chapitre V : La vie continue
Le premier semestre commença sur les chapeaux de roues. Ginny et ses camarades s´étaient retrouvés enfouis sous une avalanche de devoirs et de conseils de travail acharné pour préparer leurs ASPICs. Par ailleurs, le Quidditch avait pu reprendre et Ginny avait été nommée capitaine de l´équipe de Gryffondor. Il lui avait fallu trouver un attrapeur et un gardien de but pour remplacer Ron et Harry.
Enfin, la jeune fille avait dû faire face à son statut de Petite amie du Survivant. Comme ce dernier n´avait toujours pas fait de réapparition publique, beaucoup venaient s´enquérir auprès d´elle de la véracité des supputations les plus fantaisistes qui étaient proposées par la presse.
Trois semaines après la rentrée, elle s´était aperçue qu´elle n´était pas enceinte finalement. Bien qu´elle ait beaucoup craint les conséquences d´une éventuelle grossesse, elle avait éclaté en sanglots à l´idée de ne pas porter l´enfant de Harry. Elle était restée morose pendant plusieurs jours. Heureusement, elle avait pu confier ses peines à Kat qui, après lui avoir reproché d´avoir gardé pour elle ses angoisses de maternité, avait trouvé les mots pour la consoler de sa déception finale.
Ginny avait profité de l´occasion pour expliquer à son amie que les choses n´étaient pas roses pour Harry. Cela n´étonna pas Kat outre mesure, car elle avait bien senti que Ginny cachait quelque chose, même si, par délicatesse, elle s´était jusque là abstenue de s´enquérir de ce qu´il en était.
Evidemment, Ginny ne lui dit pas tout. Elle se borna à lui dire révéler une partie de la vérité : que le combat contre Voldemort avait laissé des séquelles psychologiques au jeune homme dont il se remettait difficilement. Là encore, Kat fut à la hauteur et redonna un peu de courage à Ginny.
De son côté, Kat avait ses propres soucis. Elle était amoureuse. Sérieusement cette fois ci, spécifia-t-elle.
"Qu´est-ce qui te rend si sûre ?" demanda Ginny.
Kat était en effet très populaire et changeait fréquemment de chevalier servant. A chaque fois, elle se disait séduite, amoureuse, mais cela ne durait pas longtemps. Par contre, elle avait la faculté de rester en bons termes avec tous les Apollons dont elle faisait son quotidien.
"Eh bien... il est pas très beau, ni très musclé...
- Oui, c´est un signe ! Opina Ginny qui se mordait les joues pour ne pas rire. Et qu´est ce que tu aimes bien chez lui ?
- Il est sérieux, franc, gentil, on peut compter sur lui, continua Kat.
- C´est une bonne raison d´être amoureuse, l´encouragea son amie.
- Mais je crois qu´il en aime une autre, conclut piteusement Kat.
- Tu es sûre ? Il sort avec elle ?
- Non, mais elle est déjà avec quelqu´un et lui, il est super timide avec les filles, alors ça veut rien dire.
- Kat, si tu ne me dis pas de qui il s´agit, je ne peux pas te dire ce que j´en pense !
- Tu ne te moqueras pas de moi ?
- Bien sûr que non !
- Et bien c´est... Colin.
- Colin Crivey ? demanda Ginny en ouvrant de grands yeux
- Je le savais ! Tu penses que je suis une idiote hein !
- Mais pas du tout, il est très bien, Colin !"
Ginny ne mentait pas. Elle s´était toujours bien entendue avec lui et trouvait que c´était un garçon très sympa. Par contre, elle ne savait pas si ce dernier était de taille à tenir le choc face à sa fougueuse conquête. Car s´il savait être impulsif et enthousiaste, il était assez fleur bleue dans ses relations avec la gent féminine.
- Et il est sensé être amoureux de qui ? S’enquit-elle.
- Comme si tu ne le savais pas. De toi bien sûr !
- T´es pas un peu folle ! On est amis, c´est tout !
- J´ai bien vu qu´il t´avait envoyé une lettre pour la Saint Valentin, l´année dernière !
- Et alors ! Nico m´en avait envoyé une. Et Neville aussi ! Quant à Harry, il avait écrit à Hermione. Tu vois, cela ne veut strictement rien dire.
