il est arrivé en avance. Son idée était de décorer la chambre avec ces roses qu´elle semble tant aimer. Finalement, la prudence l´a emportée. Au lieu de concevoir lui-même la décoration, il a pensé très fort à ce qu´il désirait avant d´entrer, espérant que la magie de la salle ferait le reste. Il a entrouvert la porte. Cela lui a semblé pas mal. Maintenant, il patiente nerveusement. Encore un quart d´heure... Mais, non, la voici déjà. Elle se jette dans ses bras. C´était donc bien vrai, elle a apprécié sa carte. Une vague de soulagement le submerge. Il la serre fort contre lui puis la regarde en souriant. Il anticipe la surprise qu´il lui a préparée avec un mélange d´impatience et de trac intense.
Il la fait entrer. Cette fois, son visage reflète sans équivoque son ravissement. Elle se tourne vers lui. Il a un coup au cœur. Pourquoi se sent-il tellement heureux ? Quel est ce sentiment qui lui étreint la gorge et lui fait piquer les yeux. Depuis quand simplement lui faire plaisir lui procure ce bonheur extrême. Et la peur de lui déplaire lui glace le cœur. C´est donc ça l´amour ? Le véritable amour ? Mais comment a-t-il pu croire avoir été amoureux auparavant ?
Il ne sait pas comment lui dire ce qu´il ressent. Les mots lui semblent tellement dérisoires comparés à ses émotions. Il la serre à nouveau contre lui C´est de tout son corps qu´il lui exprime sa tendresse. Qu´il lui crie l´importance qu´elle a pris pour lui et combien il a besoin d´elle.
Et le miracle s´accomplit. Cette fois-ci, il sait qu´elle comprend ce qu´il tente désespérément de lui dire. Et qu´elle ressent la même chose que lui.
Ils sont dans la Salle sur demande. Il se sent très mal. C´est de sa faute si son oncle et sa tante sont morts. C´est de sa faute si Sirius est mort. Il ne sait que faire du mal à ceux qui l´entourent. Même avec Ginny il s´est mal conduit le mois précédent. Pourtant elle est là. Elle l´entoure de ses bras, l´écoute, le berce, lui affirme qu´elle l´aime comme il est. Comment est-ce possible ? Ne vient-il pas de lui expliquer à quel point il est mauvais ?
Il ne veut plus penser. Il veut tout oublier. Il enfouit davantage son visage dans le cou chaud de sa compagne. Elle le serre fort contre elle. Lui caresse doucement la tête. Il embrasse désespérément la chair tendre qui est à sa portée, puis ses lèvres se dirigent progressivement vers la bouche chaude et parfumée de la jeune fille. Elle se cambre, il en profite pour poser une de ses mains sur sa poitrine ronde. Petit à petit, leurs vêtements tombent sur le sol.
Quand il s´invite en elle, il est une fois de plus touché de la sentir prête à l´accueillir. Il sait que leur relation va bien au-delà qu´une simple communion des corps. Mais quand elle lui dit qu´elle l´aime, quand elle le prend dans ses bras, il y a toujours une petite voix au fond de lui qui demande : dit-elle réellement ce qu´elle pense ? A-t-elle réellement envie de l´étreindre ? Mais il sait que l´intimité de son corps ne peut mentir et il se sent toujours profondément rassuré de se sentir à chaque fois le bienvenu.
Ils reposent maintenant l´un contre l´autre. Elle lui murmure des mots doux. Il savoure l´instant présent. Il se sent mieux.
Ils sont dans la salle commune, et se sont adjugés deux fauteuils dans un coin calme de la pièce. Aujourd´hui, ses parents sont venus la voir. Il ne s´est pas senti très à l´aise quand Ron est venu lui confier que Mr et Mrs Weasley voulaient lui parler. Il se sent tellement coupable de ce qui est arrivé à Ginny. Dans un sens, il est soulagé aussi. Peut-être qu´enfin quelqu´un va lui faire les reproches qu´il mérite.
Mais non, ils lui coupent la parole quand il commence à s´excuser pour ce qui est arrivé. Ils veulent seulement savoir si ses sentiments envers leur fille sont sérieux. Il bafouille un peu, car il a toujours du mal à exprimer ses sentiments. Mais ils semblent convaincus. Ils lui disent qu´ils lui font confiance. Il se demande un peu inquiet ce qu´ils entendent par là. Ils lui disent au revoir et s´en vont. Maintenant Ginny lui demande ce qu´ils lui ont dit. Il la taquine un peu et lui fait un bref résumé de ses lamentables bredouillements.
"Je leur ai dit que je t´aimais énormément, mais que, vu les circonstances, je ne pouvais pas leur promettre de te protéger, ni de vivre assez longtemps pour t´épouser.
