Transferts sous influence
:Alain Goujon
DOSSIER
Dossier : Où vont les Girondins ?
Saison 98-99, celle du titre. Les joueurs majeurs s´appellent Ramé, Pavon, Micoud, Benarbia, Wiltord et Laslandes. Un gardien infranchissable, un capitaine aboyeur en chef, deux créateurs de tout premier plan et deux attaquants complémentaires à la redoutable efficacité. Deux ans plus tard, les deux chefs d´orchestre ont obtenu leur bon de sortie et le meilleur buteur de l´époque l´a arraché. Benarbia a filé au Paris SG, Micoud à Parme et Wiltord à Arsenal. On ne remplace pas de tels talents au pied levé. C´est autant une question d´anticipation que de marché. Dans le domaine très particulier du football professionnel de haut niveau, il faut viser haut et cher pour conserver le même degré de qualité. Malheureusement, les Girondins ne l´ont jamais entendu de cette oreille. Même s´ils ne sont pas les seuls champions de France ( Nantes, Lens, Monaco...) à s´être laissé dépouiller sans réagir. Dans le milieu, un homme en a tiré les leçons, le président Aulas, quadruple champion de France avec son Olympique Lyonnais.
Bien sûr, les dirigeants bordelais pourront rétorquer à juste titre qu´il était impossible de conserver des garçons qui allaient percevoir deux ou trois fois plus ailleurs, le plus souvent avec des salaires nets. Mais, dans le même temps, le club a dépensé plus de 30 ME dans son recrutement lors de deux saisons suivantes, soit la manne offerte par l´arrivée de M6 en tant qu´actionnaire et le revenu de la participation à la Ligue des champions. Alors, où sont passées les sommes des transferts réalisés sur les cessions de Wiltord ( environ 13 ME), Micoud ( 4,5 ME) et Benarbia ( 1 ME) ? Peut-être dans l´achat de joueurs étrangers au temps de jeu réduit pour ne pas dire inexistant comme le Hongrois Lendvaï et le Yougoslave Vukomanovic, achetés pour environ 2 ME chacun, sans oublier des prêts de joueurs aux salaires conséquents.
Liaisons dangereuses. Des garçons recrutés par Charles Camporro, le directeur sportif, grâce aux filières de l´Est nouvellement établies à l´époque après l´arrêt Bosman. Son objectif : dénicher de jeunes talents pour préparer l´avenir. Force est de constater aujourd´hui que cette politique ne fut pas un succès, loin de là. Sans parler des liaisons dangereuses avec Arkan, chef des Tigres, milice paramilitaire accusé de crimes contre l´humanité et président d´Obilic ( Serbie), sur le dossier Vukomanovic.
Charles Camporro, son nom revient dans toutes les bouches dès qu´on aborde le sujet des Girondins. Il est invariablement associé à celui du président dans la fronde des supporters. Avant la nomination de Michel Pavon à la tête de l´équipe, il était même la cible privilégiée. Accusé de tous les maux mais sorti lavé de toutes ces rumeurs par les procédures.
Néanmoins, le doute s´est insinué dans les esprits. Et la rumeur laisse toujours des traces.. D´autant que Charles Camporro s´est toujours réfugié dans le silence. Il refuse systématiquement les demandes d´interview et ne répond aux questions qu´à la condition de ne jamais voir son nom apparaître. Le dirigeant n´a jamais souhaité se justifier sur tel ou tel choix. Pas plus qu´il n´a accepté d´évoquer sa personnalité, ses missions, son fonctionnement et son travail. De quoi entretenir le mystère sur son personnage et sa fonction, quitte à passer pour un homme de l´ombre qui oeuvrerait dans le plus grand secret.
Alors que l´équipe sacrée championne de France a été en grande partie bâtie par Rolland Courbis, qui a appris les rouages du métier à son fils spirituel en la matière, Camporro, jamais Elie Baup et son directeur sportif n´ont pu s´entendre par la suite. Malgré des relations apparemment détendues, souriantes et presque complices, dès que l´un pouvait donner un coup de griffe à l´autre, il ne s´en privait pas. Si l´ancien coach à la casquette a réussi à placer un homme à lui, Daniel Sanchez, aujourd´hui son adjoint à Saint-Etienne, pour superviser des joueurs, les dossiers de l´ancien niçois ont toujours été placés sous la pile.
En retrait. Depuis le titre, la cellule de recrutement était constituée de trois personnes : Triaud, Camporro et Baup. L´unanimité était le plus souvent réclamée mais il suffisait d´un oui ou d´un non de dépit d´un des trois pour compliquer un dossier. Dans un sens ou dans l´autre, les exemples sont légion. Surtout au sujet de la filière sud-américaine, brésilienne plus précisement. Car hormis Eduardo Costa, aucun des hommes choisis par Camporro n´a tenu son rang. On attend toujours un joueur du calibre de Juninho, de Cris, de Caçapa ou de Nilmar...
Avec l´arrivée de Pavon et la cure d´austérité imposée par l´actionnaire, les données ont changé. Camporro est désormais cantonné à une mission de suivi des dossiers. L´entraîneur utilise très peu ses services, avec la bénédiction, semble t-il, du président. Son refus d´engager un joueur au mercato n´est pas le fruit du hasard. Plusieurs agents peuvent en témoigner. Désormais, le recrutement est l´affaire de Pavon et de Triaud. Ce qui n´est pas forcément un meilleur gage de réussite. De là à voir le directeur sportif qui suscite tant de rancoeur au sein du public disparaître tout simplement du paysage du football bordelais....
Source : Sud Ouest