Bakari n’a plus le temps .
Le nouvel attaquant nancéien veut redorer une
image ternie par trois saisons de galère à Lens.
COMME LE TEMPS perdu ne se rattrapepas, Dagui Bakari souhaite ne plus traîner en chemin.Alors, il y a huit jours, quand il a appris qu’il ne serait pas du déplacement nancéien à Bordeaux ( 0-1), le géant ivoirien, bientôt trente et un ans, dut une fois encore ravaler une grosse colère. Lens lui avait joué un mauvais tour en n’envoyant pas son contrat à la Ligue dans les délais.
Jusqu’au bout, l’incompréhension aura été totale avec son ancien club.Révélé à Lille,Bakari avait rejoint le RCL en 2002.
Il y a gagné beaucoup d’argent,marqué peu de buts ( 6 en L 1) et nourri de grosses frustrations. Cinquante-sept matches de L 1 en trois saisons, dont 22 seulement comme titulaire : pour un joueur mûr, c’est maigre. Et pour un international qui veut conserver son
statut, c’est famélique. « Forcément, il m’est arrivé de regretter ce choix, admet-il. La semaine, je me défonçais comme un chien et, leweek-end, j’avais les boules de voir les autres jouer sans moi. Si j’avais su que ça se passerait comme ça, je n’aurais jamais signé. Ne
pas sentir le terrain, la pression des matches, ça crée un manque terrible. À Lille, je faisais parler de moi, j’étais, je crois, devenu quelqu’un d’important. Tout s’est écroulé à Lens, çam’a fait très mal. J’en étais arrivé à ne plus regarder les potes à la télé. Çame saoulait de ne plus être concerné. » Ensignant à Nancy, il dit avoir« le sentiment de revenir de loin » et il devrait retrouver le rôle qui lui a permis de se révéler. « Il est appelé à peser sur les défenses adverses, explique Pablo Correa.
Je lui ai dit que je voulais le Bakari de Lille, pas celui de Lens. » L’entraîneur nancéien va donc l’utiliser « comme un pivot ».« On l’attend dans le jeu aérien. Il doit nous servir de point
d’ancrage pour continuer nos attaques et les conclure. »
« Avec Muller puis Gillot, on se respectait »
Ce rôle de pivot et de puncheur, qui lui allait comme un gant à Lille, Bakari ne l’a jamais vraiment retrouvé chez les Sang et Or. « À Lens, ce que je n’avais pas compris, c’est que l’on ne jouerait pas seulement pour moi, reconnaît-il.
Ce changement fut dur à admettre. » Il expliquerait selon lui ses états d’âme de l’époque et sa réputation d’élément difficile
à gérer : « Les gens peuvent bien penser ce qu’ils veulent. J’ai toujours dit ce que je pensais. Mais ça ne m’empêche pas de respecter les gens avec qui je travaille. Avec Muller puis
Gillot, onse respectait.Nous n’avons eu aucun problème. »
Avant de l’engager, les dirigeants lorrains
ont quand même pris des renseignements.
« Ils sont trèspositifs,assure Correa.Greg Wimbée, notre ancien gardien, nous a assuré que nous pouvions nous engager avec lui les yeux fermés.» Ce soir, Bakari devrait débuter
avec Nancy contre son ancien club, sans nourrir un quelconque sentiment de revanche. Il serait mal placé, son ancien employeur ayant pris en charge une grosse partie de son salaire. En rejoignant Nancy, Bakari souhaite aussi se
rapprocher de la sélection ivoirienne, qu’il n’a plus côtoyée depuis deux ans. Son successeur chez les Éléphants se nomme Didier Drogba. C’est dire l’ampleur de sa tâche.
RAPHAËL RAYMOND