Interview de Jean-Claude Darcheville dans Sud-Ouest, parlent d´un possible départ et de ce qu´il ressent actuellement, ne supportent plus les sifflés persistant a son encontre de la part de certains stupide soit-disant supporters.
C´est triste de voir que certains ne savent pas qu´être "supporter", ce n´est pas juste dans les bons moments :
Samedi, vous n´avez pas célébré votre but, le quatrième en championnat, avec le public. Quelle signification faut-il accorder à ce geste ?
Jean-Claude Darcheville. Ce n´était pas de la mauvaise humeur. Depuis quelques temps, le public m´a pris en grippe, je ne sais pour quelles raisons objectives. J´estime donner toujours le maximum sur le terrain. Je pars du principe que c´est toujours dans les moments difficiles qu´il faut soutenir un joueur. C´est trop facile d´applaudir les gens quand ils marquent et de les siffler dans le cas inverse. Donc, je considère que cela ne sert à rien de fêter mes buts. Après, je sais très bien comment les choses vont se passer. Samedi, j´ai marqué, ça a été. Le prochain match si je n´ai pas la même réussite, je sais ce qui m´attend. Je ne peux pas continuer ainsi.
Avez-vous le sentiment d´être un bouc-émissaire ?
Complètement. Sans raison valable. Mais je sais d´où ça vient. Je ne suis pas dupe. Je rigole et suis gentil avec tout le monde mais pas pour autant aveugle. Je fais attention à tous les détails, je sais pourquoi on en est arrivé là. Je sais aussi ce que j´ai à faire pour m´en sortir.
Quand vous dites « je sais d´où ça vient », vous parlez de l´intérieur du club ?
Oui, et j´assume. Je ne vais pas citer de noms sauf que les personnes concernées le savent aussi bien que moi.
Comment expliquez-vous ces sifflets ?
Si je ratais cinq face à face avec le gardien par match, je veux bien. Je serais d´ailleurs le premier à stigmatiser ma maladresse. Mais là, je n´ai pas le sentiment de rater mes prestations. Donc, c´est qu´il existe d´autres raisons qui ne concernent pas le football. On colporte des tas de rumeurs sur mon compte, notamment lors de réunions avec les leaders des clubs de supporters. Lors de mon indisponibilité (ndlr : 8 mois d´arrêt à cheval sur les saisons 2003-2004 et 2004-2005 pour une rupture des ligaments croisés), j´en ai entendu des trucs insensés sur la nature de ma blessure. Du genre, il était en boîte de nuit quand il a été frappé au genou avec une batte de base-ball. Après, on racontait que je sortais toutes les nuits, que la veille des matches on me voyait partout, alors que j´étais au vert à l´hôtel. Ce ne sont quand même pas les supporters qui font courir de telles rumeurs. Elles viennent de l´intérieur. A l´époque, j´avais besoin de temps pour retrouver mon niveau et mes sensations. Mais comme l´équipe n´avait pas de résultats et que certains n´ont pas assumé, les critiques me sont tombées dessus. J´étais le lampiste idéal.
Et vous l´êtes toujours...
Oui, sauf que je suis prêt à rencontrer les clubs de supporters pour qu´ils me donnent des explications et que je leur présente ma version des faits. Car un seul son de cloche, ce n´est pas suffisant.
Y a-t-il eu un match cette saison où vous avez senti que les bornes avaient été dépassées ?
Oui, contre Liverpool. Là, je me suis dit, il n´y a plus rien à faire. Tu mouilles le maillot, tu te bats et quand tu sors, tu es sifflé. Ce soir là, j´ai quitté le stade très énervé afin de retrouver les personnes sincères avec moi, qui m´aiment. On peut me reprocher tout ce qu´on veut, mais l´injustice, je ne supporte pas.
Vous n´êtes pas le premier à subir les foudres du public bordelais. Par le passé, des garçons comme Micoud, Laslandes et Dugarry ont été leur cible. Qu´est-ce que ça vous inspire ?