- Ca veut dire que si tu survis, tu m´épouseras ?"
Hein ? Il a dit ça ? Il se remémore fébrilement ses dernières paroles. Effectivement, on peut l´interpréter comme ça. Il la regarde. Elle est tellement mignonne, il y a tellement d´espoir dans ses magnifiques yeux bruns.
- Bien sûr ! S’entend-il répondre. Enfin, si tu es d´accord", ajoute-t-il après quelques secondes de réflexion.
Telle qu´il la connaît, elle est capable de lui reprocher de ne pas lui avoir demandé son avis avant.
"C´est une demande en mariage ?" insiste-t-elle.
Qu´est-ce qu´il disait !
"Mademoiselle Virginia Weasley, me ferez vous l´immense honneur de m´accorder votre main si les circonstances nous permettent de nous unir ?" s´exécute-t-il, tout en se demandant comment la conversation a pu en arriver là.
"J´en serais très honorée et très heureuse"
Elle a accepté ! Elle veut bien de lui !
Tout à coup, celui ne lui paraît pas si fou. Et pourquoi pas ! C´est possible après tout. Il peut vaincre Voldemort ! Il peut survivre et vivre avec Ginny. Il contemple sa petite frimousse radieuse. Oui, ce serait formidable !
Il vient d´arriver sur le champ de bataille. Il est résolu. Effrayé mais résolu. Il veut vivre. Il veut débarrasser le monde de ce monstre. Il y a eu trop de morts, trop de souffrance. Si c´est son destin de pouvoir arrêter tout cela, il fera de son mieux pour y arriver. Il a peur, mais il se battra jusqu´au bout.
Plus d´une centaine de personnes se dressent à ses côtés. Ses alliés. Des membres de l´Ordre qu´il connaît. Des Aurors du Ministère. Il n´est pas seul. Il peut y arriver.
Face à lui, une foule de Mangemorts, vêtus de noir, encagoulés. Et devant eux, la silhouette honnie. Cet homme qui n´en est plus vraiment un. Son ennemi. Celui qu´il doit tuer. Il est surpris de sentir qu´il n´aura aucun mal à le faire, aucun scrupule. Il n´aime pas tuer, il n´aime pas faire souffrir, ni imposer sa volonté. Mais face à ÇA, il se sent parfaitement le droit d´utiliser les trois sorts impardonnables. C´est même un devoir.
Il a un moment de panique quand son adversaire prononce une incantation. Sa cicatrice s´enflamme et il ferme les yeux sous le brusque accès de douleur. Quand il les rouvre, il se rend compte qu´il se retrouve désormais enfermé avec son ennemi dans une sphère de magie. Il est désormais seul. Il ne pourra compter sur personne. Mais il se reprend rapidement. Il s´est préparé à cette éventualité. Ce sont les termes de la prophétie.
Voldemort lui expose les termes du combat. Ils devront tour à tour se prévaloir de leur volonté de vaincre. Le vainqueur sera celui qui fera preuve de la plus grande détermination. La face hideuse est barrée d´un horrible sourire. Le sourire de celui qui est persuadé que la victoire lui appartient.
Mais Harry est bien décidé à ne pas se laisser impressionner. Il se demande : comment prouver que mon désir de vaincre est plus fort que le sien ? Comment montrer que ma volonté est plus forte que la sienne ? Quelle est ma motivation profonde ?
La victoire en elle-même ne l´intéresse pas. Il n´a jamais voulu se battre. Il aurait préféré qu´on le laisse tranquille. Pourquoi est-il là alors ? Il est là parce que la prophétie a révélé qu´il était la seule personne à pouvoir vaincre Voldemort. Il est là parce que les autres comptent sur lui. Oui, c´est ça. Il est là pour honorer la confiance que les autres ont mise en lui.
"Je veux vaincre car tel est mon devoir envers les miens !" , formule-t-il avec ferveur.
Le ricanement de son adversaire lui fait savoir qu´il a échoué. Il comprend avec désespoir qu´il n´a pas été à la hauteur de sa tâche. Il a trahi tous ceux qui avaient mis leur espoir en lui. Il l´avait toujours su. Ce n´est pas lui qu´ils auraient dû choisir.
Mais pourquoi la vision de Dumbledore, allongé sur le sol, les bras en croix, le regard fixe s´impose à lui ? La certitude du décès de son mentor est trop forte pour que ce soit une illusion. Et il sait, au plus profond de lui-même, que c´est lui qui l´a tué par les paroles qu´il vient de prononcer. C´est le vieil Albus qui l´a imposé comme champion contre les forces du Mal. En se montrant incapable d´honorer sa confiance, Harry a signé son arrêt de mort.