Chapitre 9 : Bataille en haute mer
Trois jours s’étaient écoulés depuis la première visite de Talim. Mathias profita le plus possible de la compagnie de Talim durant ces jours d’accalmie, car il ne savait pas si ils survivraient à la bataille qui les attendaient. Il aurait souhaité être seul avec elle, mais Yunsung l’accompagnait toujours, et se montrait très protecteur à son égard. Un peu comme si elle était a petite sœur, mais il sentait que ce n’était pas que ça, il le savait, tout simplement parce qu’il éprouvait la même chose
Pendant les rares moments où il pouvait la voir, il lui parlait de sa vie passée, des souffrances par lesquelles il était passé, mais évita de mentionner les crimes qu’il avait commis : il ne voulait pas que Talim le prenne pour un monstre.
Elle, lui parlait de son village, et de sa famille qui lui manquait. Elle décrivait si bien les rizières balayées par le vent, les ailes des moulins faisant leur ronde éternelle, guidées par le vent, le coucher de soleil irradiant de sa lumière la plaine où elle vivait, que Mathias avait l’impression d’y être. Mathias aurait donné n’importe quoi pour que ces moments là ne s’arrêtent jamais.
Mais toute bonne chose avait toujours une fin. Mathias entendait déjà les mouettes qui poussaient leur cri strident, signe que la côte était proche. Talim, conformément aux souhaits du jeune homme et de Raphaël, leur avait apporté des armes.
Par chance, elle avait retrouvé le katana de Mathias alors qu’un matelot ivre en menaçait un de ses camarades. Ils semblaient se disputer, et alors que la situation semblait dégénérer, l’homme qui avait pris l’arme de Mathias l’avait jeté par terre et avait lancé son poing dans la figure de son condisciple. Alors qu’ils s’empoignaient réciproquement, Talim avait profité du moment de confusion qu’avait créé la bagarre pour rapidement s’emparer de l’arme de Mathias. Elle avait également pris la rapière d’un officier qui dormait pendant son tour de veille, puis elle avait remis son butin à Raphaël et Mathias. L’épéiste avait murmuré un vague mot de remerciement avant de s’emparer de sa rapière d’emprunt, tandis que Mathias, soulagé de pouvoir enfin sentir le manche familier de son épée, n’avait cessé de la remercier, au point que Talim, avec un sourire, lui avait dit :
-Si tu continues à me dire merci, je crois que je vais vraiment finir par regretter de t’avoir rendu ton épée !
Il était prévu que Talim et Yunsung passeraient dans quelques heures, en attendant, les prisonniers s’occupaient comme ils le pouvaient, Mathias en nettoyant consciencieusement son épée, et Raphaël en révisant sa palette de coup.
La jeune adolescente leur avait grandement facilité le travail, à vrai dire : Talim avait en effet versé dans la soupe destiné à l’équipage un somnifère qui ne tarderait pas d’ailleurs à agir. Malheureusement, elle n’avait pu en verser dans la nourriture des officiers, dont la cuisine était constamment surveillé. Sur soixante-quinze hommes, elle avait quand même réussi à éliminer la majeure partie, cinquante-cinq hommes d’équipage environ, mais il faudrait tout de même qu’il élimine une vingtaine d’officier avant de pouvoir d’échapper sans être poursuivi, et à quatre, ce n’était pas une mince affaire.
Pendant que Mathias évaluait avec pessimisme ses chances de survie, Talim ouvrit la porte, et entra, suivi de Yunsung.
-Alors, vous êtes prêts ? leur demanda la jeune chaman
-Oui, nous sommes prêts, c’est quand vous voulez !! répondit Raphaël avec détermination.
-Raphaël ?
-Qu’est ce qu’il y a Mathias ?
-N’en fais pas une affaire personnelle, nous devons juste nous tirer de là sains et saufs.
-Mathias…dit l’épéiste avec un demi-sourire sur les lèvres. Tu me connais bien, maintenant, n’est-ce pas ?
-Hé bien, c’est bon, je crois que j’ai compris, répondit Mathias avec résignation. Ce n’est même pas la peine d’essayer de te faire changer d’avis, n’est-ce pas ?
-Ce que j’ai toujours aimé chez toi, continua Raphaël, c’est que tu comprends très vite les choses.
-Tu veux te venger, n’est-ce pas ?
-Non, dit-il, je veux juste récupérer mon épée. Et puis si en même temps je peux faire quelques trous dans le corps de mon cher cousin, je ne m’en priverai pas !
-Bon, assez parlé, leur dit Talim, interrompant leur conversation. L’équipage va bientôt s’endormir, selon mes prévisions, et nous aurons pour quelques instants l’avantage de l’effet de surprise, mais pas longtemps, il faudra donc en profiter !! Vas-y Yunsung, s’il te plaît, expose leur notre plan de bataille.
-Hé bien, dit Yunsung, on rentre dans le tas et on leur mets la pâtée !!
-Euh…oui, c’est à peu près ça ! dit Talim avec un sourire qui fit fondre Mathias, mais essayez de faire le moins de morts possible, je vous en prie ! J’ai demandé aux vents de nous aider, et ils m’ont promis d’agiter la mer pour faire tanguer le bateau, donc on devrait pouvoir prendre facilement l’avantage.
-Bien, allons-y alors !! lança courageusement Mathias.
-Ah, et encore une chose, finit-elle. Je vous en prie…, dit-elle en regardant alternativement Mathias et Yunsung, survivez…
-T’inquiète, lui dit Yunsung, fanfaron, peut importe combien ils sont, le résultat sera toujours le même ! Je serais le meilleur !!
