Très intéressante interview de Stéphane Dalmat dans But! Bordeaux :
Comment jugez-vous votre début de saison ?
(Hésitant) On va dire que ça va. Rien de transcendant mais c´est pas mal. Disons que je m´attendais à cette situation : je ´navais pas joué depuis six mois (à cause d´une blessure au genou contractée à Santander) et je savais que j´allais avoir des petits pépins. Aujourd´hui, je suis dans les temps, même si je n´ai encore rien montré. Je suis encore loin de mon meilleur niveau.
Excepté contre Troyes et Valenciennes, vous n´avez jamais été titulaire. Pensez-vous que Ricardo a voulu vous preserver ?
Je pense. Je le ressens en tout cas. Le coach a été joueur de haut niveau et il sait ou j´en suis physiquement. Il n´a pas envie de me griller. Ricardo a vu que je revenais petit à petit. Dommage qu´il y ait eu ce problème à la cuisse...
C´est la première fois de votre carrière que vous n´êtes pas exposé médiatiquement. Après avoir connu la gloire très jeune, que ressent-on ? De la frustation, du soulagement, autre chose ?
(Il sourit) C´est vrai, ça, je n´y avais jamais pensé auparavant... Pour être honnête, ça fait du bien. D´autres joueurs sont en pleine lumière pour une fois.
Et il n´y a pas un manque ?
C´est sûr, cela fait toujours plaisir d´être sollicité. Cela prouve que tu es un joueur important. Mais à un moment, dans ma carrière, c´était un peu trop... J´ai tout connu avant. J´ai joué dans l´un des plus grands clubs au monde (l´Inter Milan) avec une pression inimaginable. Alors pour une fois, cela fait du bien de souffler. Je peux travailler un peu plus sereinement. Perso, je ne me vois pas comme moins important. Les gens peut-être un peu moins... Pour l´instant, cela me convient. A un moment, je ressentirai un manque, c´est certain. Mais je ne sais pas quand.
Quand on a connu ce qu´il y a de plus beau en France comme en Europe, qu´est-ce qui peut encore faire avancer ?
J´ai trop pris de coups dans le passé. A Marseille, Paris, j´ai vécu des grands moments, d´autres moins forts, mais à aucun moment je peux dire que je regrette ce que j´ai fait. Je n´ai que 27 ans. Je suis encore jeune. mais à mon âge, peu ont connu mon parcours... Alors, je dirais que mon moteur, aujourd´hui, c´est le plaisir. J´ai envie de retrouver la joie de jouer. Tenez, ce matin, j´étais heureux de m´entraîner. Le coach m´aurait dit d´aller courrir seul une heure dans les bois, j´aurai été super content ! Sérieux, je réapprends à aimer mon métier. Par le passé, j´allais à l´entraînement à reculons.
Les Bordelais ont-ils été surpris de vous "redécouvrir" après tant d´années entre l´Italie, l´Angleterre ou l´Espagne ?
(Rire) Au début, j´ai voulu me faire tout petit ! Je ne sais pas si mes partenaires l´ont ressenti mais, quand j´ai signé ici, j´étais vraiment soulagé et heureux de pouvoir me relancer dans ce club. Il ne faut pas se fier aux préjugés : je suis un garçon très simple et j´aime que les gens se sentent bien à mes côtés. Je suis aussi super content de pouvoir travailler avec des jeunes. L´autre jour, j´ai vu Gaby Obertan baisser les bras à l´entraînement. Je l´ai encouragé en lui disant : "Allez Gaby, c´est rien, ne lâche pas. C´est comme ça que l´on progresse !" . Quand j´ai vu sa réaction, j´étais hyper content. Je veux transmettre ma petite expérience aux garçons qui en ont besoin. Ces conseils, moi, je ne les ai pas beaucoup entendus dans le passé...
Votre joie retrouvée ne s´était-elle pas diluée avec le temps et toutes vos expériences malheureuses ?
Non, j´aime trop le foot. J´ai des regrets, mais qui n´en a jamais eu dans sa carrière ?
Et quelle a été votre plus grosse erreur ?
Ce n´est pas l´OM ou le PSG, car à l´époque, je me sentais prêt à y aller. Ce n´est pas non plus l´Inter... Enfin si, c´est l´Inter. Je n´aurais jamais dû partir. Surtout que c´est moi qui ai insisté pour partir. (regard dans le vide) Quel con... A l´époque, on jouait tous les trois jours avec une pression colossale. Il y avait des mises au vert tout le temps. J´en ai eu marre. En fait, je voulais souffler, faire un break. Mais à Tottenham (qu´il a rejoint en 2003-04), j´ai eu comme un manque. L´Angleterre, c´est sympa deux ou trois mois... Au moins, on te fout la paix. Il n´y a personne pour te dire ce que tu dois faire. les mises au vert ? Ils ne savent pas ce que c´est. Mais bon voilà, quand t´as connu l´Inter, tu as un manque. Ah, l´Inter... C´était génial quand j´y repense.
Et l´épisode Santander ?
