- Et vous avez fait quoi ? demanda Jane.
- On est revenus ici... C´était la seule chose à faire... Quelle conne ! Pourquoi j´ai oublié qu´il avait l´antidote, pourquoi ! se lamenta Jamila.
- Et... et tout a vraiment pété ?
- TOUT ! cria Jean-Luc. On a fouillé partout, y compris dans ce qui restait de l´allume-cigare ! Que dalle !
- Quoi ?? ? Un allume-cigare ?? ??
- Bah quoi ? Il ne savait pas que fumer nuit gravement à la santé...
- SURTOUT dans une voiture de course ! insista Jane.
Les trois amis se trouvaient dans le bureau, avec Jack X. Le corps mourrant de Jean Mrsxj était allongé, immobile, et pourtant on entendait encore quelques très faibles battements de coeur, pendant les longs silences qui laminaient de tristesse cette pièce chiante à souhait...
- Aaaaaaaaah j´viens de comprendre ! Remarque c´est peut-être pour ça qu´il y a autant de crashs sur les circuits automobiles ! conclut Jean-Luc.
Et, soudain, paf, d´un coup, comme ça, d´une manière aussi imprévisible que le second tour de 2002, on entendit une grande inspiration, tel un plongeur qui vient de regarder le Seigneur des Anneaux sous l´eau et sans interruption...
C´était Jean.
Jane se précipita aussitôt sur lui, lui demandant si ça allait bien, s´il voulait quelque chose, enfin tout ça quoi !
- Bizarre... Comment a-t-il fait pour survivre ?? murmura Jamila aux deux autres gars qui s´étaient rapprochés d´elle.
- Hmm... il y a un spécialiste des extra-terrestres, dans la boîte... raconta Jack X. Un mec qui a bossé au Mibe...
- Le aim hi bai vous voulez dire...
- C´est bien ça Jean-Luc...
Quelques minutes plus tard, après que Jack X ait quitté la pièce et que Jane ait déclaré moult choses assez choquantes et touchantes en sanglotant sur l´épaule d´un Jean sacrément content d´être revenu à la vie, ledit Jack X revint avec unn mec habillé qui avait un costard et des lunettes noirs.
- Alors comme ça, Jack X, vous dites qu´il a été piqué par un Zblorg...
- Bah oui, enfin c´est vous qui avez déduit que c´en était ! Vous en êtes sûr ?
- Les Zblorgs sont les extras les plus pieux de toute la galaxie, et vu leurs témoignages, ils avaient l´air sacrément culs-bénits... Tiens, en parlant de cul, vous n´aviez pas dit que leur crâne en vait la forme ?
- Si, monsieur... répondit Jamila à la place de son supérieur.
- C´était bien des Zblorgs ! conclut l´homme en noir. Etant donné qu´il n´y a que deux remèdes à une piqure de Zblorg... Dites-moi Mademoiselle... commença-t-il en observant le couple allongé sur le bureau, vous êtiez bien seule avec Monsieur Mrsxj lors des dernières heures ?
- Euh... oui. Oui, pourquoi ? demanda Jane en essuyant ses larmes.
- Qu´avez-vous fait pendant ce temps ?
- J´ai attendu !
- Vous n´avez rien fait d´autre ?
- Non !
- Rien du tout ?
- Non !
- Ne lui auriez-vous pas, par hasard, roulé un patin astronomique ?
C´est alors qu´un lourd silence s´intalla.
- Moi ? Mais, je... enfin...
- Ne mentez pas. L´empoisonnement de Monsieur Mrsxj ayant eu lieu il y a plusieurs heures, il devait se trouver en phase quasi terminale. Et sachez, ma petite dame, que le poison de Zblorg, après avoir pénétré dans tout le corps pour le contaminer, se concentre dans les lèvres et la bouche pour exterminer la salive, qui est son seul obstacle possible dans tout le corps...
Seul, donc, un fournissement d´une salive venant d´un autre corps permet de lutter contre le liquide mortel. J´en conclus à nouveau, donc, que vous avez embrassé (probablement avec la langue) l´empoisonné, et que ça devait être vachement vigoureux, étant donné que Monsieur Mrsxj était en phase quasi terminale et que la quantité de poison devait être énorme à ce moment-là...
Il y eut un nouveau silence qui vit la couleur du visage de Jane passer du blanc nacré au rouge sang en passant par le vert pistache...
- Il y a déjà eu une histoire comme ça, au Moyen-Âge. Un Zblorg s´était cassé une griffe qui a dérivé jusqu´à la Terre, où une femme l´a trouvé et (allez savoir pourquoi) s´en est servi comme fuseau pour sa machine à coudre... Une minette s´est piqué le doigt avec, et boum ! Par terre ! Un boy band de l´époque lui a roulé un patin quelque temps après, comme vous, et la fille est bien sûre sortie de la léthargie dûe au poison...
- Mais, c´est... c´est stupide ! s´écria Jane, encore rouge.
- Je reconnais que l´auteur aurait pu trouver un dénouement scénaristique moins gratuit - surtout qu´il a largement eu le temps, l´enfoiré ! -, mais bon, que voulez-vous, mademoiselle !
- Au fait, murmura tout doucement Jean à l´oreille de la mademoiselle, pour la contrepétrie, il faut inverser les sons "L" et "K" à la fin de "Jean-Luc"...
- Bon. J´y suis.
Le lendemain, Jane était devant un immeuble chic de Paris. Elle parlait à ses trois nouveaux amis, venus la soutenir.
- Oh, allez, vas-y, quoi ! Courage ! scanda Jamila.
Jane appuya sur l´interphone.
- Oui ? C´est... C´est toi Clara ?
- Oui, ce... c´est moi, répondit Jane.
- Je... je t´ouvre... ma fille.
Jane, en montant les escaliers, n´arrivait pas à bien réaliser ce qui ce passait. Elle allait rencontrer sa famille. Eux la connaissait. Elle non. Ni elle-même, ni eux.
ça faisait tellement bizarre... Depuis combien de temps avait-elle disparu dans la nature ? Depuis combien de temps leur souvenir était-il parti de sa tête ?
ça allait être quelque chose, sûrement. Champagne, émotion, pleurs, contacts... Elle allait réapprendre quelle était sa vie maintenant... Et si sa famille ne voulait pas de Jean ? Non, c´était impossible... Impossible !
Jane était à présent arrivée devant la porte de l´appartement. Numéro 56.
Elle l´ouvrit. Lentement...