-Je ne te promets rien, mais je vais essayer, lui répondit Mathias, souriant.
Elle leur sourit à son tour, puis elle donna le signal du départ.
Mathias et Raphaël durent mettre leur mains devant leurs yeux, car, n’ayant pas vu la lumière du soleil pendant plusieurs jours, les rayons du soleil leur brûlaient cruellement les yeux. Mais après plusieurs minutes, ils s’adaptèrent et purent continuer leur chemin.
Le pont du bateau était jonché de matelots endormi, certains avaient même le nez plongé dans leur soupe. Le pont était encombré de cordes de diverses longueurs, et le parquet du bateau, qui venait semble-t-il d’être nettoyé, était brillant et glissant. Le matelot qui l’avait nettoyé dormait encore sur sa serpillière.
Au moment où Mathias se pencha près du pont pour vider ses boyaux, atteint par le mal de mer, un officier sortit de sa cabine. Il eut juste le temps d’afficher une mine ahurie avant que Yunsung fonce sur lui et lui assène un coup de la poignée de son épée, qui l’assomma sur le coup.
-Et 1-0 !! s’écria-t-il à l’adresse de Mathias.
Attirés par le bruit que fit Yunsung en criant, des officiers sortirent de leur cabine commune. En voyant l’un des leurs au sol, ainsi que leurs prisonniers échappés, ils crièrent pour alerter le reste de l’équipage, et les vingt matelots les encerclèrent.
-Oups ! s’excusa Yunsung.
-Imbécile, gronda Raphaël, on était censé être discret !!
-Je ne pense pas que le moment soit venu de se disputer ! s’inquiéta Talim, dont les yeux des officiers étaient braqués sur elle et la regardaient avec gourmandise.
-Hé bien, qu’est-ce qu’on attend ? s’impatienta Mathias, son instinct combatif refaisant surface. A L’ATTAQUE !! !
Sur ces mots, il fonça sur le premier officier à sa portée, et l’assomma. Les autres l’imitèrent, et rapidement, trois autres officiers furent assommés.
Mais les officiers, voyant qu’ils avaient à faire à des guerriers expérimentés, se mirent à attaquer violemment, tous en même temps. Les quatre aventuriers eurent cette fois-ci beaucoup de mal à parer les attaques de leurs adversaires, et les repoussèrent tant bien que mal.
-Ô vents, aidez-moi, dit Talim en joignant ses deux mains en un geste de prière.
Le vent souffla tout à coup avec une extrême violence, et fit tanguer le bateau, ce qui fit passer cinq officiers par dessus bord
-Combien il nous en reste Yunsung ? demanda Mathias en parant l’attaque d’un de ses adversaires.
-Une dizaine, je crois, répondit Mathias en envoyant un coup de pied à son opposant.
-On y arrivera jamais si on ne les tuent pas !! dit Raphaël en se dégageant d’un officier qui l’avait empoigné. Mon style de combat est fait pour tuer, et je n’ai pas le temps de jouer !!
A ces mots, il transperça un autre officier qui avait tenté de lui porter un coup d’épée en traître. Le soldat s’effondra, un rictus de douleur inscrit sur le visage.
Raphaël fit un petit rire de satisfaction, puis défia du regard ceux qui voudraient le défier.
L’un d’eux s’approcha lentement, sans que Raphaël puisse le voir, et abaissa son épée. Mathias courut sur le soldat, para son coup et lui ouvrit le ventre d’un coup d’épée. Le soldat tomba à terre en hurlant, tenant de ses deux mains ses intestins, qui s’échappaient de la plaie faîte par le jeune homme. Même s’il avait l’air dégoûté, il entendait l’entité maléfique qui habitait son for intérieur rugir de plaisir.
Quant à Yunsung, il dut éliminer un officier qui avait surpris traîtreusement Talim, et qui la tenait par derrière.
-Alors, demanda Mathias aux officiers, quelqu’un a-t-il encore envie de mourir aujourd’hui ?
Les sept soldats qui restaient baissèrent leur armes, plus par lâcheté que par raison selon Mathias. Ils n’étaient que des jeunes nobles fraîchement diplômés de l’Ecole de Marine, et ne s’étaient sûrement jamais exposés à des situations de combat réel : bien installés dans leurs cabines, ils devaient avoir l’habitude de laisser l’équipage se faire massacrer à leur place. Mis en confiance par leur avantage numérique, les sept officiers tremblaient de peur, et se regardaient entre eux d’un air effrayé, se demandant quel sort leur était réservé.
Tout à coup, la porte de la cabine du Capitaine s’ouvrit à la volée. Le cousin de Raphaël, Louis, se frotta les yeux, comme s’il venait de s’éveiller. Il ouvrit la bouche, mais la referma aussitôt lorsqu’il vit ses prisonniers sur le pont.
-Cousin, lui lança froidement Raphaël.
-Je suis franchement étonné…comment as-tu fais pour t’échapper ?
-Ca n’a aucune importance, répliqua Raphaël. Tu as, il me semble, quelque chose qui me revient de droit.
-Tu fais bien de dire « il me semble », car cette rapière me revient de droit ! Tu n’appartiens plus à la famille Sorel, cette rapière n’est donc plus à toi !
-Très bien, dans ce cas, je vais la chercher !! répliqua Raphaël, furieux.
-Tu ne récupèreras cette épée qu’en marchant sur mon cadavre !!
Il sortit de son fourreau la précieuse épée qui suscitait tant de conflit, et la pointa vers Raphaël.
-Je vais laver l’honneur de notre famille en effaçant la tâche que tu es !!
Sur ces mots, Louis descendit sur le pont…