UNE ÉQUIPE À NOTRE PORTÉE»
Par Cédric ROUQUETTE ( à Lyon)
Fragilisé par son résultat du match aller ( 1-1 à Gerland), Lyon veut s´appuyer sur le contenu de cette première manche pour aller chercher sa qualification sur la pelouse du PSV Eindhoven. En six questions, les Lyonnais répondent à la grande interrogation de la soirée de mercredi : comment éviter le piège ?
1. Lyon est-il meilleur qu´Eindhoven ?
A cette question, le président Aulas a répondu avec les yeux de l´amour dans les couloirs de Gerland, la semaine dernière. «Eindhoven joue pour détruire le jeu adverse. Son but était extrêmement chanceux. Le PSV n´a pas démontré grand-chose.» Il a même confié avoir trouvé les joueurs lyonnais «très sereins par rapport à leur prestation». «Ils ont vu qu´ils étaient meilleurs que le PSV. Ils ont trouvé face à eux des gens qui ne leur ont pas posé des problèmes sur le plan football, mais seulement sur les plans physique et tactique. Ce sont des choses maîtrisables dans un match retour.» Moins directs, les joueurs laissent aussi percer l´idée que si les deux équipes évoluent à leur meilleur niveau, Lyon a toutes les chances d´aller en demi-finale. «Cette équipe est à notre portée, témoigne Florent Malouda. Pendant une heure, on a haussé le niveau de la rencontre, et ils ont eu du mal à suivre. Le PSV s´était rarement fait bouger comme ça. D´ailleurs, même sur leur but, nous étions en place. On n´a pas été impressionné par leur jeu. Mais concernant l´efficacité et la lucidité, c´est remarquable.»
2. Que faut-il corriger par rapport à l´aller ?
Pas grand-chose, répondent en choeur les Lyonnais, si ce n´est une constance dans l´effort et la pression. «On doit jouer avec le ballon comme on l´a fait en première mi-temps, avancer, faire reculer et travailler cette équipe, détaille Juninho, lucide sur le scénario du relatif échec du match aller. On a reculé, et c´est normal. Tu gagnes 1-0. Tu sais que c´est un très bon résultat. Tu comptes aussi sur une contre-attaque pour marquer un deuxième but. Personne n´a commandé ça, pas le coach en tout cas. C´est nous, petit à petit, qui avons reculé. Or, contre eux, il faut éviter leur faux rythme et une certaine nonchalance.» Ce qui fait dire au capitaine, Caçapa : «On ne changera rien à ce qu´on fait d´habitude. Contre eux, il faut jouer. A cet égard, le but encaissé ne change pas grand chose, en fait.» Par rapport à l´aller, il faudra donc éviter ce semblant de calcul qui avait gagné les rangs à la fin. «Soit on donne tout et on passe, soit c´est la fin de l´aventure», tranche Malouda. «Ce match est déjà une finale pour nous», confirme Caçapa.
3. Que fera Eindhoven ?
C´est la clef prévisible de la rencontre. Les Néerlandais, «favoris» selon Jean-Michel Aulas, peuvent choisir de jouer pour conserver un 0-0 qui les qualifie, malgré le risque que cela comporte face à une équipe aussi offensive que Lyon. «Ils ne joueront pas le 0-0, et nous non plus», se persuade Caçapa, qui parie sur un match ouvert. «Les plus grandes interrogations se situent dans leur camp, croit savoir Coupet. Faut-il gérer le 1-1 ou chercher à faire un résultat ? C´est leur souci. Nous, on jouera notre jeu, comme on l´aurait fait si on avait gagné 1-0.» Yves Colleu, adjoint de Paul Le Guen, n´imagine pas un PSV très différent du match aller. «Ils ne s´exposeront pas, mais ils ne joueront pas le 0-0 non plus, nuance-t-il. Ils joueront pour gagner avec leurs atouts : tenir le ballon, profiter du jeu de tête et des déviations de Vennegoor of Hesselink. Sans trop attaquer, cette équipe reste toujours dangereuse par la vitesse de ses joueurs de couloir. On peut penser qu´un 0-0 qui dure les rendrait fébriles.» Face à ces interrogations, Caçapa ne se fait pas une montagne d´un remake de l´aller. «C´est comme ça, en Ligue des champions. Il faut battre des équipes chiantes à jouer, qui ne lâchent pas.»
