Football ( D1, 22e journée)
4-1 : Bordeaux saoule l´OM
De notre envoyé spécial.
à Bordeaux.
COUP de tonnerre sur le championnat de France ! Les Girondins s´emparent ce matin de la première place du championnat à 12 journées de la fin de la saison après avoir humilié Marseille, leader jusqu´alors. Et un, et deux, et trois et quatre zéro : en trente-deux minutes, Bordeaux a assommé son adversaire pour mener donc 4-0 ( dans l´ordre, buts de Wiltord, Micoud, Laslandes, Wiltord) avec trois buts inscrits en six minutes. Ce tonitruant passage de témoins s´est opéré à l´issue d´un match relevé et tendu, finalement enlevé 4-1 ( Dugarry en seconde mi-temps). Ce choc a largement tenu ses promesses.
Bordeaux et l´OM échangent leur place au classement mais seule une meilleure différence de buts permet aux Girondins de trôner au sommet de la D1. Mais si Marseille demeure un candidat sérieux au titre, l´équipe de Rolland Courbis prend un énorme coup sur la tête, asséné par son rival le plus dangereux dans cette lutte passionnante pour le sacre.
Puisqu´il s´agissait surtout hier soir de déterminer la plus forte des deux équipes au moins sur le plan mental, alors on peut affirmer sans l´ombre d´un doute que Bordeaux a frappé un grand coup et prend l´ascendant psychologique sur l´OM. Pires et consorts se remettront peut-être de ce large faux pas mais l´hypermarché du foot qu´ils forment va devoir sortir ses tripes pour le reste de la saison, le tout sur fond de gronde des supporters phocéens, abasourdis par l´échec d´hier soir. L´OM s´est incliné sans vraiment livrer bataille : désorganisation, erreurs techniques grossières, déliquescence progressive de son jeu, rien ne marchait hier chez les partenaires de Porato, livré à lui-même.
De l´autre côté, l´épicerie fine bordelaise affiche son bel étal : un jeu d´une simplicité éclatante né du cerveau bionique d´Elie Baup. L´entraîneur girondin prodigue une science du quadrillage rarement égalée. Appliquée à la lettre par un groupe soudé, qui se rassemble autour de vertus collectives sur le terrain et la camaraderie en dehors.
Dans une configuration Coupe du monde avec ses aspects réjouissants Ä l´esprit festif Ä mais aussi négatifs Ä le déploiement Ä, Bordeaux et Bénarbia ont honoré leur promesse : faire de ce rendez-vous surmédiatisé et décisif une fête du ballon rond. Car si les choses ne sont pas encore assez claires, disons-le nettement : Bordeaux possède une équipe sublime et conquérante où l´audace le dispute au panache. Hier, ils ont encore régalé les observateurs par l´alternance du jeu court et long, les combinaisons d´attaque infinies. Les quatre buts, dont l´un procédait sans doute d´un hors-jeu, mériteraient d´être racontés dans le détail. Mais ils relèvent tous d´une intelligence de placement inouïe et sans doute innée, même si le travail en amont paraît incontestable. Alliant la rigueur à l´imagination surtout offensive, Bordeaux ferait un beau champion de France, digne de la réputation du pays des champions du monde Ä ce fameux jeu à la française.
Lassés d´une vérité incontestable Ä le foot, c´est à Marseille que ça se passe Ä, supporters et joueurs bleu marine, en donnant une leçon de ferveur et de foot, ont prouvé qu´une autre place forte se tenait en France cette année, toujours au sud mais plus à l´ouest. Reste à savoir si Bordeaux l´endormie, la bourgeoise saura faire fructifier son trésor. A la mode d´ici, le public est réputé calme, voire gentillet, limite frileux et l´équipe sans éclat. Avec l´avènement cette saison de ce collectif brillant dirigé par un entraîneur profondément attaché aux valeurs humaines, la donne peut changer. Il reste douze rencontres aux Bordelais pour entériner et ancrer le bouleversement.