Alors que Calais s´apprête à recevoir Lorient en 32e de finale de la Coupe de France, Cédric Schille, le gardien historique des Sang et Or, revient sur l´histoire particulière qu´entretient Calais avec cette compétition. Déjà présent dans les buts lors de l´épopée de 2000, Schille n´a rien oublié de ce formidable parcours et entend bien rééditer cette performance cette année.
Football.fr:Que reste-t-il de l´épopée de 2000 ?
Cedric Schille:Ce qui me revient en premier, c´est la ferveur des gens. Cette effervescence dans les rues de Calais, je ne l´oublierai jamais. En tant que sportif, on ne peut pas oublier mais il ne faut pas non plus vivre avec le passé sinon on ne fait plus rien de bon sur le terrain. Aujourd´hui, ce sont les supporters qui s´enflamment le plus. Dès qu´on arrive en 32e de finale, c´est reparti comme en 2000 !
Eprouvez-vous toujours des regrets de ne pas avoir soulevé cette Coupe ?
Non, on n´a pas le droit d´avoir des regrets. Tout simplement car ce fut avant tout une exceptionnelle aventure humaine et sportive. On ne peut donc pas isoler la finale du reste de l´épopée. Ressasser ce penalty encaissé ne sert à rien, ce serait un déshonneur pour le reste de notre parcours. Et puis jouer au Stade de France, voir la ville de Calais nous accueillir comme des héros alors que l´on n´avait pas perdu
Est-ce que cela a changé quelque chose dans votre quotidien ?
Oui et encore aujourd´hui. C´est assez surprenant d´ailleurs mais il m´arrive encore de signer des autographes. Ca fait pourtant 6 ans maintenant mais les gens n´ont pas oublié. Mais je ne me plains pas, c´est plutôt agréable [rires].
Avez vous eu des propositions de clubs professionnels suite à vos excellentes prestations ?
Oui, j´en ai eu une de Strasbourg mais après avoir murement réfléchi, je l´ai refusé. On me proposait un contrat de trois ans avec un salaire beaucoup plus élevé que ce que je touchais à Calais ainsi qu´une belle maison. Mais c´était un poste de doublure et j´ai préféré assurer le coup. Calais me proposait un travail à côté du football alors qu´une fois fini mon contrat de trois ans, qui sait ce que je serai devenu ? J´étais bien à Calais, ma femme avait un boulot ici donc on a choisi de rester et je ne regrette pas mon choix.
Vous recevez Lorient pour le compte des 32e de finale de la Coupe de France. Comment allez-vous aborder cette rencontre ?
On est complètement serein. Tout simplement car l´objectif fixé par les dirigeants était de se qualifier pour les 32e. On a rempli notre contrat et le reste n´est que du bonus. Ce sont davantage les supporters qui nous mettent la pression. Revoir une Ligue 1 à Calais leur rappelle inévitablement des souvenirs et ils seraient très déçus si on était éliminé.
Que craignez-vous de cette équipe ?
Beaucoup de choses ! On sait que cela va être difficile mais on croit en nous. Lorient est bien calé en milieu de tableau et possède un bel effectif. Des garçons comme Saïfi, Gignac ou Le Pen sont capables de faire basculer un match à eux tout seul.
Tout au long de l´année 2006, Calais n´a perdu que 5 fois en 43 matches. C´est donc une équipe très solide que vont affronter les Merlus ?
Oui, c´est vrai qu´on se sent costaud mais est-ce que ce sera suffisant pour venir à bout de Lorient ? Il ne faut pas oublier que nous sommes une équipe amateur qui va rencontrer une bonne équipe de Ligue 1. Si on passe ce sera un exploit ! Notre objectif sera d´être solide derrière pour ne pas prendre une volée devant nos supporters et après on verra... On jouera libéré en se rappelant qu´aucune équipe de Ligue n´a réussi à nous battre à Boulogne. Et on espère bien continuer la série !
Une nouvelle épopée en Coupe ne serait-elle pas préjudiciable en vu de la montée en CFA ?
On pourrait le penser c´est vrai mais ce n´est pas mon avis. La saison dernière, on a eu du mal à commencer notre championnat et la Coupe a été un formidable tremplin, elle a lancé notre saison.
Et à choisir entre une montée en National ou une nouvelle épopée en Coupe de France ?
Si c´est pour aller en finale, je prends la coupe sans hésitation ! Jouer au Stade de France, c´est quelque chose d´énorme ! Aujourd´hui encore, on en reparle, on se rappelle des petits détails de rien du tout. Revivre cela serait un rêve. Si c´est pour faire un quart de finale comme la saison dernière, je prends la montée. C´est un peu égoïste mais moi j´ai déjà vécu deux quarts de finale... Cela fait 10 ans que je joue en CFA et à 31 ans, j´aimerais bien découvrir le niveau National.
Qu´est-ce qui explique selon vous que Calais brille si souvent dans cette compétition ?
Tout part, on a souvent eu pas mal de chance au tirage, il ne faut pas l´oublier. Un bon parcours en Coupe tient à pas grand chose et on a eu ce petit coup de pouce du destin lors des différents tirages. Et puis, il faut avouer que l´on a maintenant une mentalité particulière. Cette finale jouée fait que l´on est désormais attendu un peu partout. Les gens viennent au stade pour voir Calais donc on doit assumer notre statut. Et puis on n´a pas envie de décevoir nos fidèles supporters !