LYON : LA MASSE CRITIQUE
Par Cédric ROUQUETTE
Le champion de France prépare sa saison avec tous ses titulaires de l´an passé ( Essien, Diarra, Wiltord, etc...) et un trio de recrues de haut niveau ( Pedretti, Monsoreau et Carew). L´OL dipose actuellement d´un effectif d´un niveau jamais vu dans la France de l´après-Bosman. Mais pour combien de temps encore ? Tentatives de réponses.
Un seul départ : Bergougnoux
D´une formule expéditive, Gérard Houllier a tranché la question, dimanche : « Concernant le mercato, personne ne partira ». L´Olymique Lyonnais prépare la saison 2005/2006 sans gagner ses matches amicaux, mais avec un dessein clair : être le premier club à remporter cinq titres de champion de France, puis se hisser en finale de la Ligue des champions au Stade de France. Jusqu´ici, cette ambition s´est accompagnée d´une méthode : étoffer encore et toujours un effectif qui avait déjà un temps d´avance sur la concurrence cette saison. Seul Bryan Bergougnoux est parti ( à Toulouse). L´autre joueur qui avait un bon de sortie, Sidney Govou, rappelle régulièrement qu´il ne partira pas pour le plaisir, et Jean-Michel Aulas a placé la barre à 15 millions d´euros. Juninho devrait prolonger. Michael Essien et Mahmadou Diarra, les deux perles du milieu, ont repris l´entraînement la semaine dernière. Ils ont joué une demi-heure en amical et doivent s´envoler pour la Corée du Sud, mercredi, avec tout l´effectif afin de disputer la Peace Cup. Le retour d´Asie aura lieu à deux jours du Trophée des champions et à moins d´une semaine de la reprise en L1. Le train de saison nouvelle est donc lancé. Et avec eux. « Je pense qu´actuellement nous n´avons jamais eu une aussi belle et forte équipe », en sourit le président lyonnais Jean-Michel Aulas.
Même s´il a conservé tous ses titulaires six semaines après l´ouverture du marché, ce qui est souvent considéré comme « le meilleur recrutement possible », l´OL a dépensé une énergie et un argent considérable pour se renforcer. Ou anticiper des départs. Parce que les nouveaux Lyonnais sont des pointures, des vraies, comme Benoît Pedretti, dont personne ne peut dire quel manque il viendra combler au milieu si le trio de la saison dernière devait rester. Il y a aussi John Carew, promis au poste d´attaquant de pointe, ce qui pose déjà la question de l´utilisation de Wiltord et des deux titulaires dans les couloirs ( Govou, Malouda), voire des milieux derrière eux. En défense, Sylvain Monsoreau serait un chef de ligne incontesté dans n´importe quelle équipe de L1. A Lyon, un homme a déjà ce profil : Eric Abidal. Les titulaires dans l´axe sont Cris et Caçapa. Le second est capitaine, même si son histoire vient rappeler que le sureffectif est une notion bien floue quand s´ouvre une saison. Gravement blessé au genou, le Brésilien n´avait pas joué pendant la moitié de la saison dernière. Lyon, enfin, ne semble pas rassasié. Malgré la résistance de Bordeaux et Nantes, il fera tout, jusqu´au bout, pour enrôler Marouane Chamakh et Jérémy Toulalan, entre autres. Comme sur le terrain, l´OL sait maîtriser les dernières lignes droites en coulisses. « Nous ne les laisserons pas tomber. De toute façon, nous ne sommes pas pressés » a déclaré Jean-Michel Aulas à L´Equipe.
Vers un 4-4-2 qui redistribuerait les cartes
Dans la configuration actuelle, Gérard Houllier peut choisir de conserver l´animation de l´an dernier avec les mêmes joueurs ( 4-5-1), de s´orienter vers un 4-4-2 qui laisserait deux milieux défensifs sur la touche, ou encore de se diriger vers un 3-5-2 quasiment sans précédent. « C´est encore trop tôt pour évoquer ce type de sujet, avait-il indiqué au moment de la présentation de Carew. Disons que ses caractéristiques devraient permettre aux joueurs qui l´entourent de se bonifier. Il fait jouer les autres. » Houllier doit trouver un subtil équilibre entre la préservation des acquis et la mise en place d´un système neuf, efficace, qui intègrerait la profondeur du Norvégien. « On dirait que le coach veut jouer avec un nouveau système » a relevé Wiltord en référence à un probable 4-4-2. Quelle que soit la voie choisie, il ne faudra pas perdre de temps. L´ex-sélectionneur des Bleus n´ignore pas que les grandes puissances européennes sont, le plus souvent, des équipes dotées d´un système quasi immuable qu´elles imposent à leurs adversaires ( Milan, Chelsea, Bayern, Porto et Monaco en 2004). Liverpool et le PSV Eindhoven, au profil plus souple et réactif, comme peuvent l´avoir l´Argentine ou la République tchèque sur la scène internationale, appartiennent à une espèce plus rare. Mais leur réussite en 2005 lui aura peut-être donné des idées. Les réponses viendront vite.
Ainsi outillé, Lyon a actuellement l´effectif le plus épais de l´ère Bosman, comparable à ceux d´Arsenal et Liverpool selon Wiltord. C´est inédit en France, où les hommes qui jouent peu ne sont, cependant, pas plus patients qu´ailleurs. « On a beau dire qu´on aime la concurrence, on peut tirer la gueule si on n´est pas pris », relevait encore Wiltord dans L´Equipe. Malgré les démentis d´Aulas - « je ne veux pas me vanter, mais quand je dis que les joueurs vont rester, ils restent » jure le président - des départs semblent incontournables. Celui de Berthod est encouragé par les dirigeants et celui de Govou toujours possible. L´OL étudiera aussi vers la fin du marché toute offre concernant Ben Arfa et Nilmar.
Mais le nerf de la guerre se trouve bien dans l´entrejeu, où Diarra, et plus encore Essien, peuvent devenir les joueurs les plus chers de l´histoire de la L1, un an après Drogba ( 37,5 millions). Le premier est pisté par le Real Madrid. L´autre par Chelsea. Depuis que Gerrard a prolongé à Liverpool, le Ghanéen est redevenu la cible quasi exclusive de Mourinho. L´OL a toujours fait comprendre que la négociation s´engagerait autour des 50 millions d´euros. Et Chelsea a toujours montré qu´il était prêt à aller au bout de son idée. Parce que si Lyon s´oriente vers le 4-4-2 esquissé en amical devant le Slavia Prague ( 0-1), il aura deux récupérateurs axiaux de trop, sans compter Jérémie Clément qui, avec Karim Benzema nourrit le rêve d´éclater cette saison. Dans un tel effectif, il ne peut s´agir que d´un rêve, pas d´une ambition.