TEST : CRASH TAG TEAM RACING, PS2.
Je n’ai jamais été sur la même longueur d’onde que les testeurs de Jeux Vidéo Magazine, il m’est même parfois arrivé de douter de leur compétence et même de leur utilité au sein de la communauté des critiques ludonumériques. Sans vouloir trop cibler mon pamphlet, à moins que cela ne soit déjà fait, je pense que le petit monde des magazines de jeux vidéo est au point mort et stagne de manière très inquiétante. Mais bon, je vous avais déjà fait part de mes sentiments à ce sujet dans un article du Daxter Planet, si je me souviens bien. Je m’explique : à deux doigts d’acheter ce douzième jeu estampillé Crash depuis la création du marsupial, un doute m’assaille en lisant la diabolique revue dans un obscur tabac de gare. Ignorant la règle d’or de conduite chez un détaillant de magazines, à savoir ne pas lire les journaux sur place sans les acheter, je me rue sur le test de Crash Tag Team Racing et découvre une note décevante de 11/20. Après un bref coup d’œil au test, je retiens qu’aucun argument valable n’a été sorti pour justifier cette note moyenne. Deux éléments rachitiques sont donnés : « Des courses bordéliques », et « Un humour pipi-caca ». Un doute m’assaille alors, comme je viens de dire plus haut…
Pire encore, très, très récemment, dans un élan de bonté suprême, je décide d’acheter un numéro de Joypad, autrefois magazine référence, totalement dénaturé depuis son changement de maquette et d’équipe de testeurs. CTTR s’y est vu gratifié d’un 4/10 sans aucun argument, expédié dans un paragraphe de dix lignes, exposant que « la maniabilité et l’intérêt ne suivaient pas ». Si, si, c’est la seule chose qui est donnée comme justification, pas d’exemple, pas d’explication, juste un moyen suggestif de dégoûter les potentiels fans d’un jeu qui ne mérite absolument pas un flingage pareil.
Mais rassurons-nous, une fois de plus, le bon sens et la mise en pratique ont triomphé du vulgaire article de bas étage. Mais laissez-moi vous expliquer…
Crash Tag Team Racing est le troisième jeu de course de la saga Crash, après un Crash Team Racing sublimissime, qui reste toujours au Panthéon des meilleurs jeux de tous les temps, oui, oui... Et un Crash Nitro Kart très moyen, qui aurait pu titiller les sommets s’il n’avait pas été cruellement flingué par une inertie crispante et une lenteur exagérée. Le jeu, s’il reste globalement honnête, se révèle être l’opus le moins bon de la série. On était en droit de s’inquiéter face à ce CTTR, donc… Mais, je parie que le joueur normalement constitué ne va perdre son temps à spéculer sur la qualité du titre pendant autant de temps, c’est pourquoi je rentre dans le vif du sujet, promis.
Le jeu démarre dans une musique débilitante à souhait. La scène cinématique place le scénario, qui n’éclate pas des ronds de chapeau, c’est sûr, mais reste tout de même assez drolatique. Crash et toute la clique principale de la saga (Coco, Crunch, Cortex, N.Gin, et Nina) sont ici dans un gigantesque parc d’attractions. Le directeur du parc, un cyborg allemand à moitié fou (on est en plein dans le cliché : casque à pointe et références culinaires très typiques, mais qu’est-ce qu’on se poile) nommé Von Clutch, demande expressément à la bande de retrouver une précieuse Gemme d’Energie Noire, celle-ci faisant office de cœur dans son organisme mécanique, qui vient d’être volée. Il s’agit de la retrouver avant que le robot ne claque cruellement dans un râle d’agonie long et douloureux. Ceci n’est que prétexte à fouiller le parc, bien entendu, en récoltant d’autres gemmes de moindre importance qui débloqueront d’autres mondes au fur et à mesure du jeu.
