France - Costa Rica 3-2 : Ça vallait le déplacement
Alors que la première défaite de l´ère Domenech menaçait à la mi-temps (0-2), l´équipe de France a retourné la situation pour battre le Costa Rica (3-2) à l´issue de son premier match de préparation pour le Mondial. A défaut d´une totale réussite sportive, Anelka, Cissé et Henry ont offert à Fort-de-France une soirée inoubliable.
Invaincue sous l´ère Domenech
Tous les spectateurs s´en rappelleront longtemps. Thierry Henry, Martiniquais par sa mère, est sorti du stade comme un Beatle, quelques minutes après avoir inscrit le but de la victoire contre le Costa Rica de son talon droit (3-2), dans un moment de génie ou d´extrême réussite, selon les interprétations. Ce but a permis à ce match si particulier de s´achever bien mieux qu´il n´avait commencé pour le peuple de France. Après deux jours d´une effervescence invraisemblable due au premier séjour Outre-mer de son histoire, une Marseillaise à l´unisson qui a dû émouvoir en haut lieu, et une minute de silence d´une rare pureté, la France a livré une partie qui résume assez bien l´impression mitigée qu´elle laisse depuis plus d´un an : cette équipe n´en est pas vraiment une, mais elle se bat, elle regorge de talent, et cela lui suffit souvent pour faire tourner la chance dans les moments durs. Elle demeure invaincue en seize matches sous l´ère Domenech, elle a remporté cinq de ses six tests cette saison. Or, à la pause, c´est l´humiliation qui menaçait.
La principale différence entre l´équipe sans Zidane ni Vieira alignée en Martinique, et celle des précédents matches saute aux yeux à la seule vue du tableau d´affichage. Celle de mercredi a laissé au placard la rigueur défensive sans laquelle les Bleus n´auraient pas accédé à la Coupe du monde 2006. A 2-0 pour le Costa Rica à la mi-temps, les Français avaient encaissé autant de buts qu´en dix matches qualificatifs pour l´Allemagne. Remarquer que cela a coïncidé avec le retour de Barthez dans le but ne revient pas à prendre parti dans le duel qui l´oppose à Coupet. Si le Marseillais a fermé le poing quand il l´a fallu (40e), alors que Saborio avait déjà trompé Thuram, Givet et lui-même en début de match (0-1, 14e), il a totalement manqué sa sortie, une minute plus tard, pour permettre à Fonseca de doubler la mise de la tête (41e, 0-2). Sept mois plus tôt, il avait commis une de ses rares erreurs sous le maillot bleu face à Israël...
Comme en 2000 contre la Slovénie
La seule fois où elle avait été menée, l´équipe de Raymond Domenech avait réussi à égaliser contre la Suède (1-1, février 2005). Depuis la Croatie à l´Euro 2004, personne n´avait battu Barthez deux fois dans le même match (2-2). La chaleur, la pluie, et surtout le manque de mobilité et de cohésion de l´équipe de France rendaient alors théorique la perspective d´une soirée réussie. La sortie précoce d´Abidal (12e), touché à la cheville gauche, avait fini par conforter les adversaires du match dans leurs certitudes. A part une frappe d´Anelka sur le poteau (34e), tout montrait que les Blancs d´un soir n´y étaient pas du tout. A la mi-temps, Raymond Domenech était en territoire conquis pour rappeler à ses hommes qu´ils jouaient en partie leur place pour la Coupe du monde et qu´il ne restait plus que cinq mi-temps avant le mois de juin pour préparer cet objectif. Le message a été entendu.
Le changement s´est opéré progressivement après le repos. Il s´est d´abord résumé en une implication sans commune mesure dans les duels, la spontanéité et l´organisation. Bien en jambes malgré un début de match à contresens - mais qui ne l´était pas ? - Anelka réduisait la marque à la reprise d´un centre en retrait de Henry à l´extrême limite du hors jeu (les images le montrent même en faute passive en départ de l´action) (1-2, 49e), son septième en bleu, le premier depuis... quatre saisons et demi. Après ce déclic, les Bleus, bientôt rejoints par du sang neuf (Govou, Rothen, Cissé), ont pesé de façon de plus en plus insupportable sur le Costa Rica. Djibril Cissé apportait sa contribution au débat sur les meilleures solutions de rechange derrière Henry - Trezeguet. Il marquait d´une frappe enroulée dans le petit filet (80e, 2-2), son sixième but en une saison et demie. Puis survint l´instant de grâce, une talonnade de Henry dans le but de Porras, accessoirement son trente-et-unième but en équipe de France, à égalité avec David Trezeguet. Un miracle, comme l´intéressé l´avouera lui-même, mais un miracle qui sauve presque à lui seul la soirée.
Être mené 2-0 et gagner 3-2 en amical n´est pas quelque chose de honteux. Le précédent le plus récent remonte à la campagne de préparation de l´Euro 2000, quand la France avait battu la Slovénie au Stade de France avant d´être sacrée championne d´Europe. Elle confirme que l´équipe de France s´est forgée, dans la difficulté, un caractère bien trempé. C´est, depuis de longs mois, sa principale ressource. Il en faudra d´autres, sur le plan technique, pour mettre au pas ses rivaux potentiels sur la route de la Coupe du monde 2006, et il ne reste plus que deux matches pour leur donner forme. L´Allemagne, finaliste en 2002, vient en visite samedi au Stade de France. Il y a pire affiche pour entamer une montée en puissance.