- Si tu l´avais vu quand tu as été attaquée. Il était dans tous ses états !
- Kat, toute la classe était bouleversée. Même Sophia et Arthémis sont devenues gentilles avec moi, après."
Kat sembla sensible à cet argument.
"Cela fait combien de temps que tu t´intéresses à lui, s´enquit Ginny.
- Depuis le jour où tu t´es fait attaquer justement. Quand il a vitupéré contre Goffroey Hooper. Cela m´a donné une nouvelle image de lui. En l´observant par la suite, je me suis rendue compte que, sous ses dehors un peu chien fou, il était vraiment sérieux. Cela m´a touchée. Et puis... il a une personnalité attachante. Il est toujours prêt à rendre service, il est très bon en classe... Et puis, je ne sais pas pourquoi, à chaque fois que je le regarde, j´ai envie qu´il me prenne dans ses bras"
Ça, Ginny comprenait. Elle avait ressenti la même chose pendant des années avec Harry. Que pouvait-elle faire pour Kat ? Elle était certaine que même si Colin était intéressé, il ne se déclarerait jamais : vu que Kat sortait habituellement avec des gars beaucoup plus beaux et trois fois plus baraqués que lui, il l´avait sans doute classée dans les filles inabordables. Devait-elle aller lui demander ce qu´il pensait de son amie ? Ginny préférait s´abstenir. Si Kat avait raison et que Colin avait des sentiments pour elle, cela n´allait que compliquer la situation.
Et puis après tout, elles n´avaient plus quatorze ans. Elles avaient passé l´âge d´envoyer leur copine demander à un garçon s´il voulait sortir avec elles.
- T´as qu´à lui dire, c´est tout !
- Ça ne va pas ! ! Si je ne l´intéresse pas, il ne voudra plus me parler !
- Au moins tu seras fixée ! T´as la trouille ?
- C´est facile à dire pour toi ! D´ailleurs, j´y pense, tu ne m´as jamais dis comment cela avait commencé entre toi et Harry !
- Justement ! Je l´ai pris entre quatr´z´yeux et lui ai proposé d´être sa petite amie.
- Et il a dit oui ?
- Non ! Il a dit qu´il n´était pas amoureux de moi, et qu´il allait réfléchir.
- Oh l´horreur ! Et après ?
- Il m´a évité pendant dix jours puis il a dit que finalement il était d´accord. Mais il ne m´aimait pas à ce moment. Il me trouvait mignonne, c´est tout. C´est après que les sentiments sont venus. Quand nous avons appris à mieux nous connaître.
- Il t´a quand même fait un chouette cadeau de Noël !
- A ce moment là, cela faisait trois mois qu´on sortait ensemble.
- Quoi ! Vous étiez ensemble depuis la rentrée ?
- Plus ou moins !
- Vous avez bien caché votre jeu !
- On n´avait pas le choix."
Kat revint à son propre problème.
"Tu as raison finalement. Au pire, je me prends un râteau. Cela ne peut pas être plus pénible que maintenant.
- Avant de te déclarer, tu devrais peut-être t´arranger pour prendre l´habitude de travailler avec lui. Histoire de l´habituer à passer du temps avec toi.
- Tu penses qu´il va me jeter, hein ?
- Mais non ! Simplement, en y repensant, je réalise que si Harry a finalement accepté, c´est qu´on s´était dit pas mal de trucs le mois précédent pendant son séjour au Terrier et qu´on avait tissé une certaine complicité. C´est sans doute ce qui lui a donné le courage d´essayer."
C´est ainsi que Kat, forte de la collaboration involontaire de l´équipe enseignante, se lança à corps perdu dans leur montagne de devoirs, proposant régulièrement à Colin d´étudier avec elle.
Au bout d´un mois, Ginny vit venir à elle un Colin légèrement hagard. Comme il semblait vouloir lui parler, elle lui proposa une petite promenade dans le parc qu´il accepta avec reconnaissance. Ils avaient presque fait le tour du lac quand il se décida enfin à se lancer.
- Kat, elle aime bien faire des blagues ?
