C1 : Lyon peut avoir deux regrets
Pour notre consultant Angel Marcos, Lyon avait parfaitement pris le match en main à Milan, mais le champion de France en titre doit son élimination à son manque de réalisme offensif en première mi-temps et son repli mal maîtrisé dans le dernier quart d´heure. Car lorsque l´AC Milan a la possession du ballon, difficile de contrer ses superbes individualités, qui ont profité de courts relâchements pour faire la différence.
« Lyon n´a pas été capable de tuer le match »
« A Milan, mardi, Lyon a eu l´énorme mérite de corriger toutes les lacunes aperçues lors du match aller (0-0). D´abord avec cette nouvelle composition d´équipe qui a démontré un souci d´utiliser les côtés, en 4-4-2 voire en 4-5-1 en phase défensive. Ensuite, avec cette capacité à jouer, à beaucoup varier dans la largeur pour déstabiliser le bloc milanais, cette intelligence qui a consisté aussi à presser plus haut, surtout avec le placement de Wiltord. Il a beaucoup reculé pour gêner Pirlo. Tout cela a réussi, vraisemblablement au-delà des espérances des Lyonnais. Pirlo a été inexistant. Kakà a été obligé à jouer tous ses ballons dans des situations inconfortables, il était battu sur tous les ballons car il lui manquait son relais habituel. Chevtchenko a été invisible jusqu´aux trois ou quatre dernières minutes.
Pourtant, ça n´a pas marché. Lyon peut avoir deux regrets. Il n´a pas été capable de tuer le match quand les circonstances paraissaient favorables. Milan, en première période, était aussi emprunté que Lyon en début de match à l´aller, perdant des ballons faciles. A 1-1, Lyon aurait pu marquer le deuxième but qui aurait changé le cours de l´histoire. L´autre regret, c´est ce dernier quart d´heure pendant lequel Lyon a sensiblement reculé. Etait-ce inconscient ou était-ce le résultat de la furia italienne ? Toujours est-il que cela a modifié le match. Avant, Milan avait du mal à enchaîner deux passes. Ensuite, les Italiens ont trouvé du terrain pour faire les deux-trois passes latérales qui leur donnaient le temps de monter d´un cran, ils ont pu mettre du poids dans la surface de réparation, et faire les centres qui s´imposaient quand il n´y avait plus d´espace. Et Milan a trouvé la solution.
« Lyon saura faire son analyse »
Ce match a confirmé une éternelle évidence : il y a deux Milan, celui qui a le ballon et celui qui ne l´a pas. Quand il l´a, peu importe qui est dans l´équipe : il a une telle culture... Une culture de la conservation du ballon, de lucidité permanente, et de danger immédiat aussitôt qu´il peut composer. Il a réussi tout cela après les entrées d´Ambrosini et Maldini, deux joueurs à vocation défensive, un comble. Dans cette configuration, Milan a quand même eu au moins quatre occasions franches, c´est tout sauf un miracle. Le constat, pour Lyon, est difficile, avec trois éliminations consécutives en quart de finale. Mais il n´y a aucune comparaison possible avec celle de l´an dernier contre le PSV Eindhoven. L´équipe n´a pas montré la même fébrilité ni le même manque de maîtrise des événements. Les adversaires sont aussi incomparables. Mais Lyon saura certainement faire son analyse, comme l´an passé, et ne pas se conforter dans l´idée d´un manque de réussite. Les progrès à faire résident dans cette capacité à tuer le match, à saisir l´occasion dès qu´elle se présente, ce qu´a fait Milan mardi, parce qu´il y avait plus de talent devant.
D´un côté, il y avait une série de joueurs dotés d´un pouvoir de finition considérable : Chevtchenko, Inzaghi, Serginho, Seedorf, Kaka, Pirlo, des joueurs capables de frapper de loin comme de près, des deux pieds. A Lyon, hormis Juninho, c´est le collectif, c´est de l´usure, c´est la réussite de tous les gestes par tout le monde qui mènent au but. Milan est une des rares équipes aussi forte quand elle a le ballon que quand elle joue en contre. Elle n´a qu´un seul récupérateur mais compense par une force de frappe phénoménale. Dans ce type de compétition, un peu comme la Coupe du monde, un collectif exceptionnel ne suffit pas. A un moment donné, les grands joueurs font la décision. Ce soir, Chevtchenko a été coupé de ses joueurs pendant 88 minutes, et Inzaghi a converti une des trois occasions milanaise avant le repos. 1-1 à la mi-temps, c´était à la fois encourageant et inquiétant pour Lyon au vu de ses occasions. La différence s´est faite exclusivement sur le talent individuel des joueurs offensifs. »
Les réactions des entraîneurs
~> Carlo Ancelotti (Milan AC) : «Cela a été une qualification difficile mais l´avantage de jouer à domicile a été déterminant. Nous avons des qualités et nous savions que nous aurions des occasions. Je pense que dans les phases finales des compétitions, il faut pouvoir compter sur des joueurs expérimentés avec une grande personnalité, capables de s´engager jusqu´au bout. Nous avons eu beaucoup d´expérience au vu de ces dernières années mais il faut jouer sur 90 minutes. Nous n´avons pas toujours eu de la chance mais ce qui compte, c´est de pouvoir compter sur des joueurs décisifs comme Inzaghi qui est un grand joueur, expérimenté, arrivant à trouver des solutions dans les moments difficiles. Il est toujours présent du début à la fin».
~> Gérard Houllier (Lyon) : «C´est une énorme déception, un grand sentiment de frustration, a témoigné de son côté Gérard Houllier. Nous avons peut-être eu un peu plus d´occasions que l´AC Milan mais nous n´avons pas su les concrétiser. Notre équipe est joueuse et ils ont été plus réalistes que nous. C´est le regret que j´ai. Nous avons démontré que nous avions une équipe qui pouvait aller très loin en Ligue des Champions. C´était un bon match, de haut niveau, au cours duquel nous avons montré que nous pouvions rivaliser avec une formation finaliste de l´épreuve l´an dernier et victorieuse, il y a deux ans. Nous sommes d´autant plus déçus que nous étions encore qualifiés à trois minutes de la fin. Je suis très fier des joueurs, peu importe le résultat. Parfois, il faut un peu de chance. Nous l´avons vu lorsque le ballon a touché les montants, sortant pour nous, rentrant pour le Milan. Lyon a échoué trois fois en quarts de finale. En tant qu´entraîneur, j´ai échoué au stade des quarts pour trois minutes et je ne pense pas à l´année prochaine».
