TEST: RATCHET ET CLANK, PS2
Râcketékoi? Ah, ce titre aura fait bafouiller quantité d´adultes inexpérimentés... Insomniac dévoilait la première image du jeu à l´E3 2002, fier de son nouveau rejeton. Un développeur ô combien talentueux à qui l´on devait le célébrissime Spyro, ami intime de Crash Bandicoot... Cependant, son projet pouvait laisser songeur, à l´époque. Après tout, la série des aventures du dragon violet pouvait inquiéter les fans quant à la capacité de renouveau de l´équipe... Les deux suites, très bonnes, ne surfaient-elles pas bien sciemment sur la vague du magnifique premier épisode? Un drôle d´animal à fourrure brandissant fièrement le futur Dévastateur Gadgetron accompagné d´une espèce de figurant métallique... Bizarre autant qu´étrange...
Et bien, Insomniac a prouvé au monde entier que la petite équipe amie des grands Dogs savait, et pouvait révolutionner la vision de la plate-forme.
Oui, n´ayons pas peur des mots: Insomniac a littéralement mis les pieds dans le plat et a craché le morceau, le condensé de tous les idéaux ludonumériques qu´il nourrissait depuis sa création et ses jeux de shoot antiques, jusqu´à ces fameuses années 2000, pourtant représentatrices même du manque de renouveau du domaine vidéoludique.
Ratchet et Clank fait partie des trois sagas qui ont lancé le concept de la plate-forme " bâtarde " , avec Jak and Daxter et Sly Racoon. Et, même, si j´osais, je dirais même que c´est ce jeu précis qui a enclenché le processus. Après tout, Jak and Daxter premier du nom n´avait-il pas été comparé maintes et maintes fois à Zelda, Banjo-Kazooie ( Enguy, rassieds-toi! ) et autres? Tandis que Ratchet et Clank n´a jamais trouvé d´équivalent... Du moins jusqu´à la sortie de Jak 2 et la confirmation du choix risqué d´Insomniac. Naughty Dog a réellement sauté sur l´occase... Si, si... De la plate-forme avec armes. Il fallait le faire. Oser déranger le sacro-saint genre que l´on prêtait à Monsieur le grand et magnifique, et autres qualificatifs lèche-bottes, Miyamoto San! Le transformer en délire d´armes et d´humour décapant! Les plus croûtonneux voyaient déjà le déclin de la plate-forme avec l´apparition de la 3D. Sans doute y avait-il vraiment la volonté chez Insomniac de fermer définitivement et à quadruple tour le clapet de ces conservateurs aveugles et alterprogressistes.
D´où l´importance du pavé jeté dans la mare des jeux vidéo par Insomniac, plus connu sous le nom de... Ratchet et Clank.
Ratchet est un Lombax. C´est une espèce d´alien à fourrure qui n´est pas sans rappeler nos fameux... Bah non, je n´arrive même pas à trouver d´équivalent terrien. Preuve que l´équipe a réellement fait preuve de recherches quant au héros. On aurait pu choisir la facilité... Prendre une belette, par exemple... La cumuler avec une loutre... Mouaim, et le tour est joué! Oui, sur ce côté-là, Insomniac a damé le pion à Naughty Dog sur le plan de l´originalité. Il est mécanicien et rêve de vivre de grandes aventures interstellaires, mais reste cloué sur sa planète, Veldin, à tenter désespèrément de décoller vers de nouveaux et lointains horizons...
Clank, quant à lui, est un minuscule robot né d´une erreur de programme d´une fabrique destinée à un plan démoniaque visant à détruire la galaxie.
Ouatch! Un robot? Bravo Insomniac! On a pas plus impersonnel comme personnage!
Oui, c´est légitime de penser cela. Et je suis sûr que c´est l´arrière-pensée qui a traversé l´esprit de tous les joueurs du globe. Mais l´équipe a réussi à lui créer une vraie personnalité, intello mais dragueur, naïf mais calculateur... Un réel boosteur de cinématiques, qui réservera bien des surprises au fil de l´aventure...
Mais bon, assez de ronds-de-jambes, après cette scène de début explicative mais intéressante et captivante, on se lance dans le jeu. La première chose qui frappe le joueur est la beauté de l´environnement. La planète Veldin, pourtant l´une des moins belles du soft, captive instantanément de par sa grandeur et ses démonstrations techniques. Un début de matinée... Le soleil joue avec les ombres... On veut continuer.
