Une demi-heure plus tard, Nico, Neko, Gofter et Sophyr attendaient fébrilement le décollage à l’intérieur de l’avion.
Neko : J’ai imaginé un itinéraire à partir de Bombay. Théoriquement, on part en direction de… Nico, qu’est-ce que tu fais ?
Nico : Bmfen mfemfalume mfume mflopfe.
Sophyr : Il s’allume une clope, tenta-t-il de prononcer en tenant sa cigarette entre les dents pour frimer.
Nico : Tva Gvmeule.
Irradiance : Désolé, monsieur, ce vol est non fumeur.
Sophyr : IRRADIANCE ! Comment ça va depuis Dossier M 3 ?
Irradiance : Ben, mon mari infidèle est mort, je suis sortie avec son meurtrier, j’ai sombré dans l’alcool, j’ai de graves problèmes avec mon fils homosexuel, et je flirte maintenant avec un membre des Obsédés Sexuels Anonymes. Enfin bon, j’ai vendu le scénario de ma vie à une chaîne de télé américaine, c’est déjà ça. Je sais pas ce qu’ils ont en fait…
Gofter : Et toujours hôtesse de l’air ?
Irradiance : Comme tu le vois. Boulot rébarbatif mais agréable. Le plaisir sadique de voir la tête dégoûtée d’un passager qui déballe le plastique de son plateau-repas composé par la compagnie aérienne a quelque chose de jubilatoire. Bon, je vous laisse, on m’appelle pour effectuer la tâche la plus saoulante de mon métier.
Irradiance enfila un gilet de sauvetage et commença à agiter les bras sous les explications d’un steward à l’accent asiatique à couper du couteau.
Neko : Ah, le drame des hôtesses.
Sophyr : A qui le dis-tu. STEWARD ! DES CACHUETES ! CA FAIT UN QUART D’HEURE QUE J’ATTENDS !
Cinq minutes plus tard, l’avion décolla et se perdit dans un ciel crépusculaire sombre. Quelques heures après, l’ensemble des passagers tentait de trouver le sommeil.
Gofter : Nico ?
Nico : Mfff ?
Gofter : Tiens, regarde ça, ça me fout hors de moi.
Gofter désigna Sophyr, qui dormait profondément sur son siège archi-raide, en travers, la tête posée sur l’affreux petit accoudoir métallique.
Gofter : COMMENT IL FAIT ? Des années que je prends l’avion, et je ne peux pas fermer un œil ! Et ce blaireau dort à merveille depuis le décollage ! Je parie qu’il se réveillera à l’atterrissage ! Je déteste ce type ! JE RAGE !
Nico : C’est comme ça, il y a des monstres… Calme-toi, tu peux aller à la boutique Duty Free, si tu veux…
Gofter : Derrière, là-bas ?
Nico : C’est cela même.
Gofter se leva et se dirigea lentement vers l’arrière de l’appareil.
Gofter : Ca doit être là…
Gofter tira un rideau et tomba nez à nez avec Irradiance.
Irradiance : Salut !
Gofter : Heu, ouais, salut. Y’a des trucs convenables à manger dans cette boutique ? Je crève de faim ! J’ai rien pu avaler, votre poisson était infâme et même la compote contenait des résidus d’os non identifiés ! Pitié ! Y’a quoi ici ?
Irradiance : Chips à la crème fraîche, esquimaux au soja et raisins secs.
Gofter : Je vais craquer.
Irradiance : Désolé, monsieur, notre politique alimentaire est rigoureuse, et nous…
Gofter lança un regard atterré.
Irradiance hésita un peu, souleva une plaque encastrée dans le mur et désactiva le microphone qui était à l’intérieur.
Irradiance : Bon, euh, si tu gardes ça pour toi, j’ai un pot de Nutella caché sous le siège 23 B.
Gofter : T’avais pas pire comme cachette ?
Irradiance : Te plains pas, avant c’était sur une des roues du train d’atterrissage.
Irradiance souleva le rideau et désigna un homme corpulent, qui ronflait bruyamment en faisant des bulles dans son sommeil.
Irradiance : Bonne chance.
Gofter : Beuh…
Gofter se faufila lentement vers le siège de l’homme. Parvenu à destination, il tourna la tête des deux côtés et se baissa dans un concert de craquement d’os. Il extirpa lentement le pot de Nutella du dessous de siège et se releva, triomphant.
Un bruit électronique se fit entendre.
« Buuuuy… Nous allons traverser une zone de turbulences, veuillez regagner votre place et attacher vos ceintures… »
Les lumières s’allumèrent immédiatement, ce qui eut pour effet de réveiller certains passagers au sommeil léger. Jamais un couloir d’avion ne parut aussi long à Gofter, qui se rua vers sa place. Mais les passagers avaient flairé la ruse.
« Hey ! Regardez ! De la vraie nourriture ! »
« Dégagez, c’est pour moi ! »
« C’est trop beau ! »
« I want this ! Get out ! »
Les passagers se ruèrent hors de leurs sièges et se précipitèrent vers Gofter, qui fut rapidement enseveli sous les corps déchaînés avides de nourriture. Le pot de Nutella roula lentement sur le sol hors de la ruée et partit cogner contre les pieds d’un steward au regard sévère. Il se nommait Max.
Max : QUI… A APPORTE… CECI ?
La masse de personnes se retira d’un coup, laissant au milieu de l’allée un Gofter sonné.
Max : GOFTER !
Gofter : Maaax ! Comment ça va ?
Max : QU’EST-CE QUE C’EST QUE CETTE BOUFFE ?
Gofter : Heu… Ben tu connais, le truc au chocolat que t’en prends vingt cuillères et que tu te sens coupable…
Max : Ce type de cochonnerie est interdite sur nos vols. Tu connais la sentence dramatique réservée aux contrevenants.
Gofter : Ah ! Je te préviens ! Pas de violence ! Ou… Mets-moi en situation !
Une ombre menaçante glissa sur Gofter.
Quelques heures plus tard, Gofter était enfermé dans une caisse dans la soute à animaux de l’avion.
Un perroquet : La Nintendo Wii va rrrrrrrrrrévolutionner le jeu vidéooooo !
Gofter : Ta gueule…
L’avion atterrissait à Bombay peu de temps après. Gofter retrouva le reste du groupe à l’intérieur de l’aéroport.
Nico : Alors ?
Gofter : Ne laisse aucun objet tranchant à proximité ou je ne réponds plus de rien.
Irradiance déboula parmi les jeunes.
Irradiance : GOFTER !
Gofter : Ouais…
Irradiance : Tu as endossé la responsabilité du pot de Nutella pour moi !
Gofter : Ouais, ouais…
Irradiance : Et tu as passé tout le voyage dans la soute à animaux avec le perroquet de Shigeru Miyamoto…
Gofter : Ouais, j’me disais aussi.
Irradiance : Il t’a pas rendu dingue ?
Gofter : Nan, il m’embêtera plus, maintenant… Burp.
Gofter se tapota le ventre.
Irradiance : S’il y a quoi que ce soit que je peux faire pour toi, je…
Gofter : Oh, mais…
Irradiance : Si…
Gofter : Beuh…
Irradiance : Bipe-moi sur mon portable et je viendrai. Je tenais vraiment à ce boulot.
Gofter : J’y penserai.
Neko : Euh, Gofter, on va y aller, maintenant ?
Irradiance : A la prochaine !
Gofter : Z’est za…
Neko : GOFTER !
Gofter : J’arrive, j’arrive…