TEST : LE BUS MAGIQUE EXPLORE L’ OCEAN, PC.
Eum… Bon, qu’est-ce à dire ? Vous venez d’acheter un nouveau pécé et l’on vous refile une cargaison de… Heum… D’espèces de programmes informatiques ressemblant à s’y méprendre à des softwares ludonumériques rudimentaires. En principe, le corps humain est électriquement neutre, mais vous sentez comme une répulsion ineffable face à ces ersatz de programmes dont le seul dessein est de plomber votre disque dur de fichiers à 5 Giga la douzaine, ou, pire encore, de flinguer votre précieuse machine à l’aide d’un virus soi-disant « égaré » dans les méandres de ces pestes informatiques. Et je sais de quoi je parle, il y a de cela quelques années, une de ces daubes freewariennes m’a tout bonnement pulvérisé ma carte vidéo, dézinguant le système de couleurs en deux temps, trois mouvements. Il s’agissait très probablement de Megarace, dont j’aurai peut-être la possibilité d’en reparler.
Mais bon, quid de toute cette bouillie informatique, quand vous avez neuf ans et que vous êtes du genre à vous éclater sur des nullités dans la veine de Monster Truck Madness, ou à rejouer vingt fois à la même démo foireuse d’un simulateur de labyrinthe ?
Tiens, de plus, vous êtes un bon téléspectateur de France 3, ou de Canal J, au choix, et vous appréciez énormément la mixture criarde et gnangnan à base de dessins animés de seconde zone qu’on vous sert, tous les soirs, en sortant de l’école, à l’heure du goûter, devant la télé, cliché, quand tu nous tiens… Parmi ce panel, Le Bus Magique, une série animée éducative qui a connu un grand succès sur lesdites chaînes. C’est à son adaptation épique sur PC que nous allons nous intéresser, un bien grand mot, dans ce test.
« Assieds-toi bien sur la banquette-eu, installe-toi sans hésiter, hop-là ! »
Ca y est, vous venez d’installer le jeu, et, à partir de dorénavant, vous avez signé un pacte avec le Diable. La musique niaise du générique est là pour vous le prouver, dès le lancement. Tiens, c’est bizarre, mais tout à coup, vous vous rendez compte que vous n’auriez pas dû installer cette horreur. Et oui, dans trois mois, c’est votre anniversaire, vous allez avoir dix ans, mais le démarrage du jeu est déjà un mini-rite de passage à l’âge adulte. Finalement, vous ne savez pas si vous appréciez suffisamment la série pour l’unir à votre cher didi par les liens sacrés de la ROM, mais c’est déjà trop tard.
Le jeu consiste en une chasse au trésor à travers l’océan afin de retrouver un coffre mystérieux, au moyen de trois indices fondamentaux. Les fans seront ravis de revoir l’ensemble des marmots consistant la classe de Mademoiselle Billentête, l’instit énervante, qui ne manquera pas de vous épauler de par ses conseils avisés, et surtout, de vous faire la morale relou typique des jeux éducatifs, « ne pollue pas l’eau », comme si vous étiez considéré comme un gros lourd sans aucun respect pour sa planète.
Vous démarrez sur la plage où s’est arrêté Le Bus Magique, toujours égal à lui-même, c’est-à-dire ringard et primesautier, et l’on vous demande de ramasser les déchets que des gens peu scrupuleux ont laissé ici. Youpi, on va alors atteindre des sommets de gameplay, puisque vous vous apercevez avec horreur que le jeu est bel et bien un Point and Click, ou un jeu avec le minimum d’animations où vous vous contentez de vous déplacer de tableau en tableau en cliquant nonchalamment sur tout ce qui bouge, ou même ce qui ne bouge pas. Un style de jeu qui plaît s’il est alors suffisamment prenant, mais ce n’est pas le cas ici, ne rêvons pas. Donc, vous vous mettez à ramasser des packs de canettes en plastique, vous savez, les trucs de bière Kro que les tortues prennent stupidement pour une nourriture potentielle (à mon avis, il y a dû y avoir des touristes allemands bien beaufs que ça ne m’étonnerait pas). Mais oui, vous avez devant vous le premier simulateur de NETTOYAGE MUNICIPAL ! GIGA ! De plus, vous ne savez pas pourquoi, mais vous restez au moins une demi-heure sur ce tableau car votre tortionnaire de prof se complaît à vous dire qu’il en reste encore un peu, là, dans le coin. Usant. Heum, vite, achevez-moi ça, qu’on entre dans le vif du sujet.
