Des larmes coulaient sur mes joues enfles. Des larmes qui scintillaient sous un mince croissant de lune et qui s’écrasèrent durement sur le sol humide et crasseux de la cale.
Je croupis au fond de cette cale depuis tant de jours. Des jours…Mais comment pourrais-je savoir ? Cela fait peut-être des mois voire des années que j’ai abandonné les miens pour une vie plus saine et plus glorieuse et au finale je me retrouve à moisir dans cette cale aux mains d’esclavagistes en route vers je ne sais où.
-Eh ! Toi le khajiit. Qu’est-ce que tu regardes comme ça ?? La lune, les étoiles… Tout ce qui représente la liberté mais que tu ne reverras plus jamais…
Un homme habillé d’une armure grossière s’approcha de moi. Sa barbe hirsute et ses cheveux en bataille se collèrent à mon visage.
Il était encore plus menaçant et me dévisageait de son unique œil, aussi noir que les abysses ; son autre œil étant bandés en travers d’un tissus blanc ensanglanté.
-Qu’est-ce que ça fait de devenir esclaves, reprit-il. Oh, notre petite boule de poil pleure, que c’est attristant. J’aurais aimé m’apitoyer sur ton sort mais je suis marchand d’esclaves et toi, tu es ma marchandise.
Trop faible pour me battre, je me résolu à écouter ses sermons jusqu’à la fin du voyage.
L’homme prit mes mains et les bandèrent avec une cordelette rugueuse qui me rentra irrémédiablement dans ma chair en y arrachant les croûtes des entailles à peines cicatrisés.
Un filet de sang coula entre mes poils hirsutes et j’eu du mal à étouffer un rugissement de douleur.
-Tu as voulus faire le malin avec moi, espèce de khajiit prétentieux. Tu crois encore à l’espoir malgré toute la souffrance qu’on te fait subir ? Eh bien, mettons-y un terme tout de suite.
Je fus soulevé du sol moisis d’où je croupissais à petit feu depuis tant de temps. Mes genoux ne pouvait plus me portait, trop engourdis par le manque d’étirement et d’athlétisme.
On me traîna donc jusqu’au pont.
Mes blessures se rouvrirent les unes après les autres et je sentis une caresse docile s’emparait de moi, celle de la mort qui venait me prendre, aussi soyeuse qu’une main féminine et aussi chaleureuse que le corps en sueur d’une femme khajiit au milieu des draps.
-Que fais-tu Drakko ?? Demanda un marin à la peau basané et aux muscles contrastés.
L’homme qui me trainait ne lui accorda aucune attention, il jura et continua sa route avec férocité.
Je fus attaché au mât du navire à l’aide d’une chaîne en fer sous le regard des marins qui rigolaient et chantaient des chants marins à grand chœur.
Drakko attacha la chaîne à un anneau du bastingage et recula, réprimant un sourire de satisfaction.
-Tiens, khajiit, s’exclama-t-il, goûte à la liberté car bientôt, tu n’en connaitras plus les saveurs et ce mets délicats ne sera plus qu’un souvenir.
Je n’avais plus la force de parler, mes lèvres sèches creusées de sillons s’étaient scellé, il y a déjà longtemps. Mes jambes s’entrechoquaient durement et mes chevilles se craquelaient au fur et à mesure du temps.
Le ciel étoilé orné d’un croissant de lune argenté accompagné d’une légère brise rafraichissante ainsi que le doux son des flots venant frappé la coque du navire me redonna un peu de moral, un soupçon de bonheur, une lichette de plaisir.
Et dans mes dernières forces, je lui réprimai mon plus beau sourire, retroussant les babines et dévoilant ma belle dentition encore épargné par la dureté du voyage.
L’homme écarquilla les yeux en voyant une telle résistance venant d’un esclave qui moisit depuis quatre mois au fond d’une cale au milieu des rats et des cafards pour seule nourriture. Comment ce Khajiit osait lui faire un grand sourire malgré son sort, Etait-ce là, l’espoir injecté de la folie pure ?