Deuxième chose, qui ne frappera peut-être pas de suite mais progressivement au fur et à mesure de la quête, c´est la bande-son, absolument excellente. Une chose très rare pour un jeu de plate-forme, la musique étant normalement un pur accessoire de meublement sonore dans ce style de jeux, hélas souvent délaissé par les développeurs... On a ici de véritables oeuvres musicales, orchestrées, rythmées, peaufinées, synthétisées avec amour par un vrai pro... Et ceci restera d´ailleurs le label de qualité made in Insomniac tout au long de la série, avec des planètes comme Pokitaru, Todano, ou même le vaisseau Phénix du troisième épisode! Comme quoi, l´équipe n´a pas lésiné sur les petits détails, qui font la différence entre le bon p´tit jeu sympatoche et le hit magnifique.
Le gameplay se révèle être assez accrocheur et novateur, l´arme étant littéralement au centre du système de commandes, c´est-à-dire la touche " O " , qui révèle la littérale cassure avec le gameplay d´antan, le traditionnel Carré-Croix, Attaque-Saut... Du coup, le joueur ne considère plus l´arme comme un gadget mais littéralement comme une partie du corps du personnage, sans pour autant tomber dans le bourrinage excessif et basique... Merveilleux!
Ben tiens, parlons-en des armes! On n´a jamais vu un arsenal aussi délirant. De l´Attrape-Nigaud qui attire les ennemis dans les pièges les plus sournois, au Morpho-Rayon les transformant en poulets ( ! ) , le joueur en quête de renouveau est servi. Leur design est très diversifié, du petit Gant A Bombes au colossal T´Eclater La Tronche, le lance-missiles le plus puissant de la galxie, on a un réel effort d´imagination et d´harmonie de l´arsenal, sans pour autant tomber dans la caricature excessive... C´est du tout bon chez Gadgetron, que certains verront même comme un pastiche de multinationale véreuse actuelle...
Les gadgets font partie aussi des grands renouveaux imposés par Insomniac. Et c´est en effet une nouvelle extension de gameplay dont fait preuve ici le développeur, avec ce classique Swingueur et cet hilarant Holodéguiseur, grimant l´utilisateur en robot empoté et nigaud! Voilà pour la révolution de gameplay qu´a effectué la firme dans ce genre que l´on croyait sur le retour.
L´interface de planètes à visiter, sans être pour autant magnifiquement originale, se défend parfaitement, en phase avec le scénario et laissant une liberté de choix. Tiens, je vais faire cette planète-ci avant l´autre, elle me paraît mieux... Des petites libertés, des petits riens, qui laissent tout de même un petit sentiment de liberté non négligeable au joueur. Sympa.
Passons maintenant au point favori des fans: le scénario. Sans être pour autant aussi révélateur de virtuosité que celui de Jak 2, il impose le respect du fait de ses excellents personnages, notamment le méchant de l´histoire, Drek, ô combien charismatique, drôle et sournois... Un vrai méchant marrant comme on les aime. Manipulateur, sadique, mais si hilarant! Et ce Capitaine Qwark, neuneu par excellence, pur faire-valoir de ce dernier, si débile, si drôle de par son visage d´empoté, de gros nigaud!
Les scènes cinématiques sont des bijoux d´humour burlesque.
" Ce soir, sur Blarg TV! L´évènement que vous attendiez tous! L´anéantissement total de toute une planète! Assisstez à la puissance, à la destruction, et au néant qui s´ensuit! "
" Vous êtes mes troupes d´élite! "
Et trois débiles posant superbement, pendant que l´un se gratte les fesses et que l´autre le frappe violemment au visage...
Mon Dieu, mais c´est vraiment, vraiment trop drôle! Rien n´est pris au sérieux et le jeu fait figure de magnifique et énorme trip universel, qui ne peut laisser personne indifférent. Personne. Ce sera l´autre marque de fabrique d´Insomniac. Magnifique. Superbe. Les mots me manquent.
Un délire qui durera d´ailleurs longtemps, le temps d´une bonne durée de vie à la difficulté bien dosée et de différentes quêtes, tels les Points de Compétence ou les Boulons en Or!
Voilà, et bien, on a à peu de choses près fait le tour de Ratchet et Clank. Cette magnifique révolution de la plate-forme actuelle...
Un 18/20 pour ce réel divertissement, ce réel chef-d´oeuvre... Le jeu-trip existe, je l´ai rencontré.
AL 2005