Vous voici maintenant sous l’eau, le Bus s’étant transformé en yellow submarine entre temps. Vous décidez alors d’entrer dans le véhicule et vous apercevez notre fameuse Lise, le lézard qui pue, mascotte de la série ! Ah, on l’avait oubliée, celle-là ! Ne rêvez pas, elle est toujours aussi inutile. Vous cliquez un peu partout, puisque ça vous saoule déjà, et assistez à des mini-expériences comme la démonstration de la profondeur de la Fosse Des Mariannes, le tout accompagné d’une voix-off pourrie à en pleurer. Mais profitez, vous êtes censés vous cultiver ! Déjà exténué, vous passez dans la salle des machines. Oh, un gros bouton rouge ! Vous cliquez dessus et assistez à l’une des scènes les plus navrantes de votre vie : un vieux bruit de klaxon inutile, qui change à chaque nouveau clic. Mi-nable. Bon, déprimé par l’incroyable vide d’intérêt que représente cette salle, vous mettez cap sur vos lieux de mission, afin de poursuivre votre quête.
Et pendant tout le jeu, ce sera pareil : du cliquage au pif, des mini-jeux nazes, comme rechercher du plancton au milieu d’une forêt d’algues, des scènes cinématiques que vous reverrez soixante fois à chaque fois que vous effectuerez une action, des environnements soporifiques et des animations repoussant les frontières de la niaiserie. Intérêt zéro.
Dernier niveau, vous devez trouver le coffre au trésor. On vous explique rapidement un système de radar sous-marin permettant de le trouver, et c’est la première fois de votre vie que vous ne comprenez pas ce qu’un jeu pour gosses veut vous expliquer. Track’n’field style, vous vous mettez alors à cliquer 537 fois sur la souris, dans tous les coins du tableau, pour finalement trouver le coffre à un endroit où vous étiez déjà passé 143 fois. Ici se trouve la fin du jeu : vous ouvrez enfin le coffre et… Vous recevez un diplôme lamentable vantant les mérites de votre exploit ! C’en est trop : vous avez perdu une heure de votre temps pour boucler le soft (oui, vous êtes d’ailleurs étonné par cette durée de vie rachitique, bien que le jeu soit bien pour votre âge, c’est stipulé sur la jaquette) et l’on vous récompense par CA !
C’est déjà trop, une heure, c’est deux épisodes et demie des Simpson, un de 24 H, deux tiers de film, une partie de Monopoly, une dose de jeuxvideo.com… Mais vous buvez la coupe jusqu’à la lie, tel un Socrate vidéoludique. Vous effectuez le traditionnel bilan de fin de test. Design fidèle au dessin animé, d’accord, mais tous les éléments 3D sont minables. Animation absente, vous êtes sur un point’n’click. Bande-son pourrie, les bruitages sont à vomir. Intérêt : néant, les mini-jeux proposés vous humiliant carrément face à vous-même.
Voilà, soyez fier de vous, vous avez, en un mot comme en cent, pulvérisé votre temps à jouer à cette espèce d’absurdité, qui vaut à peine 4/20, objectivement, et vous vous rendez compte qu’il aurait fallu rajeunir de six années, pourtant, vous n’avez que neuf ans, pour s’amuser avec ça. Félicitations ! Nan, sérieusement, ça pourrait être pire, le seul témoin à vous avoir regardé jouer, c’est votre chat Mistigri. C’est bizarre, il vous fuit, depuis, il s’est même déjà servi de vos vêtements comme litière. Ca doit être le rut.
Daxtex