Championnat du monde de F1 : Des pneus pas adaptés
Le directeur de la compétition de Michelin, Pierre Dupasquier, revient sur la décision du manufacturier de ne pas laisser ses partenaires courir le Grand Prix des Etats-Unis, dimanche à Indianapolis, estimant que les pneus fournis étaient «très bons» mais «pas adaptés».
«Le pneu proposé par Michelin était-il raté ?
Il n´était pas adapté aux conditions très particulières de la piste d´Indianapolis. La preuve a été apportée qu´il allait très vite si l´on regarde les temps des qualifications. Mais il présentait la particularité de ne pas supporter la contrainte du circuit. On ne sait pas encore pourquoi. Nous travaillons toujours pour le savoir et nous avons quelques hypothèses. Nous avons accumulé des informations en essais destructifs et non destructifs qui prouvent que le pneu était très bon.
Cela peut-il venir du revêtement strié de la piste, bien différent de l´asphalte habituel ?
Le revêtement fait partie des hypothèses.
Mais avec l´expérience de Michelin, ne pouviez-vous prévoir ce qui allait se passer ?
Nous nous sommes retrouvés face à des conditions d´emploi spécifiques que nous avions enjambées allègrement l´année passée. Mais les modifications de structure du pneu rendues nécessaires par la nouvelle règlementation qui les oblige à rouler beaucoup plus a engendré une faiblesse à Indianapolis. Plutôt qu´une faiblesse, c´est une caractéristique que nous n´avions pas calculée.
La décision de ne pas faire courir vos écuries partenaires a-t-elle été difficile à prendre ?
Non, pas difficile. Nous avons évalué la situation avec tous les experts de la société. Nous avons partagé à tout moment nos informations et nos conclusions avec nos partenaires et la décision a été prise dimanche matin.
Quels enseignements retirez-vous de ce qui s´est passé à Indianapolis ?
Une compréhension de circonstances de course particulières que nous n´avions pas rencontrées jusque-là. Nous sommes en train de trouver quelque chose à quoi nous n´avions pas encore pensé. Craignez-vous des préjudices pour Michelin ? On aurait pu craindre des préjudices si nous n´avions pas pris cette décision, si nous avions été irresponsables. Là, nos partenaires ne peuvent que reconnaître que nous avons fait une faute. Ce n´est pas grave, ça arrive à tout le monde. Notre produit est bon, mais il ne fait pas son travail à Indianapolis.
Le sport automobile est par essence une activité dangereuse, pourquoi ne pas avoir laissé les pilotes rouler ?
Il existe différents types de risque. Si vous construisez un trapèze avec un vieux bout de ficelle dont vous savez qu´il cassera au bout de douze balanciers et que vous dites au trapéziste d´y aller, vous le mettez vous-même en danger, en plus du risque qu´il prend consciemment. Nous, nous devons donner un matériel fiable pour que le pilote puisse apprécier les risques qu´il prend.
Quel est l´avenir de Michelin en F1 ?
Je l´espère brillant. On n´a pas vu quelque chose ( dans l´élaboration du pneu), d´accord. Nous avons pris nos responsabilités. Car à aucun moment dans la conception ni l´acceptation d´un produit, on ne se dit " bof, ça passera peut-être".
Comment ont réagi les écuries privées de course ?
Elles ont été informées pas à pas. Elles nous ont suivi et compris car ce sont des ingénieurs. Ils ont été très solidaires et très amicaux, ce qui est très flatteur.»