4. L´arbitrage peut-il joue un rôle ?
C´est l´avis de Florent Malouda, qui avait retenu son agacement quelques heures après le match aller. «J´espère aussi qu´on sera mieux protégés. Ils se servent de l´antijeu pour sortir l´adversaire du match. L´arbitre ( M. Collina) a fait un peu de social, sans vouloir mettre trop de cartons. Les Néerlandais en ont profité. Mais bon. Ce n´est pas la mode de critiquer les arbitres alors je vais m´abstenir.» A sa façon, le milieu gauche lyonnais indique que M. Nielsen, arbitre désigné pour le match retour, sera un acteur du retour... et un allié de l´OL s´il sanctionne ces petites fautes qui, accumulées, dictent le rythme du match. «C´est énervant de jouer contre le PSV, indique Malouda. Ils ont cassé le rythme, fait des actes d´antijeu, des fautes à répétition, ce qui a avorté nos attaques. Pour nous qui aimons jouer vite vers l´avant, ça pèse.»
5. Souviens toi, le printemps dernier
Décrite par les Lyonnais - bien organisée, opportuniste, efficace - l´équipe du PSV Eindhoven ressemble au FC Porto, qui avait éliminé l´OL la saison dernière au même stade de la compétition ( 0-2, 2-2). Cette expérience peut-elle servir ? La question agace Grégory Coupet, comme l´aveu d´une crainte enfouie. «Ne nous saoulez pas avec Porto. On est Lyon, et on va aller bouger le PSV.»... «Porto, le PSV et même Lyon se ressemblent, notamment avec cette organisation à trois milieux de terrain, analyse Yves Colleu. Maintenant, chacune de ces équipes a sa particularité, liée aux individualités de devant. Difficile de dire si ça peut nous servir. Nous avions dû tenter une espèce de va-tout au retour, l´année dernière. La situation est différente. L´expérience acquise depuis un an nous servira, mais pas celle de Porto particulièrement.» C´est cependant le match le plus difficile de la saison qui s´annonce. «Même si on peut penser que Manchester, en poules, représentait le très très haut niveau ( 2-2, 1-2), le PSV est très, très costaud. Cette équipe laisse peu de chance à l´adversaire, elle s´expose peu, a beaucoup d´expérience, de qualité technique et de confiance. C´est une force collective. Il faut être au mieux de sa forme pour la bouger. Dès que vous baissez de pied, elle vous tape dessus.» Ça nous rappelle quand même quelque chose.
6. Lyon est-il plus à l´aise à l´extérieur ?
Oui et non. A l´appui des espérances lyonnaises, il y a le bilan récent à l´extérieur en Ligue des champions : à Fenerbahçe ( 3-1), à Prague ( 2-1) et à Brême ( 3-0). «On a beaucoup marqué à l´extérieur jusqu´ici, il faudra faire pareil au retour, affirme Caçapa. On a marqué partout. Je ne vois pas pourquoi on ne marquerait pas à Eindhoven.» Même optimisme chez Florent Malouda. «A 1-0 pour nous ou 2-2, on passe, il ne faut pas l´oublier», dit-il comme pour repousser l´idée de l´inaccessible exploit. A bien y regarder, si Lyon a effectivement réussi de très grandes performances à l´extérieur ces dernières années ( 2-1 au Bayern en 2003, 2-1 à l´Inter Milan en 2002), aucune ne fut décisive sur un match retour. Même la victoire sur la pelouse de la Real Sociedad, l´an passé ( 1-0), fut obtenue en huitième de finale aller. Pour aller en demi-finale, l´OL devra donc réaliser quelque chose qu´il n´a jamais fait depuis qu´il rêve de grandeur européenne.