- Euh, ça dépend. Comme tout le monde, je pense. Tu crois qu´elle t´en a fait une ?
- Je... j´ai pas dit ça. Je veux dire... est-ce qu´elle aime bien faire croire des trucs aux gens ?"
Arggh ! Lui avait-elle fait sa déclaration ? Comment répondre, alors qu´elle ne savait pas où ils en étaient ces deux là ?
"Eh bien, une fois elle m´a fait croire pendant dix minutes que mes yeux avaient changé de couleur après que Rogue m´ait obligé à ingurgiter une potion, mais, tu vois, rien de bien méchant."
Le jeune homme reprit pensivement sa marche silencieuse.
"Vous travaillez pas mal ensemble, depuis quelque temps ?" , reprit Ginny, qui voulait en avoir le cœur net. Après tout, cela faisait un quart d´heure qu´elle se pelait dans un vent glacial, elle avait droit d´en apprendre un peu plus quand même !
"Oui, je me demande bien pourquoi !
- Cela te déplaît ?
- Non bien sûr !
- Alors où est le problème ?
- Pourquoi tient-elle autant à travailler avec moi ?
- Pourquoi ne voudrait-elle pas ?
- Arrête Gin, je sais bien que je ne suis pas comme cela !
- Comme cela quoi ?
- Je sais bien que je ne plais pas tellement aux filles...
- L´important ce n’est pas de plaire aux filles, mais de plaire à la fille qui te plaît. Elle te plaît ? demanda Ginny, trop dévorée de curiosité pour s´en tenir à sa résolution de ne pas s´en mêler.
- Bien sûr !"
Et voilà ! Encore un qui trouvait ça évident ! "Si tu ne le lui dis pas, elle ne peut pas le deviner !
- Pourquoi elle ne me plairait pas ? Elle est jolie, drôle, intelligente et... sa voix mourut quand il se rendit compte qu´emporté par son enthousiasme, il avait plus ou moins dévoilé ses sentiments.
- C’n’est pas à moi qu´il faut le dire, mais à elle ! Remarqua Ginny.
- Tu crois que cela lui ferait plaisir ? Contre-attaqua-t-il
- Je ne sais pas, elle ne m´a rien dit", mentit Ginny, bien décidée à ne pas lui faciliter davantage la tâche.
Mais vu le sourire qu´il arborait, il était évident qu´interprétait très favorablement leur petite conversation.
Quoiqu´il en soit, une semaine plus tard, Kat et lui firent sensation à la table des Gryffondor en arrivant main dans la main dans la Grande Salle pour le dîner. Ginny dût attendre que son amie monte se coucher pour savoir le fin mot de l´histoire.
"Alors ?
- Il est tellement mignon...
- Je m´en fous de ça... Comment il te l´a dit ?
- Eh bien voilà, on était en Divination. On revoit les bases tu vois, pour nos ASPICs. Bref, aujourd´hui, c´était la lecture des feuilles de thé. Je faisais équipe avec Colin, quand Trelawney est arrivée, a regardé dans la tasse de Colin et a dit ´Oh ! Quelle jolie tasse ! J´y vois une belle jeune fille ! Vous allez faire une conquête, Don Juan !´ . Et elle est partie en gloussant. Alors Colin s´est tourné vers moi, et il a dit : ´J´espère que c´est de toi dont il s´agit. Alors j´ai répondu en regardant ma tasse : ´Moi je vois un jeune homme blond. Tu crois que c´est un signe ?´ . Colin a laissé tomber sa tasse qui s´est cassée, moi je suis parti d´un fou rire nerveux, du coup la vieille chouette nous a mis dehors. Et voilà !
- Je ne comprends pas, répondit Ginny, qui réussit à grand peine à garder son sérieux pour prendre l´air étonné. Si vous avez été renvoyés du cours, comment avez-vous fait votre compte pour arriver en retard pour le dîner ?
- Oh, on avait des trucs à se dire, éluda Kat, qui ne puit réprimer un sourire satisfait.
- Vous avez dû beaucoup parler ! Ironisa Ginny.
- Les sentiments élevés se passent de paroles, fit sentencieusement remarquer Kat, avant que les deux jeunes filles n´éclatent de rire.