(Il rit) Oh là là, quel fiasco ! Qu´est-ce que je suis venu faire dans cette galère ? C´est à ce moment-là que je me suis vraiment posé des questions.
Au point même de vouloir arrêter le football ?
Non, non... Mais c´était nul comme expérience. Santander, c´était un petit club avec un petit stade sans âme. On n´avait que des mauvais résultats. Avec mon frère Wilfried, on ne s´est jamais adapté. Et puis, les gens ne savaient plus ou j´étais. Quand je revenais à Paris, on me disait : "Eh, Steph´, tu fais quoi maintenant ? tu joues ou ?" Je n´osais pas leur dire que j´étais à Santander. Ma fierté en avait pris un coup. Je n´étais vraiment pas bien à l´époque.
Et c´est à cette période que vous avez fait un peu n´importe quoi...
ça, ce n´est pas vrai ! Je n´ai eu qu´un seul tort : celui de revenir de vacances deux jours trop tard. J´étais à Paris, pas bien, et pour aller à Santander, c´est un peu compliqué. IL fallait passer par Bilbao, tout ça... J´ai fait mes excuses au club. Non, ce qui m´a dérangé, c´est que l´on me mette des choses fausses sur le dos. Le club avait été vendu pendant l´hiver et les nouveaux dirigeants voulaient me faire craquer. Comme j´avais un gros salaire, ils voulaient me virer sans indemnité. Alors, ils ont inventé n´importe quoi : ils ont par exemple dit à la presse que la police m´avait arrêté bourré au volant de ma voiture. Mais c´est bon, j´ai le permis et je sais que l´alcool et le volant, ça ne va pas ensemble. Ensuite, ils m´ont fait passer un test sanguin avec mon frère et deux autres mecs de l´équipe. Je ne savais pas qu´il n´y avait que quatre personnes à y aller. Et comme par hasard, j´étais passé le premier...
Comprenez vous que les gens, compte tenu de votre parcours, vous aient collé une mauvaise image ?
Je m´en fous, je laisse parler... Je suis content de ce que j´ai fait. Peu de joueurs peuvent se vanter d´avoir connu Lens, Paris, Marseille, l´Inter ou Tottenham. Seulement l´équipe de France m´a manqué. Quant à mon image. J´essaye de la corriger aujourd´hui à Bordeaux. Et j´ai un peu de boulot (rires) !
A l´intersaison, quels clubs se sont montrés intéressés par vos services ?
Je crois que mon agent m´a proposé un peu partout... Je n´avais qu´une seul priorité, celle de rentrer en France. J´ai eu Le Mans, Troyes, Rennes et Bordeaux.
Avec votre parcours, auriez-vous pu aller au Mans ou à Troyes ?
(Il fait la moue) Non, ce n´était pas possible. Avec tout le respect que je dois à ces clubs, cela ne me convenait pas. Je suis quand même allé à Troyes pour voir les installations et parler avec le coach. Mais au fond de moi, je savais que je n´y signerais pas. Comme j´étais libre, j´étais prêt à attendre les derniers jours du marché d´été voir de patienter encore quelques mois si je n´avais pas trouvé. J´ai vite compris que ma réputation me précédait. Les clubs pensaient que j´étais ingérable. Dans les discussions, mon agent ne parlait jamais de foot avec les présidents !
Et puis Bordeaux est arrivé ?
Je n´oublierai jamais que Bordeaux m´a tendu la main. Aujourd´hui, je n´aspire qu´à une chose : remercier MM. Ricardo, Triaud et Pavon, les trois personnes qui ont cru en moi. D´ailleurs, c´est marrant mais je m´étais mis une pression énorme pour mon premier match contre Lille (0-3, 4è journée). J´étais remplaçant et, quand le coach m´a dit de rentrer, je transpirais comme un junior ! je n´avais plus de jambes, j´avais des boules partout sur mes cuisses. J´étais complètement perdu ! Quand j´avais le ballon, je voulais m´en débarrasser tout de suite. J´ai dû tirer au but quatre ou cinq fois en trent minutes... C´était vraiment bizarre. Et pourtant, j´ai joué une demi-final de C1, j´ai vécu les inter-Milan AC mais jamais je n´avais ressenti une telle sensation. J´avais vraiment le trac.
Et maintenant ça va mieux ?
(Il éclate de rire) Mais oui, évidemment ! Je me suis adapté et je prends vraiment beaucoup de plaisir ici. Ce club est sain. Je pense qu´il est fait pour moi. Aujourd´hui, après tant de galères, j´ai vraiment envie de me poser. Si c´était à Bordeaux, ce serait l´idéal. On n´est qu´au mois d´octobre mais j´y pense déjà. Je suis prêt à signer un an, deux ou trois... Si je sens que les dirigeants sont d´accord, je foncerai. Cela m´enlèvera un poids sur mes épaules. Car je suis en "test" ici; j´en suis conscient. Savoir que j´ai une opportunité me permettra de travailler plus sereinement. Mais chaque chose en son temps. Déjà, je veux retrouver mon niveau. Le reste, on verra plus tard.
quel interview emouvante 