C1 - Lyon : l´Heure de Vérité
L´Olympique lyonnais doit réaliser un grand match, ce soir à San Siro contre l´AC Milan (20h45), pour voir son rêve devenir réalité et se qualifier pour la première fois de son histoire pour une demi-finale de Ligue des champions. A l´image de son entraîneur, l´OL est assez confiant, d´autant qu´un match nul peut suffire.
Lyon a toujours marqué au moins un but en déplacement
Jean-Michel Aulas attend ce moment depuis si longtemps. Dix-neuf ans, pour être exact. En Ligue 2 au milieu des années 80, l´Olympique Lyonnais a, depuis, soigneusement empilé les briques sur des fondations en béton. Sa formidable conquête de l´Hexagone n´est plus suffisante pour combler son appétit et son désir de devenir le plus grand club européen. Cette fois, la marche à gravir est conséquente, peut-être historique. Si l´OL écarte le Milan AC mardi à San Siro, le club rhodanien participera pour la première fois de son histoire à une demi-finale de Ligue des champions. Après avoir échoué ces deux dernières années au stade des quarts de finale contre le FC Porto (0-2, 2-2) et le PSV Eindhoven (1-1, 1-1, 2-4 t.a.b.), l´OL se doit de franchir enfin un nouveau palier, pour continuer à rêver à sa présence en finale au Stade de France, le 17 mai. Le match nul concédé à l´aller (0-0) offre des perspectives aussi floues qu´incertaines alors que les débats promettent d´être ouverts, seulement six jours après. Une chose semble sûre : si les quadruples champions de France ont atterri en Lombardie l´air plutôt détendu, ils ne peuvent pas oublier le grand combat qui les attend. Pour faire face à l´armada milanaise, ils devront encore hisser leur niveau de jeu afin de le rendre conforme aux plus hautes exigences continentales.
S´il a préservé toutes ces chances, Lyon possède en son for intérieur un peu plus d´espoirs que d´inquiétudes. Le retour de Juninho, suspendu à l´aller, est un signe fort et décomplexant, même si le Brésilien ne souhaite pas polariser toute l´attention sur lui. «Je ne crois pas qu´une équipe gagne seulement grâce à un seul joueur, prévient le Brésilien. Il ne faut pas oublier que c´est le collectif qui fait marcher les individualités». Sa faculté à déposer le jeu et à faire basculer une rencontre sur n´importe quel coup de pied arrêté, même à 40 mètres, sont des atouts difficilement négligeables. Sans polariser l´attention sur le cerveau de son équipe, Gérard Houllier assène quelques certitudes sur son nouvel environnement. «Le club mérite d´aller en demi-finale. L´équipe a acquis de l´expérience et de la maturité. Elle est encore plus forte cette année». Quelques chiffres en témoignent : son équipe est invaincue à l´extérieur depuis plus d´un an (mars 2005, 0-1 contre Caen ; novembre 2004 en Ligue des champions, 1-2 à Manchester United). Les Lyonnais ont toujours inscrit au moins un but cette saison en déplacement en Ligue des champions. Et comme les Milanais seront dans l´obligation de jouer, Lyon pourrait en profiter pour lâcher les chevaux et provoquer du grabuge face aux "Papys" que composent la défense milanaise.
L´attaque doit se lâcher
Depuis deux semaines, c´est précisément là que le bât blesse. L´attaque lyonnaise souffre d´une mauvaise conjoncture. Recrutés à l´intersaison pour apporter du poids à ce secteur de jeu sevré de "flammes" depuis le départ d´Anderson en 2004, Carew et Fred sont particulièrement visés par les critiques en raison de leur faible rendement (trois buts en quatre matches). Après un début de saison fracassant, Carew multiplie les mauvais choix et Fred n´apparaît plus comme le joker décisif. A Gerland, Coupet a été beaucoup plus sollicité que Dida, bien tranquille mis à part un coup franc de Pedretti à détourner. A Malouda et très certainement Govou de faire vivre les côtés et d´apporter des solutions de rechange. Par ailleurs, la suspension de Tiago n´est pas un fait divers. «Le retour de Juninho va en partie compenser l´absence de Tiago. Mais je tiens à répéter qu´une grande équipe doit être capable de se passer de grands joueurs, a précisé Gérard Houllier à Milan. Pour gagner les matches, il faut une bonne équipe avec des joueurs décisifs». Il faudra également montrer que la leçon du match aller, avec ces vingt minutes de tempête d´entrée, a été retenue. Juninho n´a d´ailleurs cessé de répéter que «la première demi-heure sera(it) primordiale». Le message d´Houllier, bien relayé par le stratège brésilien, devra être appliqué à la lettre : éviter tout respect de l´adversaire, ne pas laisser les Milanais contrôler le rythme de la partie et profiter des contres pour marquer un but. En un mot, se lâcher.
Dans un stade San Siro en furie, où l´OL demeure invaincu avec deux victoires sur l´Inter en 1997 et 2002 (2-1), la formation de Carlo Ancelotti voudra régner en maître. Sa défaite subie samedi à Lecce (0-1), avec une équipe bis après quinze matches sans défaite, n´a pas ébranlé sa confiance. Sa défense vieillissante se cramponne toujours aussi bien, comme elle l´a prouvé à Gerland. En attaque, le peu académique mais percutant Filippo Inzaghi devrait voir ses efforts récompensés et être préféré à Gilardino, trop discret à Lyon et peu inspiré sur la scène européenne (aucun but). Invaincu sur sa pelouse depuis presque un an et sa défaite en mai dernier contre la Juventus (0-1), le prestigieux club milanais revendique à juste titre sa grande expérience et les conquêtes de son histoire. Récemment, quatre quarts de finale consécutifs, deux finales dont une gagnée (2003) ont donné autant de raisons de croire en l´avenir. Benoît Pedretti corrige et replace l´histoire au présent. «Milan n´est pas plus fort que nous au vu du match aller et ne sera pas plus fort mardi».
