Heu... Il en a deux, très bien. Une ici inachevée et une sur PDM: Temps, au début seulement.
Chapitre 35 : Une nouvelle alliée
- Ed, ta blessure saigne encore.
- Et m… Merci, répondis-je en examinant mon bras.
- Il t’a pas raté avec son couteau.
Deux mois. Déjà deux mois que Bastien et moi croupissions dans cette prison isolée de tout, quelque part à Sento, séparés de nos Pokémons dont nous supposions qu’ils avaient été emmenés dans un centre de dressage. Deux mois que notre armée avait subi une de ses plus grosses défaites. Deux mois que nous avions découvert que Blanche et Sophie, la capitaine du bateau de Hoenn, étaient prisonnières dans cette prison mixte. Enfin, deux mois que Bastien, Blanche et moi étions torturés chaque jour pour dévoiler la cachette de la Nouvelle Armée.
Isaac, mon compagnon de cellule, était un grand homme noir originaire de Hoenn. Il était un homme très calme et sage et je ne pouvais m’empêcher de penser à Pierre lorsque je le regardais. Son seul crime fut d’essayer d’empêcher, il y a une dizaine d’années, un garde de tuer des enfants en le tuant lui-même. Depuis, il était là. Je ne sais pas pourquoi nous n’avions pas été exécutés, l’un et l’autre, tout comme Bastien, Sophie et Blanche.
- Attrape.
Isaac me lança un chiffon que j’appuyai sur la plaie pour éponger le sang. Après quoi je déchirai un morceau de mon drap pour m’en faire un pansement. Je m’allongeai sur mon lit en ruminant mes pensées, comme toujours.
Qu’attendait donc la Mort pour venir me chercher ? Etait-elle retenue par la guerre ? Qu’en était-il de Flora, Marc, Pierre, Voltère, tous mes amis ?
Et d’autres questions encore : comment les Pokémons d’Alaric avaient résisté à nos assauts, malgré leur faiblesse ? Et Tyranocif Shiney ?
- Allez les deux rebelles, c’est l’heure de la pause !
Dans la cour de la prison, Isaac et moi retrouvâmes Bastien, Sophie et Blanche. Bastien avait une marque de brûlure au cou, encore rouge, et son pantalon était tâché de sang.
- Salut, dis-je. Ils t’ont encore interrogé ?
- Oui, répondit Bastien. Mais encore une fois j’ai rien dit, alors... Ils m’ont menacé de s’en prendre à Blanche.
- Tu rigoles ?
- Non, dit Blanche en haussant les épaules. Mais ils ne me font pas peur…
Elle fut interrompue par une jeune femme qui se dirigea vers nous.
- Salut ! De quoi est-ce que vous parlez ?
Nous la dévisageâmes tous. Elle n’avait pas l’air d’avoir plus que la vingtaine. Avec ses cheveux blonds qui tombaient en cascade sur ses épaules, son très joli visage, son teint frais et sa voix claironnante, elle avait l’air très déplacée dans cet environnement. Bien qu’ayant l’air mal à l’aise, elle continua :
- Je… Je vous vois souvent traîner ensemble, et je me demandais pourquoi vous alliez pas avec les autres ? Si on devenait amis ?
Aucun de nous ne répondit. Elle parut vraiment très craintive d’un coup, nous regardant tous les cinq à tour de rôle. J’avais l’impression d’être dans une cour de récréation, et d’avoir devant moi une nouvelle élève qui essaye de s’intégrer dans un groupe d’amis déjà bien solide. Sa sympathie me paraissait trop excessive. Peut-être était-ce dû à l’agacement que je ressentais : sa présence nous empêchait de parler de ce que l’on voulait. Un nuage découvrit le soleil, et un rayon éclaira ses cheveux soignés, comme de longs fils d’or brillant. Elle continua courageusement :
- Je… Je m’appelle Ayame… Et vous ?
Elle parut se ratatiner sous les regards qu’Isaac et moi lui jetâmes. Blanche nous regarda, l’air de dire « On lui donne une chance. » puis dit à l’attention de la jeune femme :
- Moi c’est Blanche, lui Bastien, Ed, Sophie et Isaac.
- Enchantée, répondit Ayame, soudainement radieuse. Alors, vous parliez de quoi ?
- … De la bouffe, répondit Bastien. C’est vraiment dégueulasse ce qu’on nous donne.
- Vraiment d’accord avec toi !
Isaac et moi échangeâmes un regard style « Mais c’est pas possible d’être débile comme ça ». Pourtant, plus elle discutait avec Blanche, Bastien et Sophie, plus elle apparaissait comme une simple d’esprit.
De retour dans notre cellule, Isaac lisait un livre dans son lit, au-dessus du mien.
- Hé… Ed…
- Quoi ?
- T’y crois, toi, à son histoire ? demanda-t-il en passant la tête par-dessus le bord de son lit.
