-S’ACCROCHER À LA VIE-
Les rayons ardents du soleil finirent par réveiller Elouan.
Sa gorge et ses yeux étaient brûlants. Respirant avec difficulté, il serra les doigts pour s’assurer de toujours tenir la pokéball de Méphisto.
Au prix d’un immense effort, le garçon se redressa pour voir où il se trouvait.
Selon toute vraisemblance, il avait échoué sur la plage d’une île isolée. De la côte où il était, il ne voyait pas d’autres îlots ; l’archipel était loin.
Rassemblant ses forces, Elouan décida de se diriger vers la végétation abondante qui surplombait la plage.
La flore était dense et variée, peuplée de nombreux pokémon Insectes. Quelques Nirondelles volaient entre les branches. Elouan réussit même à apercevoir un ou deux Férosinges.
Débouchant sur une petite clairière bordée d’un ruisseau, le jeune homme s’adossa aux racines d’un arbre dont les fruits orangés attiraient les Charmillions.
Il posa sa sacoche près de lui et ouvrit sa pokéball, le cœur battant.
Dans un éclair rouge, Méphisto apparut, couché sur le sol, immobile.
Les mains tremblantes et les larmes aux yeux, Elouan vérifia que le pokémon était toujours vivant.
Il ne sentit rien pendant quelques instants, mais finit par détecter un léger souffle tiède s’échapper de la truffe du molosse.
Fermant les paupières de soulagement, Elouan remercia le ciel.
Il sortit de la trousse de secours une super-potion et la vaporisa sur tout le corps du pokémon, en insistant sur la tête.
Le chien ne réagit pas. Elouan rangea sa potion et s’endormit de nouveau, laissant le temps faire son œuvre.
À son réveil, il se sentait en bien meilleure forme. Méphisto avait repris une respiration régulière, mais ne bougeait toujours pas.
Rassuré, Elouan réalisa qu’il mourrait de faim. Et même si toujours dans le coma, Méphisto devait lui aussi avoir besoin de se nourrir. Sans parler de boire.
Elouan installa son pokémon sur un lit de feuilles, à l’ombre de l’arbre, puis alla lui chercher de l’eau au ruisseau.
Lui-même ayant étanché sa soif, il se mit en quête de nourriture.
Déambulant parmi les lianes, fourrés et autres fleurs, le jeune homme trouva sans mal quelques baies et œufs d’oiseaux.
Il découpa les fruits et essaya d’allumer un feu. En vain. Toutes ces histoires sur les robinsons débrouillards perdus en pleine mer le firent amèrement sourire. Comment pouvait-on faire du feu avec un bâton ?
Renonçant à son omelette, il essaya de faire avaler quelques tranches de baies à Méphisto.
Maladroitement coupés, les morceaux étaient bien trop gros et durs pour le pokémon, qui d’ailleurs était toujours incapable d’ouvrir la gueule.
Très naturellement, Elouan su ce qu’il avait à faire. Il mit les morceaux dans sa bouche et les mâcha, jusqu’à les réduire en une purée qu’il introduisit entre les crocs du chien noir.
Le baiser de la vie.
Après s’être reposé encore une heure, Elouan prit la décision d’aller explorer un peu son île.
Sa première constatation fut que seul, sans Méphisto, il était très exposé. Il ne savait rien des dangers de cette île. Peut-être y avait-il des monstres dangereux, comme des Persians ou des Rhinocornes…
Il ne possédait aucun autre pokémon. Jetant un coup d’œil à son sac, il nota qu’il lui restait une autre pokéball.
Il lui vint soudain à l’esprit qu’il allait devoir chasser un pokémon sans son propre monstre.
Le défi promettait d’être intéressant.
Tout en marchant, il s’aperçut que les monstres locaux, des Chenipottes aux Noadkokos, ne paraissaient pas effrayés par sa présence, comme s’ils n’avaient pas de raison de craindre un humain en vadrouille.
« Étrange par les temps qui courent » commenta intérieurement Elouan.
Enfin, il trouva ce qu’il cherchait.
À l’abri d’un arbuste touffu, une colonie de Goélises somnolait tranquillement.
Elouan s’accroupit à quelques mètres et calcula son angle d’attaque. Ajustant sa position, il attendit patiemment que les quelques oiseaux encore attentifs détournent la tête.
Au moment propice, il bondit vers eux.
Les plus réactifs piaillèrent de panique et battirent des ailes pour s’envoler. Malheureusement pour eux, Elouan arrivait de front, et ils e retrouvèrent coincés par les branches tombantes de l’arbuste.