Drakko, ébranlé par l’offense du félin, retrouva vite ses esprits et ses yeux de jais semblèrent soudain s’enflammés d’une rage et ses muscles pulsèrent de colère.
-Tu oses encore te rebeller malgré notre traitement. Tu vas connaître le courroux de ma colère…Dravvus, va me chercher le fouet. Pour toi, ce sera cent coups de fouet, boule de poil.
Mon heure avait sonné, jamais mon corps déchiquetait ne résisterait à tant de douleur. Je m’écroulai sur le pont, et ne toucha même pas le sol.
Mes genoux pendaient au dessus du plancher de bois et les menottes attachés à mes poignées levèrent sans aucune résistance mes bras décharnés et je me trouvais à présent dans un état pitoyable.
Les marins continuaient de m’observer en même de rire et de boire comme des soulards mais tous se turent à l’approche d’un bruit de pas lourd et menaçant.
Il s’approchait de moi à pas lent et le claquement du fouet résonnait dans mes oreilles emplis d’agressivité.
Je me résolus à recevoir ma punition et je fermai les yeux tout en serrant la mâchoire jusqu’à ce que du sang suinte de ma bouche, tout ça pour attendre que Sjrissi, le dieu khajiit de la mort, ne vienne me saisir avec sa grande lance, chevauchant son cheval de glace.
- Messieurs les marins, annonça Drakko en sirotant sa piquette, je vous annonce la plus belle fessé que j’ai eu l’honneur de donné et en voici l’heureux élu. Allez tiens, prend donc un peu d’alcool, ça va te motiver.
Il me mit la bouteille dans le creux des lèvres malgré ma piètre résistance et me fit boire comme un vulgaire nourrisson. Malgré ma colère, je bus goulûment, ne voulant en aucun cas, laisser une goutte s’enfuit de mes lèvres.
Malgré ma réticence envers l’alcool et ses effets, je n’avais plus goûté à quelque chose d’aussi bon depuis tant de temps. Ma gorge qui me brûlait, se trouva à ma grande satisfaction, apaisé et je continuai de téter la bouteille jusqu’à la dernière goutte.
- Voila que le bougre m’a tout bu, s’esclaffa-t-il en regardant l’intérieur de la bouteille à la lumière d’une lanterne accroché au bastingage.
Il me la brisa sur la tête, et se rua vers le premier marin pour lui prendre son alcool. L’homme était complètement torché et n’était pus maître de ses mouvements. Je n’avais pas la force de rire, la douleur cuisante pulsait dans mon crâne comme un tambour ou mille couteaux.
- Dimarus, va chercher le capitaine. Murmura un homme aussi fort qu’un minotaure et aussi fier qu’un lion. A ses côtés, se tenait, un jeune marin qui fila à toute vitesse dans les appartements du capitaine.
On me banda les yeux et un voile noir recouvrit ma vision. Je n’entendais plus que le bruit des vagues et les rires des marins. Un homme s’approcha de moi, j’attendais avec précisions le cliquetis de son fourreau. Alors, il voulait me tuer pour ma mutinerie. Et bien, dans ce cas, je mourrais libre et sans dette mais aussi comme un chien galeux, mais libre. Cette phrase résonna en moi comme le carillon d’une cloche.
La mort allait frapper, et je ne pourrais plus voir les miens, ni ma chère terre dont j’ai vu les arbres poussaient et les rochers grimpaient vers le firmament. Je meurs sans gloire et sans reconnaissance mais je meurs libre. Quoi de plus beau pour un esclave.
- C’est donc toi le khajiit, résonna une voix suave derrière moi. C’est donc toi qui a rendu fou mon lieutenant de cale.
J’entendis un clac et mes bras s’écroulèrent sur le pont en bois. On me défit le tissus qui entravait ma vue et je vis le visage le plus amicale depuis tant de temps, il m’aida à me relever et m’invita dans ses appartements. Je fus donc traîné derrière lui sous les regards étonnés des marins.
Le sang coulait sur mes bras et mon dos me brûlait avec ardeur. J’ouvris une dernière fois mes yeux boursouflés pour contempler la nuit étoilé et la lune étincelante pour les refermer sans plus les ouvrir.