À 52 ans, Christian Gourcuff entame sa 19ème saison à la tête du FC Lorient. Pour lui, c´est clair : «cette saison sera certainement plus difficile que la précédente». Depuis le retour des Merlus dans l´élite, il y a un an, l´entraîneur breton veut pérenniser le club au plus haut niveau, malgré «une situation précaire». Un brin fataliste mais non moins objectif, il sait que Lorient «sera toujours un club aux dimensions modestes». À l´approche de la nouvelle saison, Christian Gourcuff revient sans détour sur les qualités et les lacunes de son groupe. Entretien.
« Christian, comment s´est passée cette reprise avec Lorient ?
Bien. Le groupe n´a pas beaucoup changé. Et les nouveaux s´y fondent sans problème. Mais c´est une époque où ça se passe toujours bien. Les complications viennent souvent après.
C´est-à-dire ?
Ce sont toujours les résultats qui guident l´état du groupe. En cette période de préparation, il y a une ambiance sereine. Et c´est important de bien la gérer.
Quel bilan tirez-vous de la saison dernière ?
Ce n´est pas l´euphorie mais c´est une grosse satisfaction quand même. Au départ, on était bien conscient de l´enjeu et des difficultés. C´était un sacré chantier ! Il fallait déjà reconstruire une équipe que beaucoup ne voyait pas tenir la route en Ligue 1. On n´a pas fait une saison extraordinaire mais compte tenu de la situation de départ, c´est une grosse satisfaction. Sur la fin, il y a eu un peu de déception. Car l´objectif du maintien étant acquis, il y a eu des aspirations individuelles qui ont pris le dessus, au détriment du collectif. Ça nous a valu une fin de saison un petit peu décevante.
Vous parlez surtout d´André-Pierre Gignac...
Bien évidemment. C´est lui qui était sûrement le plus perturbé par les tractations. Par exemple, nous avons perdu le dernier match contre le PSG alors qu´il y avait un certain enjeu. Gignac a d´ailleurs commencé le match sur le banc parce que j´avais vu chez lui un changement de comportement. Et contre Rennes, la journée juste avant, on en prend quatre. Il n´y a pas eu un effondrement non. Juste un petit relâchement.
Concernant André-Pierre Gignac toujours, comment avez-vous trouvé son attitude vis-à-vis de Lille ?
De toute façon, ce n´est pas le problème d´André-Pierre Gignac. C´est un peu le contexte général maintenant. Il n´y a aucune stabilité, tout est éphémère. Il y a des intérêts tellement importants que ça fait tourner les têtes. De nos jours, ce sont les arguments financiers qui priment. Un jeune joueur, comme lui, qui manque un peu de maturité et de recul, est forcément pris dans cette tourmente.
Expliquez-vous...
Il y a tout un environnement qui fait que c´est devenu difficile pour un joueur de garder toute lucidité, de faire abstraction des aspects financiers. Ils prennent le pas sur d´autres valeurs. Les entraîneurs ne donnent pas l´exemple non plus d´ailleurs. A eux de l´assumer. Pour moi, il faut un minimum de stabilité pour travailler. Mais chacun vit sa vie, il ne s´agit pas de donner des leçons, c´est juste un constat que je fais.
Et vous, avez-vous failli quitter Lorient ?
Non. Mais si on m´avait invité, j´aurai été obligé de le faire. Le départ d´un entraîneur est un geste fort du club.
Quels sont vos objectifs cette saison ?
Clairement le maintien. On ne va pas s´emballer après notre première saison en Ligue 1. On dit que la deuxième saison est plus difficile. Donc ce sera certainement le cas. Les dangers, on les connaît : après une première année de découverte où la motivation et l´investissement sont à son maximum, il y a la crainte d´un émoussement par la suite. Il faut que l´on maintienne notre détermination. J´attends aussi que les joueurs gagnent en expérience et en maîtrise. J´espère que l´équipe sera plus mature que la saison dernière, en gardant ses valeurs de fraîcheur et d´enthousiasme qui étaient ses points forts.
Si on vous comprend bien, vous souhaitez avant tout pérenniser le club en Ligue 1...
Oui bien sûr. Chaque saison permet de construire un peu plus le club. On ne changera pas fondamentalement les choses. On va pouvoir aussi améliorer notre centre de formation pour avoir une structure digne de ce nom. Mais notre situation reste toujours précaire.
Vous parlez de moyens financiers ?
Oui, on reste encore dans les petits clubs de L1. Lorient sera d´ailleurs toujours un club aux dimensions modestes. Nous avons encore trop d´handicaps comme le manque d´infrastructures, qui est le gros point noir du club. Le point positif, c´est notre image sympathique auprès de tout le monde.
Où se focalise votre recrutement en ce moment ?
Sur le secteur offensif. On attend encore un gros renfort offensif, consécutif au départ d´André-Pierre Gignac. Ça ne sera pas facile car les attaquants sont rares et chers. On avait un bon espoir pour Ernesto Farias, mais à la dernière minute, ça ne s´est pas fait. C´était une déception pour nous car on pensait avoir trouvé notre attaquant. Nous continuons de chercher, nous avons des pistes à droite à gauche mais il ne faut pas se tromper. Je pense que l´on trouvera notre profil à l´étranger.
Les deux recrues de la saison passée, Steve Marlet et Fabrice Fiorèse, aujourd´hui loin du club, peuvent-elles être considérées comme des erreurs de casting ?
Oui, dans la mesure où je ne les ai pas fait beaucoup jouer. Mais les choix m´appartenaient. Il y avait aussi de la concurrence, dont notamment l´éclosion d´André-Pierre Gignac. Et puis il faut se remémorer aussi le contexte de Lorient l´année dernière : on avait une équipe peu expérimentée et peu de moyens pour recruter. On voulait prendre des joueurs d´expérience sans avoir un coup important en terme de transfert. On était donc obligé de faire des paris. Comme l´équipe s´est trouvée sans eux, on a fonctionné comme ça. »