M. Patinard : Merci. La mécanique quantique est une matière qui ne touche pas à la physique, mais à la métaphysique.
Sophyr s’évanouit à l’annonce de cette phrase grammaticalement simple, apportant une concession, mais linguistiquement légèrement plus complexe qu’une phrase sortie de la bouche du commun des mortels.
Nico : A vrai dire, monsieur, j’ai rien compris non plus…
M. Patinard : Mais vous, c’est normal.
Nico : HEY !
Gofter : Nan, mais monsieur, là, je crois qu’il parle au nom de toute la classe…
M. Patinard : Bon, très bien, Nico, expliquez-moi les mots que vous ne comprenez pas dans cette phrase.
Nico : « Métaphysique » ?
M. Patinard : Science qui n’analyse pas la réalité en elle-même, mais les informations que nous pouvons en recevoir.
Nico : Bien. « Physique » ?
M. Patinard : C’est la matière que nous étudions en ce moment.
Nico : Et « La » ?
M. Patinard : Déterminant, article défini de genre féminin, induit une idée d’unicité du nom déterminé.
Nico : Mouais, bon, je comprends pas encore tout, mais ça va se décanter.
L’inspecteur, au fond de la classe, griffonnait furieusement sur son carnet.
M. Patinard : Bon, maintenant, bous permettez, mais je prends une grande inspiration. Mmmmmpf !
…
La mécanique quantique est une science qui ne considère ni le « oui », ni le « non », mais le « peut-être ». Elle est née dans les années 1930, et induite par Albert Einstein, lequel reniera plus tard cette science trop confuse pour lui. Les plus grands scientifiques l’avouent eux-mêmes : « Personne ne comprend la mécanique quantique ». Exemple suprême censé contrer la théorie, le Chat de Shrödinger. Le savant en question avait proposé d’imaginer un chat dans une boîte opaque, de sorte à ce qu’aucun observateur ne puisse voir le chat. A l’intérieur de la boîte, un dispositif contenant une barre de plutonium radioactive reliée à un fusil. La barre de plutonium a une chance sur deux de se désintégrer et par conséquent de tuer le chat par l’intermédiaire du fusil. La quantique soulève alors le fait que tant que personne n’a ouvert la boîte, il n’y a pas d’observateur et le chat se trouve donc dans un état superposé, c’est-à-dire à la fois mort et vivant. D’autres applications de la quantique mettent en œuvre le fait qu’on ne peut pas déterminer en même temps la position et la vitesse d’un électron, ainsi ce dernier se trouve à plusieurs endroits en même temps, ou que le futur puisse influencer le passé. Cette mécanique ne s’applique pas à notre échelle, puisque n’importe quel corps, par exemple une table, est composé d’une quantité trop importante d’atomes pour créer des états superposés et ainsi faire du monde une énorme absurdité. La quantique a servi à prévoir le comportement des atomes et ainsi à créer le laser et autres inventions d’aujourd’hui. C’est donc une science que nous savons utiliser, mais que nous ne comprenons pas, d’où paradoxe.
A la manière d’un Gad Elmaleh du dimanche, le professeur empoigna alors une énorme bouteille d’eau et la but d’un trait après cette tirade. Sophyr devait être dans un coma profond, tandis que Nico tentait de régler son cerveau à l’aide d’un coton-tige. Le reste des élèves se contentait d’afficher une expression d’effroi absolu.
M. Patinard : Bon, j’imagine que je dois expliquer à nouveau ?
Neko : Croyez-moi, même la neurochirurgie n’y changerait rien, monsieur…
L’homme : Désolé, mais j’aperçois dans la circulaire que vous ne devez pas ré-expliquer le cours aux élèves.
M. Patinard : Mais c’est complètement stupide !
L’homme : Pas moi qui fais les règlements. Il est aussi écrit que vous devrez faire un DS coefficient 3 sur le chapitre dans les 72 heures après le cours.
M. Patinard : Mais QUI a rédigé cette loi ?
L’homme : J’en sais rien, et je m’en fous. C’est l’heure de la fin de mon service, je dois aller pointer.
M. Patinard : Comment voulez-vous pointer ici, monsieur ?
Un surveillant fit irruption dans la salle avec une horloge pointeuse sous le bras.
Le surveillant : Euh, monsieur l’inspecteur, on m’a envoyé ça par Chronopost, il est écrit que vous devez pointer…
L’homme : Voyez comme le système est rodé.
M. Patinard : Mum.
Le surveillant : Ah, et Nico, dans le bureau du directeur, on va te faire passer des tests de QI avant de statuer définitivement sur ton sort.
Nico : D’OH !
L’homme : Sur ce, je m’en vais.
L’inspecteur claqua la porte. Quelques fractions de seconde plus tard, il la rouvrit en souriant sournoisement.
L’homme : A plus taaaaaard….
CLAP !
M. Patinard : Bon, et bien, il reste dix minutes avant la sonnerie. Je vous propose de fixer le plafond en effectuant une rotation lancinante des pouces de vos mains entrecroisées et posées sur votre table.
Une ambiance étrange imprégnait la salle de classe…
Dix minutes plus tard, vers la sortie du lycée.
Sophyr : OuAhA eH CRARRi J’Ai RieN…
Neko : Oui, nous aussi on t’aime, Sophyr.
Gofter : Une chose me perturbe dans toute cette histoire… A mon avis, les gars de l’Assemblée devaient bien savoir que les lycéens ne comprendraient strictement rien à cette notion… Pourquoi avoir fait promulguer cette loi ? Il n’existe pas de chapitres vraiment incompréhensibles en physique !
Un silence de mort s’installa.
Gofter : Oui, enfin, techniquement…
Nico : En tous cas, je propose une action sociale pour faire renverser les choses !
Neko : Tu crois qu’on écoute les lycéens, franchement, Nico ?
Gofter : Ouais, regarde ma collection de bleus acquis au cours de manifestations qui n’ont rien donné. Ca, c’est un bleu par les CRS pour la Loi Fillon… Ca, c’est un bleu pour la même loi, mais par des sales kaïras qui voulaient casser du jeune sans raison…
Nico : Bon, d’accord…
Gofter : Ah, tiens, cette cicatrice, c’est après un coup de matraque pour la loi du CPE…
Nico : CA VA, CA VA !