Ici se place le premier atout du titre : l’alternation des phases à pied et en voiture. Les deux coexistent sans se neutraliser, sans que l’un n’empiète sur l’autre. Vous devrez fouiller les environnements si vous voulez dégoter de nouvelles caisses, par exemple, et ne pourrez pas avancer d’un pouce si vous êtes très mauvais aux phases de course. Un double gameplay qui apporte plus de profondeur qu’il n’y paraît au titre, révélant un soft à deux visages : la vieille école avec la recherche perpétuelle d’objets, la progression initiatique à pied, et le délire pur et simple avec la course proprement dite. Parlons-en, justement, du gameplay. Si celui de Crash à pattes a été légèrement simplifié par rapport aux précédents volets, on retiendra que celui des phases de course est devenu bien plus universel, c’est-à-dire accessible à tous. On peut analyser ce choix de deux façons : d’un côté, le titre acquiert un capital sympathie plus poussé auprès de la masse des néophytes, mais perd de sa personnalité jouissive, en comparaison avec CTR et CNK. Le système du R1 pour le dérapage, de l’accumulation des turbos dans un virage, de la suspension après une bosse… Tout cela a disparu. C’est un pan entier de gameplay qui disparaît, toute la dimension « moto-cross »… A la place, une jouabilité bien plus classique, avec seulement un système de dérapage et d’accumulation de turbos, automatique ce coup-ci, par la touche Carré dans les virages serrés. Mais ne vous attendez pas à des courses monotones sans sensations… Car ici réside la force de Crash Tag Team Racing : le principe de fusion entre les véhicules. Okay, on dira qu’on a déjà vu ça dans Mario Kart Double Dash, mais l’idée se trouve être ici très bien reprise, quoique même améliorée, avec un système de tir par tourelle très défoulant. A tout instant, vous pouvez fusionner avec un autre véhicule et vous allier temporairement, jouissant de deux armes et d’items spéciaux qui peuvent mettre un véhicule hors-jeu d’un seul coup : vache, piano, sous-marin et autres réjouissances. Il devient alors indispensable de fusionner pour gagner, sous peine d’être très, très vite distancé. De toutes façons, le joueur a l’embarras du choix, au total, 28 combinaisons sont possibles. Il est bien sûr possible d’échanger les places du conducteur et du tireur à chaque instant, mais vous vous rendrez vite compte que l’ordinateur est loin d’être un Nitros Oxide au volant, et il vous faudra parfois contrôler vos folies meurtrières pour prendre le volant et récupérer la place de leader convoitée. Très vite, le jeu accroche de par cette interface de tir et de pilotage. C’est très hypnotique, il devient assez difficile de décrocher. On pourra peut-être reprocher un système de pilotage trop indulgent… En effet, les courses sont vites bouclées… Mais l’envie de recommencer se fait plus pressante que jamais. On en parle, et on a envie d’y rejouer. Le pouvoir de fun apporté par le soft est sa force principale, et on ne va pas s’en plaindre. L’atout premier d’un jeu n’est-il pas de divertir ?
Le jeu n’a pas à pâlir face à un Mario Kart au niveau du design et de la technique : c’est du Crash, donc du délire en barre. Des couleurs chatoyantes, un parc d’attractions immense et magnifiquement représenté, des cinématiques irréprochables, et une envie certaine de forcer le joueur à flâner dans les spots… Côté technique, c’est irréprochable : pas le moindre ralentissement, pas la moindre chute de frame-rate dans des courses qui débordent de vitesse et d’effets visuels d’explosions et de désintégrations en tous genres. Chapeau. Pour la première fois d’ailleurs dans la saga Crash, on a affaire ici à un certain tour de force technique : le parc grouille de monde, de quidams en tous genre qui ne demandent qu’à raconter leur vie où à déblatérer des insanités sur vous dès que vous vous en prenez à leur fragile organisme. L’ambiance s’en trouve d’ailleurs fortement améliorée. C’est le premier épisode de la saga où l’on ne se sent pas « tout seul », Crash n’est plus seul au monde, enfermé dans des Warp Rooms ou dans de touffues forêts vierges. Crash est un type qui voit du monde, qui a une réputation et qui développe des relations spéciales avec les personnages secondaires. Mais ne débordons pas sur le terrain de l’humour, qui bénéficiera de son propre petit topo. Les environnements sont bigarrés, et le design se met au service des gags interactifs disséminés un peu partout dans le jeu. Les gags…
