Keita a mûri
« Je suis d´abord au service du groupe », explique Sidi Yaya Keita.(Photo DNA)
Son entrée en jeu face à Auxerre, après la sortie de Christian Bassila, a été remarquée. C´est dit, Sidi Yaya Keita est en jambes. Dimanche, le Malien devrait retrouver Gerland, l´Olympique Lyonnais et Caçapa.
On ne lui parle que de ça. Ça, ce sont ses retrouvailles avec Gerland, là où, le 30 octobre dernier, Caçapa ne s´était pas relevé après l´un de ses tacles, plus maladroit que méchant. « Ça m´énerve un peu de reparler de ce geste, explique Sidi Yaya Keita. J´avais commis une bêtise. J´ai eu du mal à l´oublier. »
Suspendu par la commission de discipline durant deux mois, il a, comme le dit Jacky Duguépéroux « payé sa faute », et le Malien a grandi. « Mon premier mois de suspension a été très dur à vivre, reprend-il. Après, j´ai compris. »
Récidive à Rennes
Surveillé par les arbitres, montré du doigt comme un vilain petit canard qui casse les pattes à tout le monde, il a dû ( ré)apprendre à être footballeur. Et à être reconsidéré comme tel, surtout. Mais à Rennes, lors de l´avant-dernière journée de la saison passée, il avait été à deux doigts de la récidive en allant cisailler Jeunechamps, par esprit de vengeance.
« J´étais allé à Rennes pour gagner. Nous perdions 4-0, les Rennais se moquaient de nous. J´étais frustré. Alors, j´ai eu ce geste d´énervement. M. Duguépéroux est venu me parler : " si tu refais ça, tu ne joueras plus". Il avait raison. Je ne ferai plus ce genre de bêtise. Ce que j´ai vécu la saison passée, je ne veux plus le vivre. »
L´entraîneur alsacien l´exemptera du dernier match face à Bastia, pour l´exemple.
« Au chevet
de ma mère »
En juin, il soufflera du côté de Bamako, là où il a grandi. « Tout mon quartier était à l´aéroport pour m´accueillir, rigole Sidi Yaya Keita. Ça m´a fait plaisir. »
Il refusera aussi une convocation en sélection nationale. « Ça aurait dû être une première, mais ma mère était souffrante. J´ai préféré rester avec elle. »
Et puis, voilà, la révélation du Racing 2004/2005 est de retour à Strasbourg pour une nouvelle saison. Face à Auxerre, il entre en jeu et ça s´est ( beaucoup) vu. On exagère à peine. « Je n´ai pas d´ambition individuelle. Ce qui compte, c´est le collectif. Il doit garder son état d´esprit. Et si on gagne, on me verra forcément. Je suis d´abord au service du groupe », répond-il presque mécaniquement.
Remontées de bretelle
On en oublierait presque que Sidi Yaya Keita n´a que 20 ans et « beaucoup de défauts à corriger », comme il le signifie lui-même. « Quand j´observe certains de mes coéquipiers à l´entraînement, je mesure tous les progrès que je dois faire. Je rate encore trop de passes faciles. Ce n´est pas normal. »
Il endure aussi sans difficulté les remontées de bretelle de Jacky Duguépéroux, celui qui l´a lancé en Ligue 1. « Il veut me faire progresser, j´ai la même envie. Alors, quand il me parle durement, ça ne me dérange pas. C´est pour mon bien. Je suis là pour apprendre tous les jours. »
« Je n´ai pas envie
de faire mal »
Donc, c´est un Sidi Yaya Keita un peu nouveau, enfin assagi semble-t-il, qui a joué contre Auxerre. « Mon rôle, c´est de continuer à gagner des duels, mais je ne dois penser qu´au ballon, pas à mon adversaire, sourit-il. Quand je veux récupérer un ballon, je n´ai pas envie de faire mal. Et puis, si j´arrive à me maîtriser aux entraînements, je dois pouvoir le faire pendant les matches. »
Alors, pour y arriver, le Malien écoute tous les avis, tous les conseils. « Les anciens, comme Cassard, Devaux Kanté et Pagis m´aident. Ils me disent de m´appliquer, de rester concentré. Ils me demandent aussi d´être calme. »
Étiquette
Ce calme dont il va devoir faire preuve dimanche, à l´heure de retrouver Gerland et l´OL. « J´y vais pour jouer, tout simplement », assure-t-il. Histoire d´un peu plus décoller l´étiquette qui lui collait au dos.
Celle d´un joueur irréfléchi qui, pour son troisième match en Ligue 1, après deux avertissements lors de ses deux premières apparitions, avait récolté un carton rouge et blessé un joueur. Il avait à peine 19 ans. Depuis, il a appris...
KEITA EST MAINTENANT MUR 