LORIENT
GIGNAC REVIENT DE LOIN
Son triplé contre Nantes, samedi soir, ne reflète pas la difficile ascension de l’obstiné attaquant lorientais.
Après Lorient–Nantes, il a fait entendre la rocailleuse mélodie de ses origines provençales. On ne se lassera jamais de l’histoire qu’André-Pierre Gignac avait à raconter, celle d’un gamin de vingt et un ans qui inscrit trois buts lors de sa première titularisation en Ligue 1. La veille, Christian Gourcuff lui avait annoncé qu’il débuterait ; un choix logique. Entré en jeu lors des trois premiers matches, Gignac n’avait jamais déçu. Une passe décisive pour Fiorèse au Parc des Princes, une transversale qui entraîne le chef-d’oeuvre de Jallet à Bollaert, « Dédé » la jouait altruiste. En souvenir de son premier match en L 2, lors de débuts fracassants qui avaient failli le fracasser ? « C’était contre Châteauroux. J’avais dix-huit ans. Sur mon premier ballon, je marque sur une action personnelle. Je me suis carrément enflammé. Je croyais pouvoir refaire le coup à chaque fois. Contre Dijon, le match suivant, j’ai joué une demi-heure. Et je n’ai pas fait une seule passe ! Je ne pensais qu’à moi, qu’à dribbler. Christian Gourcuff m’a sorti du groupe pendant un mois ! » La sanction lui a servi de leçon. Car Gignac a retenu le message de ses
entraîneurs. C’est en tout cas l’image que Michel Audrain, le patron de la formation à Lorient à son arrivée en 2001, garde de lui.
« À dix-huit ou dix-neuf ans maintenant, on a souvent à faire à des petits cons qui n’écoutent que leur agent. Ce n’était pas son cas.
Lorient est le club qu’il lui fallait. À son arrivée, il lui manquait le fond, l’endurance. Il était trois cents mètres derrière les autres quand on courait. il n’avait pas de jeu de tête. Mais André est habité par une force intérieure incroyable, il a beaucoup bossé. Ce n’est pas un garçon qui a explosé du jour au lendemain. »
C’est surtout un garçon qui a failli ne jamais exploser. Sans l’oeil avisé d’Emmanuel Beauchet, aurait-il quitté l’équipe B des moins de 15 ans du FC Martigues ? « Il avait des qualités d’attaquant, bien sûr. Mais, surtout, son comportement était exceptionnel. C’était un gamin attachant et il l’est resté. Son gros point fort déjà, c’était son mental », résume celui qui lui donna le goût de la compétition, en 15 ans National. Éternel joker de la formation martégale, demi-finaliste de la Coupe Gambardella en 2001, Gignac s’accroche. Chaque mardi et chaque vendredi, comme ses parents travaillent il va dormir chez son grand-père, son premier supporter, pour ne rien rater du football. Un intermédiaire lui propose un essai à Lorient. Contre Guingamp, sur un terrain difficile, il se distingue en signant un doublé. Lorient gagne 2-1. Audrain apprécie vite « son adresse, son sens du but, sa frappe lourde ou enroulée».
À seize ans et demi, Gignac traverse la France et tente sa chance au centre de formation lorientais. Son parcours est classique : il joue d’abord en 18 ans (2002-03), puis avec la réserve, en CFA 2 (2003-04). Gourcuff l’intègre au groupe professionnel mais le jeune attaquant va réaliser un terrifiant doublé : il se fracture la cheville gauche une première fois en décembre 2004, puis une seconde en mai 2005. « En juin, j’ai signé mon premier contrat pro avec un plâtre et des béquilles. »
Gignac n’arrive pas à percer ; en janvier, Lorient le prête à Pau, en National. À sixmois de la fin de son contrat, le « deal » est simple : soit il brille et il aura droit à un nouveau bail, soit il cafouille et il pourra aller voir ailleurs. Son rêve de « Minot », porter la tunique marseillaise, semble bien loin. Mais Marc Lévy, l’ancien gardien de l’OM et entraîneur de Pau, va le relancer. En une demi-saison, Gignac marque huit buts qui convainquent les dirigeants lorientais de le faire prolonger trois ans. « Il a eu les nerfs et il s’en est sorti, admire son partenaire, Marc Boutruche. S’il n’a pas toujours eu la confiance de l’entraîneur ou des dirigeants, il a toujours eu celle de ses partenaires. Dans le groupe, on s’est toujours dit : " Pourquoi pas Dédé ? " Il sait bien qu’on ne l’a jamais pris pour un peintre. Son triplé samedi, ce n’est pas un miracle. À l’entraînement, il lui arrive de marquer dix pions, dont cinq fois le même ! Bien sûr, on peut lui demander plus, collectivement . Mais ce garçon marque ! »
Ce fut le cas lors de la préparation d’avant-saison. Jean-François Larios, son agent, veut alors le placer à Amiens. Audrain, qui est devenu adjoint de Denis Troch à Laval, milite afin d’obtenir son prêt. Clermont compte aussi sur lui pour remonter en L 2. Mais Gignac veut tenter sa chance tout en haut :" Pendant les matches amicaux, je me suis aperçu que je me sentais bien contre des équipes de L 1. Au Parc, quand je suis entré il y avait Yepes, Rozenhal, Armand et Mendy en face. Mais je ne suis pas du genre à me poser des questions, à douter. Si c’est le cas, tu es mort ! " Samedi soir, pour fêter son triplé, Gignac n’est pas allé danser. Il est rentré sagement à la maison. « Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne sors pas, avance-t-il fièrement. Je préfère rester chez moi, regarder un bon match à la télé. Mon père a été un bon joueur de foot. Il a joué à Istres, avec Franck Priou. Mais il ne pensait qu’à la fête et aux copains.
Aujourd’hui, il ne me donne pas de conseils sur le jeu. Il me dit seulement
de faire attention à mon hygiène de vie. Moi, tous les conseils qu’on me donne, je prends ! »
RAPHAËL RAYMOND
Cet article prouve qu´on tient une perle, c´est un gagneur ce gignac 