Quand je vois les noms que vous citez, je m´aperçois qu´à leur époque, ils sont tous partis.
Quelle est la solution ?
Après ma blessure, j´ai consenti énormément d´efforts en dehors et sur le terrain pour revenir à mon meilleur niveau. L´an passé, tant bien que mal, j´ai fini meilleur buteur et meilleur passeur. Cette année, j´estime que je commence bien ma saison et les sifflets ne s´arrêtent pas. Alors, la solution, c´est que mon avenir n´est peut-être plus aux Girondins. Je croyais pourtant avoir démontré que j´aimais ce club. Là, j´en ai discuté avec ma famille et les choses semblent claires : je vais partir, le club prendra quelqu´un d´autre et peut-être qu´à ce moment là, on se rendra compte de l´importance que j´avais dans le groupe.
Avez-vous évoqué le sujet avec votre entraîneur ?
Pas encore mais le moment venu j´irai le voir. Pour être honnête, si j´ai tenu le coup jusque là, c´est par rapport à Ricardo. Si je dois quelque chose à quelqu´un, c´est à lui et à personne d´autre. Il a tout fait pour me garder à l´intersaison, pour me placer dans de bonnes conditions. Malgré les réactions des supporters, il m´a toujours maintenu sa confiance. Avec lui, j´ai à faire à un homme et il est hors de question de le trahir. Il a été joueur, il doit comprendre ce que je peux ressentir. Et si on n´a pas encore évoqué le sujet ensemble, un regard suffit. Il sait très bien que je ne suis pas loin d´exploser. J´ai beau dire que je suis costaud mentalement, prêt à affronter toutes les tempêtes, là, j´arrive au bout. J´en ai ras le bol.
Auriez-vous apprécié que les dirigeants prennent votre défense ?
Franchement, oui. Car il y a déjà eu des conflits où moi j´ai pris parti pour des gens dans les journaux. Je n´ai jamais eu peur de m´investir dans ce domaine. J´aurais bien aimé que l´on fasse de même à mon égard.
Estimez-vous que l´on souhaite vous voir partir ?
Peut-être. Vous savez, pour me faire resigner en mai dernier, il n´y avait pas unanimité chez les dirigeants. Même si ces personnes là rigolent avec moi aujourd´hui, je ne suis pas dupe.
Qu´attendez-vous du public aujourd´hui ?
Moi, je n´aspire qu´à me concentrer sur le jeu et à donner le meilleur. Pour y parvenir, il faut qu´on me laisse tranquille, qu´on me fiche la paix. C´est tout ce que je demande.
Votre départ, l´envisagez-vous au mercato ?
Une chose est sûre, je ne pourrais pas supporter ça encore six mois. Je suis au bout du bout.
Demain, vous allez défier Liverpool dans un match de la dernière chance. Après deux défaites concédées à domicile, croyez-vous encore au miracle ?
Oui, c´est possible. Ils nous ont piégé et mettant en place un système pour nous attendre et nous contrer. On est capables de faire la même chose. C´est d´ailleurs une stratégie que l´on maîtrise assez bien. Aujourd´hui, on n´a pas de regrets à nourrir. On dispute cette compétition avec les moyens du bord. Si on n´a pas fait plus, ne nous voilons pas la face, c´est qu´on n´en avait pas forcément les moyens. Pour jouer un rôle en Ligue des Champions, il faut disposer d´un effectif de circonstance. Et il nous manque quelque chose. N´empêche, je reste persuadé qu´on va réussir un coup là-bas. Puis, n´oublions pas que la troisième place est toujours accessible, même si ce n´est pas l´objectif du moment.
A ce titre, n´avez-vous pas envie de disputer, si c´est le cas, la coupe UEFA au printemps prochain avec Bordeaux ?
Moi, mon rêve, je ne l´ai jamais caché, c´est la Ligue des Champions. Je le réalise. Même si j´espérais que les choses se déroulent un peu mieux, je ne regrette rien. Pour la coupe de l´UEFA, on verra bien.
je ne sais plus quoi penser 