Petit portrait de Toulalan dans le parisien
JEREMY TOULALAN, qui devrait remplacer Patrick Vieira demain au poste de milieu défensif, n'a même pas 25 ans. Pourtant il promène un côté suranné et décalé dans le milieu du foot. Pas à cause de ses tempes déjà grisonnantes, mais plutôt en raison de son attitude qui tranche sérieusement avec l'univers habituel du ballon rond.
Toulalan ne sera jamais un joueur bling-bling et tape-à-l'oeil. Avec lui, les descriptions ne finissent jamais là où on les attend pour un sélectionné en équipe de France. Evoquer le joueur lyonnais, c'est tordre le cou aux clichés faciles : Toulalan n'écoute pas de CD de rap mais... Michel Sardou. Il ne vient pas d'une banlieue, a suivi sa scolarité dans une école privée catholique et il aurait aimé être... pâtissier. Juste parce qu'il admire ceux qui font quelque chose de leurs mains. Enfin, une fois les crampons raccrochés, il ne rêve que d'une chose : vivre tranquillement dans sa maison isolée au fond de la Bretagne, près de Morlaix, sans faire parler de lui.
« C'est un type qui a du fond »
A Nantes, où il a joué jusqu'en 2006, Toulalan offrait déjà une personnalité double. Travailleur incessant et inépuisable au milieu de terrain, il se renfermait dès qu'il quittait la pelouse. Il n'avait que très peu d'amis mais il les a tous gardés. Nicolas Savinaud, Frédéric Da Rocha, Mickaël Landreau ou Pascal Delhommeau. « On avait six ans d'écart mais c'est vite devenu mon meilleur pote, explique Delhommeau. Jérémy, c'est un mec calme et discret. Il écoute beaucoup. Ce n'est que lors de sa dernière année à Nantes qu'il a commencé à lancer quelques vannes dans le groupe. » Hier encore, Toulalan a appelé Delhommeau. Pas pour discuter de l'Euro. Juste pour prendre des nouvelles de la famille.
A l'Olympique lyonnais, où les ego des joueurs sont parfois à l'image des salaires, Toulalan a pourtant vite séduit tout le monde par sa discrétion. A commencer par Gérard Houllier, alors entraîneur de l'OL. « Il a une vision saine de son métier, constate l'actuel DTN. Il sait faire les bons choix. Même s'il n'est pas ostentatoire, si vous regardez les photos de joie après nos victoires, vous verrez qu'il a toujours le sourire. Jérémy n'est pas introverti. C'est un type qui a du fond et qui est loin d'être isolé. » Et il s'est fait quelques amis à Lyon, comme Sébastien Squillaci. Houllier voit, derrière la retenue de Toulalan, un possible patron qui s'ignore. « Tout le monde oublie qu'il a été capitaine en équipe de France Espoirs, remarque-t-il. C'est un leader en silence. On dit souvent qu'un bon entraîneur est quelqu'un de généreux, d'intelligent, qui aime la tactique et qui pense aux autres. Jérémy possède tous ses ingrédients en lui. »
Rémi Garde, un des adjoints de Houllier puis d'Alain Perrin à l'OL, a lui aussi pris la mesure de Toulalan. « Il a besoin de repères humains, souligne-t-il. Il ne se donnera que s'il sent de la confiance. Jérémy est un être mature, affectif et équilibré familialement. Au fond, il ressemble un peu à la ville de Lyon : ce n'est pas le premier regard qui est le bon. Il faut du temps pour le connaître et l'apprécier. »