Une quarantaine de moments comiques en tous genres sont à débloquer dans le titre. On retiendra les Die-O-Rama, de petites situations amusantes, où Crash décède de toutes les manières possibles, réservées avant tous aux fans des multiples morts du bandicoot. Crash Bandicoot 3 vous avait comblé de par son humour noir inégalable ? Et bien, sans titiller le génie de Naughty Dog, on a ici de quoi passer de bons petits moments à se fendre la poire devant l’écran, voyant Crash se faire écraser par un distributeur de cannettes, éjecter par l’un des deux poulets servant de présentateur télé du tournoi, dévorer par un T-Rex sanguinaire et bien d’autres situations sanguinaires à souhait. Bien sûr, on aura également droit à des voitures supplémentaires, des améliorations d’armes, de nouveaux costumes… Du classique, c’est sûr, mais du sympa. L’humour se trouve être d’ailleurs omniprésent dans ce titre, digne successeur de Crash Twinsanity sur ce point. Entre les répliques désespérées des personnages génériques frappés à tort et à travers dans le parc (« Tiens ? Je ne savais pas que les os pouvaient prendre cette forme… ») aux vannes hilarantes des personnages en course (« Qui sera le Maillon Faible ? », ou encore Cortex desespéré : « Pourquoi moi ? Je suis trop mignon ? »), le jeu reste toujours très divertissant. Les cinématiques sont bourrées de gags en tous genres. On notera d’ailleurs les doublages français excellents, avec un Cortex au top de sa forme et deux poulets-présentateurs totalement déjantés. Seule ombre au tableau : quelques gags scatologiques de temps à autre, mais on ne déborde jamais dans l’humour très gras bien lourd. Ce florilège de vannes fusant en tous sens ajoute à l’ambiance survoltée qui se dégage déjà du titre, la meilleure tactique pour gagner des points d’affection auprès du public.
La durée de vie est conséquente. Si la quête de la Gemme D’Energie Noire se termine relativement vite (deux jours pour un fan, un bon joueur ou un drogué), la quête des 100 % se révèle titanesque, le soft recélant 147 cristaux à trouver, éparpillés à tous les endroits possibles et inimaginables. Le mode Arcade (habilement glissé dans le mode Multijoueur) dispose de ses propres caractéristiques et exige un bon nombre de courses et de pèze pour une bonne partie entre potes. Bien sûr, la course n’est pas la seule alternative : de nombreux autres modes sont présents, comme le Crashinator (course bourrine où le but est de dézinguer le maximum d’obstacles sur la route), l’Anneau de Vitesse (un Contre la Montre déguisé), et de nombreuses arènes de combat où vous pourrez casser du CPU en masse. De quoi en avoir pour son argent.
Et justement, là réside un autre grand atout du titre : il n’est qu’à 45 €. Soyons francs, pour sa qualité, il aurait mérité un bon 60 €, mais l’offre est ici plus qu’alléchante. Un excellent Crash Tag Team Racing, beau, poilant, défoulant, fun et long pour 15 € de moins ? Mais c’est carrément tentant ! Si, si, et vous avez de quoi : ignorez les insanités déballés par des magazines sans âme qui mettent 10/10 à trois jeux dans le même numéro, et qui mettent 4 à un autre sans aucune explication. C’est vraiment regrettable. Vous savez, si je puis me permettre de ramener une dernière fois ma fraise, je tiens à préciser que l’article (enfin, le minable paragraphe de dix lignes) pondu par Raphaël de Joypad à ce sujet m’a fait perdre tout espoir en une récupération hypothétique de l’équipe de « hourra-testeurs » qui le colonise dorénavant. Et oui, plus que jamais aujourd’hui, la subjectivité est maintenant le maître mot dans la presse ludonumérique, et c’est probablement cela qui sonnera le glas des recueils de papier glacé dans les quelques années à venir… Un bon fan de courses délirantes se doit de ne pas manquer ce titre. Il vous fera passer de très bons moments, et je tiens avant tout à défendre ma position à ce sujet. Et si vous doutez encore, allez voir le test de jeuxvideo.com, c’est une des rares fois où l’équipe aura réussi à considérer un jeu comme celui-ci à sa juste valeur. En définitive, CTTR mérite un très bon 16/20 pour les goudes vibrécheuns qu’il vous transmettra pendant de longues heures… Les très bonnes surprises de cet acabit se font de plus en plus rares dans le vaste monde des œuvres ludonumériques, et c’est mon devoir de défendre ce soft qui n’a absolument pas mérité cette lapidation barbare et injustifiée sur la Place De Grève des jeux vidéo…
Daxtex