- Qu’elle soit là parce que ses parents étaient des riches qui se sont rebellés ? Pas une seconde.
- Moi non plus.
Il se redressa sur son lit avant d’ajouter :
- On va devoir faire gaffe…
Une semaine et d’innombrables séances de torture plus tard, Bastien, Sophie et Blanche étaient devenus très amis avec cette Ayame. A mon grand dam, Bastien allait très loin. Ce jour-là, il allait commettre l’irréparable :
- Qu’est-ce que vous faisiez avant d’être emprisonnés ? avait demandé la jeune femme.
- Oh, nous ? On était dans la Nouv…
Je l’interrompis d’un coup de coude avant de terminer :
- La Nouvelle Pâtisserie. Tu sais, c’est cette pâtisserie qui avait ouvert après la prise de pouvoir de Sento ? – elle acquiesça – Ils nous soupçonnaient de faire du trafic de drogue, et d’en utiliser à la place de la farine…
Ayame hocha la tête gravement, apparemment convaincue. Bastien me regarda d’un air bizarre qui me fit penser qu’il avait compris : je ne faisais pas du tout confiance à cette Ayame. Isaac partageait mon point de vue, mais pas Bastien, ni les deux filles.
Une heure plus tard, dans notre cellule, je dis à mon ami :
- T’as remarqué ?
- Aucune Nouvelle Pâtisserie. Soit elle voulait pas passer pour une idiote…
- Soit ça l’arrangeait de nous faire croire qu’elle gobait tout.
- En tous cas c’est louche…
Le lendemain, je revenais d’une séance de torture particulièrement douloureuse. Je n’ouvris pas la bouche pour ne pas vomir, escorté par deux gardes qui me ramenaient dans ma cellule.
- Alors, tu comptes pas parler ? me demanda un garde en me tirant les cheveux.
- Tu sais qu’on va pas te tuer… Peut-être pas.
- Oui, on a peut-être pas besoin de te tuer, pas comme tes petits potes résistants.
Je le regardais dans les yeux. Deux mois de rancune envers tous les gardes, deux mois de haine et de souffrance me submergèrent. Je ne parvins cependant pas à laisser sortir mon côté psychopathe… Peut-être que j’étais trop faible. En tous cas, j’avais suffisamment de forces pour cracher à la figure du garde qui venait de dire que mes amis étaient morts.
Son ami me jeta à terre et me roua de coups, avec un autre garde qui patrouillait. J’entendis alors un grand cri et un bruit sourd, comme un homme qu’on jetait à terre.
Je relevais la tête : les deux autres gardes essayaient de maîtriser une furie dont les longs cheveux blonds cachaient le visage qui, de toute évidence, devait déborder de fureur.
- On ne touche pas mes amis…
- Mais qu’est-ce qu’elle fout dehors, cette folle ?
- J’en sais… Rien, répondit un garde en se prenant un poing dans la face.
Je me jetais aussi dans la mêlée, oubliant ma douleur au profit de la fureur, trop content de pouvoir frapper nos bourreaux pour une fois. Des renforts arrivèrent et on emmena Ayame dans sa cellule, d’après ce que je pus entendre. Quant à moi, quatre hommes me maitrisèrent rapidement et m’emmenèrent dans le bureau du commandant de la prison.
- Entrez, répondit une voix après qu’un garde ait frappé à la porte.
Nous pénétrâmes tous les cinq tant bien que mal dans le bureau.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda le commandant.
C’était un homme grand, très gros. Son regard était froid et impitoyable, comme celui d’un Tyranocif. De plus, sa bouche était comme agitée de convulsions, ce qui lui donnait un air encore plus sadique. J’avais déjà eu affaire à lui à mon incarcération ici. Ce jour-là, il m’avait promis de me faire dire où se cachaient les membres de la Nouvelle Armée. Bien sûr, ils ne les ont toujours pas trouvés, sinon ils arrêteraient de nous torturer et nous supprimeraient.
- Ce sale résistant a craché à la figure d’un de nous avant de se battre, répondit un garde dont l’œil était poché.
- Je vois, je vois…, répondit son chef. Hé bien, je dois dire que depuis que tu es arrivé ici tu n’as causé que des ennuis, te rebellant et refusant de coopérer. Tu as même envoyé un de nos gardes à l’infirmerie il y a bien un mois…
- Il y est toujours ? plaisantai-je, malgré l’amertume et la douleur qui me rongeaient. J’aimerais lui envoyer des fleurs…
Un garde me frappa au ventre avec une telle violence que j’en eus le souffle coupé. Le commandant me releva le visage et approcha le sien. Je pouvais sentir son haleine à donner la nausée à un médecin légiste et il me frappa au visage. Le sang coulait à présent de mon nez et les soldats riaient grassement. Le commandant ordonna :
- Emmenez-le en isolement… Il sera exécuté demain à six heures du matin.
Fin du chapitre 