Dans la mêlée d’ailes et de cris, Elouan mit enfin la main sur un corps plumeux.
Attendant que le groupe se dissipe, il serra très fort le pauvre oiseau qui se débattait lamentablement, une aile immobilisée.
Finalement, le Goélise tourna la tête vers son agresseur et ouvrit le bec. Elouan eut juste le temps d’éviter le Pistolet à Eau. Il comprit qu’il fallait en finir rapidement avant que les autres volatiles ne se liguent contre lui.
Alors, il leva l’oiseau au-dessus de sa tête et l’abattit violemment sur le sol. Dans un cri étranglé, l’oiseau accusa le choc et cessa de remuer.
Immédiatement, Elouan sortit sa dernière pokéball et l’appuya sur le corps tremblant.
Le Goélise y rentra, et après quelques instants d’hésitation, se laissa capturer.
Elouan se félicita et fila sans demander son reste.
Certain d’être en sécurité, il ouvrit la pokéball et appliqua une autre super-potion sur le corps meurtri de son nouveau pokémon. Celui-ci le toisa d’un air accusateur, mais finit par accepter son sort et vint mendier quelques caresses.
Ravi que tout se fût bien passé (à l’exception de quelques griffures superficielles), Elouan cajola le Goélise pour se faire pardonner sa violence. Il n’avait pas eut le choix, il avait fallu le mettre K.O. le plus vite possible.
Enfin, il lui demanda de le conduire là où il pourrait éventuellement trouver une trace de présence humaine. Le goéland sembla réfléchir quelques secondes, puis s’éleva dans les airs en lui faisant comprendre qu’il fallait le suivre.
Au bout d’une demi-heure de marche environ, Elouan arriva à ce qui semblait être un camp abandonné. Envahis par la végétation, d’épais bâtiments bétonnés tombaient en ruine.
Le Goélise était très nerveux, et Elouan remarqua que si le reste de l’île était très fréquenté, ce camp était désert.
Explorant les salles poussiéreuses, il découvrit qu’il s’agissait en réalité d’un ancien camp scientifique. D’anciens rapports étaient écrits en langage codé, alors que d’autres papiers se révélèrent couverts de formules chimiques compliquées, de graphiques obscurs et de tableaux abscons. Il y avait aussi de nombreuses paillasses, couvertes de verrerie et d’ordinateurs fêlés. Elouan remarqua même un réfrigérateur éventré; le sol était jonché de détritus crasseux.
« C’est étrange, se dit-il, on dirait qu’ils ont abandonné le camp précipitamment… »
Quelques minutes d’exploration plus tard, Elouan pénétra dans bâtiment le plus imposant. Le désordre y était encore plus marqué que dans les autres locaux, et il y régnait une odeur âcre particulièrement forte.
Elouan passa quelques portes défoncées et arriva dans une salle où béait une trappe en métal.
« L’entrée du sous-sol » devina t’il.
Le Goélise paraissait plus agité que jamais, et il poussait des cris plaintifs en voletant nerveusement.
Elouan allait lui dire de se calmer, lorsqu’un bruit sourd se fit entendre depuis la cave.
Le Goélise se figea, alors qu’Elouan fut pris d’une sueur froide.
Après quelques secondes de silence, il s’approcha de l’ouverture et cria :
« Il y a quelqu’un !? »
Aucune réponse.
Avisant une vieille lampe torche qui traînait sur un bureau poussiéreux, Elouan s’en saisit et l’alluma.
Un escalier pentu s’enfonçait sous la trappe, disparaissant dans les ténèbres.
Faisant signe à son oiseau de venir le rejoindre, il descendit vers le souterrain.
Il devait absolument savoir s’il y avait quelqu’un d’autre sur cette île. Quelqu’un qui pourrait l’aider à rejoindre Atanopolis.
Parvenu au fond, il balaya les couloirs du faisceau jaunâtre de sa lampe.
Le Goélise volait silencieusement près de lui.
Il finit par arriver dans une salle où l’odeur âcre était presque insoutenable.
La main devant le nez, il chercha à découvrir l’origine de la puanteur. Le long des murs, il découvrit des cages, de grandes cages épaisses dont la porte rouillée était tombée au sol ou pendait lamentablement.
Réalisant dans quel piège il venait de se fourrer, Elouan fit quelques pas en arrière.
Avant qu’il ne se retourne, il sentit quelque chose de chaud lui couler dans le cou.
Réprimant un frisson d’angoisse, il tata son épaule pour identifier ce qu’était ce liquide.
Au moment où il comprit qu’il s’agissait de bave, son Goélise poussa un cri de terreur perçant.
Prochain chapitre : -LA FUITE-