Episode 2 : LE FOND DE L’AIR EST FRAIS
Lycée Marie Curie, région parisienne.
Une heure de permanence pour la 1°S6, M. Patinard s’étant fait excuser, à l’hôpital depuis les complications de son étouffement aux rillettes lors du discours encore récent du Président déchu Nico. Sophyr, Neko, Gofter et Nico sont observés du coin de l’œil par un jeune pion fraîchement recruté, probablement pas encore aguerri et d’un autoritogramme frisant le zéro absolu. Pendant que Gofter use les nerfs de Sophyr, en lui montrant son freestyle-tournage d’effaceur avec les doigts, Nico dévore purement et simplement Neko du regard. Il s’était récemment entiché de la timide jouvencelle. Un simple regard, l’espace d’une seconde, lui avait subitement fait comprendre qu’il en était réellement amoureux, et qu’il devait trouver à tout prix un moyen de conquérir le cœur de cette fille. Nico entamait justement un dialogue à voix basse avec son précieux cerveau, en solo.
Le cerveau : Allez, vas-y, tu vois bien que c’est le moment, c’est tout juste si le pion ne s’est pas endormi !
Nico : Ben, nan, tu vois bien que les circonstances ne sont pas idéales…
Le cerveau : Allez, vézy, vézy, vézy, vézy !
Nico : OH, TU ME BOURRES AVEC TES VEZY !
Le cerveau : Oh, t’as entendu ça, la vessie ?
La vessie : Ouais !
…
Bon, écoute, KEKE007, ce n’est pas que je ne saisisse pas la plaisanterie, mais, la prochaine fois, j’aimerais que tu m’assistes un peu moins dans les gags.
…
Le cerveau : Et moi, je te dis que tu vas y aller et lui dire, juste en sortant. Allez, dis oui.
Nico : Beuh…
Le cerveau : Dis oui et je t’envoie une décharge d’endorphine.
Nico : Bon, d’accord…
…
Nico : AAAaaaah…
Un quart d’heure plus tard, la cloche sonnait la courte pause de l’après-midi. Nico prit son courage à deux mains et s’approcha timidement de Neko.
Nico : Eum… Neko…
Neko : AAAAAAAH ! Ah, nan, c’est toi, Nico. Préviens-moi quand tu passes à l’improviste.
Nico : Eum… Je me suis dit que…
Neko : Oui, je pourrais tracer un cordon sanitaire entre nous deux pour que t’arrêtes de me postillonner dessus en cours ? Oui, ça, c’est bon, j’étudie la question.
Nico : Nan, pas ça, je…
Neko : Quoi ?
Nico : Je… Gargl…
Neko : Nico, tu ne vas tout de même pas mourir au milieu de la cour ? C’est d’un bohême !
Nico : Neko, je crois que j’ai un petit sentigrtfjkhbnrt…
Neko : Tu peux répéter, Nico, j’ai rien compris ?
Nico : Je dis que j’ai un petit… Sentigrtfjkhbnrt…
Neko : Mais j’entends rien de ce que tu dis !
Nico : JE DIS QUE J’AI UN PETIT SENTIGRTFJKHBNRT !
Neko : Oh !
Nico : Gnihé…
Neko : Et, ça fait longtemps que tu as ce petit sentigrtfjkhbnrt pour moi ?
Nico : Ben, en fait…
Neko : Parce que bon, hein… Heum…
Zoom sur le cerveau de Neko.
Le cerveau de Neko : Bon, j’ai quoi dans ma liste d’excuses-râteaux ?
- « J’’taime bien comme copain… » Nan, trop classique…
- « C’est une blague ? » Nan, trop sadique…
- « Ben, je suis pas prête pour ce genre de choses… » Nan, pas crédible...
- « J’ai pas envie de te tuer, mais je le ferai… » Nan…
Bon, tant pis, je vais sortir le râteau-joker à deux francs six sous…
Neko : T’es comme un frère, pour moi, tu vois ?
Nico : OH NON ! J’AI EU LE PIRE DE TOUS ! Tu m’aurais mis la tête dans une poubelle que ça aurait pas été pire !
Neko : J’avoue, j’avoue. Excuse, c’est mon interface neuronale conceptuelle qui est un peu rouillée…
Nico partit à moitié sanglotant vers les toilettes. Il s’arrêta net devant la porte fermée à clef, munie d’un écriteau signalant que le précieux Graal était fermé en raison de nombreuses dégradations. Nico, hors de lui, enfonça la porte, mais ressortit aussi sec, fait probablement dû au déferlement d’eau stagnante qui manqua de noyer le lycéen.
Nico : Beuh… Ca doit être la pire journée de ma vie… Manquerait plus que…
Boops sortit de nulle part en hurlant à tue-tête.
Boops : CE GOUVERNEMENT PRETEND…
Nico lui balança un dictionnaire d’anglais à la figure avant de s’asseoir contre le mur, désespéré. Gofter fit irruption dans le couloir, portant un regard attristé sur son pote.
Gofter : Ben kékivapa ?
Nico se leva brutalement et lui asséna un violent coup de poing. Gofter se releva. Il ne pouvait plus ouvrir l’œil droit.
Gofter : NICO, TU VIENS DE ME FAIRE QUOI, A L’INSTANT ?
Nico ne répondit rien et se retourna.
Gofter : Mon vieux, si tu continues avec ce comportement, tu finiras… Tu finiras comme…
Boops : CE GOUVERNEMENT PRETEND…
Gofter : Comme ça ! Pauvre type, tu me fais plus pitié qu’autre chose.
Nico : Dégage.
Gofter : Je t’aurais jamais cru capable de ça.
Nico : Dégage.
Gofter : Pfouy.
Nico : DEGAGE !
Gofter : C’est ça, mais je n’en pense pas moins.